Le groupe français de restauration collective et de services propose de confier la présidence non exécutive à la patronne de Sodexo Live!, à l’issue d’une décennie de restructurations menées par Sophie Bellon. La continuité familiale est maintenue, à quelques semaines d’une assemblée générale qui doit trancher.
Sodexo a annoncé le 28 septembre 2026, en fin de journée, que son conseil d’administration proposera Nathalie Bellon-Szabo comme prochaine présidente du conseil. Elle succédera à sa sœur, Sophie Bellon, qui préside l’instance depuis 2016 et a décidé de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat de présidente. La désignation reste conditionnée au renouvellement du mandat d’administratrice de Nathalie Bellon-Szabo par l’assemblée générale du 16 décembre 2026.
Un passage de témoin au sein de la famille fondatrice
Sophie Bellon quitte donc la présidence après dix ans marqués par plusieurs opérations structurantes. Le communiqué du groupe cite notamment la scission et l’introduction en Bourse de l’activité Avantages et Récompenses, devenue Pluxee, ainsi que la cession des participations de Sofinsod. Elle ne disparaît pas du paysage : elle prendra la présidence de la holding familiale Bellon SA et restera administratrice de Sodexo.
Le choix de sa sœur pour lui succéder s’inscrit dans une logique de continuité de l’actionnariat familial, qui reste un trait distinctif du groupe. Pour un acteur coté de cette taille, ce type de gouvernance offre une stabilité stratégique, mais alimente régulièrement les débats sur l’indépendance des organes de contrôle. Le communiqué ne détaille pas, dans les extraits publics consultés, les modalités de la réflexion menée par le conseil sur ce point.
Le profil : trente ans de maison et le moteur américain
Nathalie Bellon-Szabo a rejoint Sodexo en 1996. Membre du comité exécutif depuis 2018, elle dirige Sodexo Live!, la branche dédiée à l’hospitalité de prestige, aux stades, salles et grands événements. Selon le groupe, elle a multiplié par quatre le chiffre d’affaires de cette division en dix ans, notamment grâce au développement aux États-Unis, devenus le premier marché de Sodexo Live!.
Elle siège par ailleurs au conseil de Pluxee depuis 2024 et à celui de Bouygues depuis 2025, ce qui lui donne une connaissance directe de deux gouvernances de grands groupes français cotés. En devenant présidente non exécutive, elle quittera ses fonctions opérationnelles pour se concentrer sur la qualité de la gouvernance et sur l’accompagnement de la direction générale dans l’exécution de la stratégie.
Une présidence qui s’ouvre sous le signe du plan « Shift & Grow 2030 »
Cette succession intervient moins de trois mois après le lancement, le 16 juillet 2026, du plan d’accélération de la croissance « Shift & Grow 2030 ». Porté par le directeur général Thierry Delaporte, il vise à l’horizon 2030 une croissance organique supérieure à 5 %, dont plus de 3 points issus du développement net, et une marge d’exploitation supérieure à 5 %. Il s’articule autour de trois piliers : relancer la croissance par un meilleur suivi des clients et des comptes, simplifier et standardiser les opérations, et renforcer la culture de performance.
Le groupe prévoit pour cela environ 100 millions d’euros de coûts récurrents annuels et près d’un milliard d’euros d’investissements non récurrents entre 2026 et 2030, dans la technologie, les achats et l’organisation. L’Amérique du Nord y est désignée comme la priorité de croissance. La période 2026-2027 sera consacrée au renforcement des capacités commerciales et à la simplification, l’accélération étant attendue à partir de 2028.
Ce que cela dit de la souveraineté économique française
Pour Refrance, l’enjeu dépasse le simple carnet mondain du CAC 40 élargi. Sodexo est l’un des rares groupes français de services à avoir bâti une dimension mondiale, avec une gouvernance restée ancrée dans une famille française. Le choix d’une présidente issue de la branche la plus tournée vers les États-Unis illustre toutefois un paradoxe : le centre de gravité économique du groupe se déplace vers l’Amérique du Nord, tandis que son contrôle capitalistique demeure hexagonal.
La question de fond pour l’écosystème français est celle de la préservation de centres de décision nationaux dans les services, un secteur moins médiatisé que l’industrie ou l’énergie mais massivement employeur. La présence d’un actionnariat familial stable constitue à cet égard un rempart contre les prises de contrôle hostiles, à condition que la stratégie de croissance, tournée vers l’outre-Atlantique, ne dilue pas l’ancrage français des fonctions de direction. Aucun élément public à ce stade ne permet de dire que ce sera le cas ; le sujet est à suivre lors des prochaines communications du groupe.
Prochaines échéances
Le calendrier est désormais fixé : l’assemblée générale du 16 décembre 2026 devra renouveler le mandat d’administratrice de Nathalie Bellon-Szabo, condition préalable à sa nomination à la présidence par le conseil. Les investisseurs guetteront aussi la manière dont sera organisée la relève à la tête de Sodexo Live!, division stratégique qu’elle laisse vacante, information non précisée dans les éléments consultés.
