Le marché des opérations de continuation dépasse 109 milliards en 2025

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Le marché mondial des opérations de continuation en private equity a atteint un nouveau record de 109 milliards de dollars en 2025, selon une étude annuelle publiée ce vendredi par Schroders Capital. La branche actifs privés du gestionnaire britannique Schroders anticipe une poursuite de l’expansion, avec des volumes susceptibles de dépasser 330 milliards de dollars à l’horizon 2035.

Les opérations de continuation s’imposent comme un pilier structurel du private equity

Schroders Capital, division spécialisée dans les actifs privés du groupe Schroders, a publié vendredi 2025 les résultats de sa dernière étude annuelle consacrée aux marchés secondaires initiés par les gestionnaires de fonds, communément désignés sous le terme d’opérations de continuation. Le constat principal est sans ambiguïté : avec un volume de transactions atteignant 109 milliards de dollars en 2025, contre 76 milliards l’année précédente, le segment enregistre une progression de près de 44 % en un seul exercice, pulvérisant au passage son précédent record.

Ces chiffres témoignent d’une transformation profonde de l’industrie du capital-investissement. Longtemps perçues comme un mécanisme de sortie de dernier recours, notamment dans des contextes où les conditions de cession traditionnelles se révèlent défavorables, les opérations de continuation s’affirment désormais comme une composante à part entière de l’architecture du private equity. Elles permettent au gestionnaire d’origine de conserver le contrôle opérationnel d’un actif tout en offrant aux investisseurs existants une liquidité optionnelle et en accueillant de nouveaux capitaux. Ce mécanisme inédit tranche avec la logique classique des cessions sponsor-to-sponsor, qui impliquaient jusqu’ici un transfert intégral de propriété.

L’étude de Schroders Capital souligne que les facteurs conjoncturels — essentiellement le déficit de sorties lié à un environnement de marchés plus volatile — n’ont représenté qu’environ 9 % des volumes de transactions en 2025, contre 14 % l’année précédente. Ce recul de la composante cyclique dans l’explication de la croissance conforte la thèse d’une dynamique avant tout structurelle.

Cinq moteurs structurels portent la croissance des opérations de continuation

L’analyse identifie cinq ressorts fondamentaux qui soutiennent l’expansion de ce marché sur le long terme. Le premier tient à l’allongement des durées de détention des actifs de private equity : maintenir une entreprise sous le même actionnariat au-delà de la période initiale du fonds est désormais reconnu comme une méthode efficace pour accompagner des transformations industrielles ou opérationnelles profondes. Le deuxième facteur découle directement du premier : la poursuite d’une trajectoire de transformation n’exige pas systématiquement un changement de propriétaire. Le troisième réside dans l’efficience en coûts que procurent ces opérations par rapport à une cession classique suivie d’un nouveau cycle d’acquisition. Le quatrième avantage est d’ordre financier : les opérations de continuation offrent aux investisseurs des rendements plus lisibles et une liquidité accessible dans des délais plus courts que les buyouts traditionnels. Enfin, le cinquième moteur, de nature plus conjoncturelle, reste le recours à ces mécanismes comme alternative aux sorties classiques dans un marché rendu plus difficile par les tensions géopolitiques et commerciales mondiales.

Nils Rode, directeur des investissements chez Schroders Capital, résume cette évolution en insistant sur le caractère disruptif du phénomène : ce qui change fondamentalement, ce n’est pas la durée de détention des actifs en tant que telle, mais la capacité du gestionnaire d’origine à conserver la main tout en réorganisant la structure capitalistique. Une reconfiguration qui modifie en profondeur les règles de création et de réalisation de la valeur dans l’univers du buyout.

Le lower mid-market, segment le plus attractif des opérations de continuation

Au-delà des perspectives globales, Schroders Capital attire l’attention sur un segment particulièrement prometteur : le lower mid-market, qui désigne les fonds de continuation portant sur des entreprises dont la valeur d’entreprise est inférieure à un milliard de dollars. L’analyse des flux d’opérations réalisés entre 2022 et 2024 révèle que plus des deux tiers des transactions potentielles évaluées par Schroders Capital concernaient des entreprises valorisées en dessous de 750 millions de dollars.

Ce segment présente plusieurs avantages spécifiques. Il offre d’abord un univers d’opportunités particulièrement vaste et diversifié, avec des conditions économiques souvent plus favorables aux acquéreurs secondaires que sur le segment large-cap où la concurrence entre gestionnaires est plus intense. Il recèle également un potentiel de création de valeur supérieur, les entreprises de taille intermédiaire disposant encore de marges de manœuvre significatives en matière d’optimisation opérationnelle et de consolidation sectorielle. Sa résilience en période d’incertitude constitue un troisième atout : ces sociétés, davantage orientées vers leurs marchés domestiques et vers les activités de services, se révèlent structurellement moins exposées aux chocs commerciaux et aux tensions géopolitiques qui alimentent actuellement la volatilité des marchés financiers.

Pour les décideurs européens et français, cette dynamique mérite une attention particulière. Le tissu économique continental, constitué en large partie de PME et d’ETI, offre précisément le type de cibles que les fonds de continuation du lower mid-market recherchent. À mesure que ce marché gagne en maturité et en légitimité institutionnelle, il est probable que l’Europe — et la France en premier lieu, compte tenu de la profondeur de son écosystème de capital-investissement — soit appelée à jouer un rôle croissant dans l’expansion mondiale de ces opérations.

Un marché appelé à tripler d’ici 2035, selon le scénario central de Schroders Capital

Dans son scénario de référence, Schroders Capital projette que les volumes mondiaux des opérations de continuation passeront de 109 milliards de dollars en 2025 à plus de 330 milliards de dollars à l’horizon 2035, soit une multiplication par trois en une décennie. Des scénarios alternatifs plus optimistes suggèrent même une expansion pouvant atteindre cinq fois les niveaux actuels, en fonction du rythme de pénétration de ces mécanismes dans l’ensemble de l’industrie du private equity, de l’évolution de la valeur nette des actifs sous gestion et de la reprise des distributions aux investisseurs.

Ces projections s’appuient sur des fondamentaux solides : la valeur nette agrégée des actifs de private equity à l’échelle mondiale continue de croître, les gestionnaires de fonds sont de plus en plus nombreux à recourir aux opérations de continuation comme outil stratégique de gestion de portefeuille, et la demande des investisseurs institutionnels pour des véhicules présentant un profil risque-rendement plus prévisible ne faiblit pas. L’ensemble de ces éléments laisse anticiper que les opérations de continuation ne constituent pas un phénomène transitoire, mais bien une transformation durable de la structure du capital-investissement mondial.

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