Airbus a publié le 28 avril 2026 ses résultats financiers pour le premier trimestre 2026. Le géant aéronautique européen affiche un chiffre d’affaires consolidé en repli de 7 % sur un an, à 12,7 milliards d’euros, pénalisé par un nombre de livraisons d’avions commerciaux en baisse et par la dépréciation du dollar américain face à l’euro. Pour autant, le groupe maintient sa guidance annuelle et enregistre un carnet de commandes historique, signe d’une demande mondiale structurellement orientée à la hausse pour les appareils du constructeur européen.
Les livraisons Airbus T1 2026 plombées par la pénurie de moteurs Pratt & Whitney
Airbus n’a livré que 114 avions commerciaux au premier trimestre 2026, contre 136 sur la même période de l’année précédente, soit un recul de 16 %. Ce chiffre se décompose en 19 A220, 81 appareils de la famille A320, 3 A330 et 11 A350. Le principal frein identifié par la direction reste la pénurie de moteurs Pratt & Whitney, qui continue d’impacter la cadence de production des A320 en 2026 et s’annonce déjà contraignante pour 2027. Airbus confirme néanmoins sa cible d’une cadence comprise entre 70 et 75 appareils par mois à fin 2027, puis stabilisée à 75 par mois. Cette dépendance à un motoriste américain unique met en lumière les fragilités de la chaîne d’approvisionnement aéronautique européenne et la question de la souveraineté industrielle dans un secteur pourtant stratégique pour le Vieux Continent.
EBIT ajusté en forte baisse, la défense sauve les résultats Airbus T1 2026
La rentabilité opérationnelle accuse le coup des moindres livraisons : l’EBIT ajusté du groupe chute de 52 % à 300 millions d’euros (contre 624 millions au T1 2025). La division avions commerciaux voit son EBIT ajusté s’effondrer de 84 % à 81 millions d’euros, sous l’effet combiné du recul des livraisons et d’un taux de couverture de change défavorable. En revanche, la division Défense et Espace tire son épingle du jeu avec un EBIT ajusté en progression de 69 % à 130 millions d’euros, portée par des volumes plus élevés dans l’Air Power. Dans un contexte de réarmement européen accéléré, ce segment apparaît désormais comme un contrepoids stratégique essentiel aux aléas du cycle commercial civil. Le bénéfice net consolidé ressort à 586 millions d’euros, pour un bénéfice par action de 0,74 euro.
Un carnet de commandes record qui sécurise l’avenir d’Airbus
Malgré la pression sur les livraisons, la demande commerciale reste un moteur puissant. Airbus a enregistré 408 commandes brutes d’avions commerciaux au T1 2026 — contre 280 un an plus tôt —, portant le carnet net à 398 appareils après annulations. Le carnet de commandes total atteint désormais 9 037 avions commerciaux à fin mars 2026, en hausse de 4 % sur un an. Sur le segment défense, les prises de commandes d’Airbus Defence and Space ont quasiment doublé à 5,0 milliards d’euros (+91 %), largement tirées par l’Air Power. Ce carnet colossal, qui représente plusieurs années de production, constitue un rempart contre les turbulences conjoncturelles et témoigne de la position dominante du constructeur européen face à son principal concurrent américain Boeing, dont les difficultés industrielles persistantes profitent directement à Airbus.
Free cash flow négatif : le coût de la montée en cadence des résultats Airbus
Le free cash flow avant financement client s’établit à -2,485 milliards d’euros au T1 2026, en fort contraste avec les -310 millions enregistrés un an plus tôt. Cette dégradation s’explique principalement par le faible niveau de livraisons — qui retarde les encaissements — et par la constitution de stocks liée à la montée en cadence des différents programmes. La position de trésorerie nette consolidée reste néanmoins solide à 9,8 milliards d’euros, avec une trésorerie brute de 25,2 milliards d’euros fin mars 2026. Ces ressources propres permettent à Airbus d’absorber les à-coups de trésorerie inhérents à ses cycles de production longs, sans recourir à des financements externes fragilisant.
Guidance 2026 maintenue, malgré un environnement géopolitique sous tension
Le PDG Guillaume Faury a confirmé l’ensemble des objectifs annuels pour 2026 : environ 870 livraisons d’avions commerciaux, un EBIT ajusté d’environ 7,5 milliards d’euros et un free cash flow avant financement client d’environ 4,5 milliards d’euros. Ces prévisions intègrent l’impact des droits de douane actuellement en vigueur mais excluent toute nouvelle disruption majeure liée aux échanges commerciaux mondiaux. Une précaution de langage significative dans un contexte où les tensions tarifaires transatlantiques et les incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient constituent des variables de risque que le groupe surveille de près. Pour l’industrie aéronautique européenne, et pour Airbus en particulier, la capacité à tenir cette guidance dans un tel environnement constituera un test de résistance industrielle de premier ordre au cours des prochains trimestres.


