Multilatéralisme, Liban, Gaza, Congo : Jean-Noël Barrot face à Guterres à l’ONU

Siège de l'ONU, à New York

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En marge de son déplacement à New York le 27 avril 2026, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères s’est entretenu avec le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres. Au menu de cet échange diplomatique dense : la défense du multilatéralisme, la sécurité des soldats français de la FINUL au Liban, la reconstruction de Gaza et la crise dans les Grands Lacs. Un agenda qui reflète l’engagement de la France comme puissance diplomatique de premier rang, fermement ancrée dans le système onusien.

Le multilatéralisme au cœur de la diplomatie française à l’ONU

Premier message adressé par le ministre à Antonio Guterres : le soutien sans équivoque de la France à l’action des Nations Unies. Dans un contexte international marqué par la tentation du bilatéralisme et le recul du droit international dans plusieurs zones de conflit, Paris a tenu à réaffirmer son attachement à un multilatéralisme efficace et au respect de la Charte des Nations Unies. Cette position n’est pas anodine : elle constitue l’un des fondements de la stratégie d’influence française sur la scène mondiale, appuyée sur son statut de membre permanent du Conseil de sécurité.

Pour la France, défendre les institutions multilatérales est aussi un impératif de souveraineté collective. Un système onusien affaibli profiterait aux puissances qui préfèrent les rapports de force bilatéraux aux règles du droit international — une perspective que Paris considère comme une menace directe à l’ordre mondial et aux intérêts européens.

FINUL au Liban : la France exige des garanties pour ses soldats

La question libanaise a occupé une place centrale dans l’entretien, marqué par la douleur récente de la perte de deux soldats français engagés au sein de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL). Le ministre a rappelé avec fermeté les exigences de sûreté et de sécurité du personnel onusien déployé dans le pays, et réaffirmé l’engagement de la France pour que la FINUL puisse mettre pleinement en œuvre son mandat jusqu’à son retrait programmé au 1er janvier 2027.

Au-delà de la sécurité des casques bleus, les deux responsables ont évoqué un possible renforcement du rôle de la FINUL dans la sécurisation de l’acheminement de l’aide humanitaire — une mission délicate, à conduire en coordination étroite avec les Forces armées libanaises et en tenant compte des réalités sécuritaires du terrain. Cette discussion illustre la volonté française de maintenir une présence active et utile au Liban, pays avec lequel Paris entretient des liens historiques et stratégiques profonds.

Palestine : la France au soutien du Fonds Horizon de l’ONU

Sur le dossier palestinien, le ministre a salué la création du Fonds Horizon des Nations Unies, auquel la France s’est engagée à contribuer financièrement. Ce fonds vise à poser les bases du relèvement précoce et de la reconstruction de la Palestine, dans le respect du droit international et des droits fondamentaux des Palestiniens. Paris a insisté sur la nécessité de maintenir l’unité territoriale de la Palestine et d’associer pleinement l’Autorité palestinienne à ce processus de reconstruction.

Cette position s’inscrit dans la ligne constante de la diplomatie française sur le conflit israélo-palestinien : refus de toute solution imposée, attachement à la solution à deux États et soutien aux institutions palestiniennes légitimes. En mobilisant des financements onusiens, la France cherche également à peser sur la définition du cadre post-conflit, enjeu diplomatique majeur pour les années à venir.

Grands Lacs et détroit d’Ormuz : la France au front des crises régionales

L’entretien a également permis d’aborder la situation dans les Grands Lacs, et plus particulièrement le rôle de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) dans le soutien au cessez-le-feu, la protection des civils et la désescalade des tensions. La France, qui suit avec attention l’évolution du conflit à l’est du Congo, a réaffirmé son soutien aux efforts de médiation internationale.

Enfin, le ministre et Guterres ont évoqué l’initiative franco-britannique en cours au détroit d’Ormuz, axe maritime stratégique par lequel transite une part significative des approvisionnements énergétiques mondiaux. La France et le Royaume-Uni portent conjointement le projet d’une mission strictement défensive visant à garantir la liberté et la sécurité de la navigation dans ce passage vital. Une démarche qui illustre la capacité des puissances européennes à agir de concert pour défendre des intérêts économiques et sécuritaires communs, dans un espace où les tensions entre l’Iran et les pays occidentaux restent élevées.

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