Défense : la DGA commande des antennes SATCOM nouvelle génération

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La Direction générale de l’armement a attribué à Greenerwave, Airbus Defence and Space et Thales le contrat-cadre « Caméléon », portant sur le développement d’antennes satellitaires intelligentes pour les forces armées françaises. D’une durée de sept ans et plafonné à 120 millions d’euros, ce programme vise à moderniser les capacités de télécommunications militaires par satellite.

Un contrat-cadre de 120 millions d’euros pour les antennes SATCOM militaires

La Direction générale de l’armement a formalisé, en France, l’attribution du contrat-cadre « Caméléon » à un consortium industriel réunissant la start-up Greenerwave, Airbus Defence and Space et Thales, dans l’objectif de concevoir et produire une nouvelle génération de terminaux de télécommunications par satellite à destination des armées françaises. Le contrat, d’une durée maximale de sept ans et assorti d’un plafond financier fixé à 120 millions d’euros, couvre l’intégralité du cycle industriel, depuis les phases de recherche et développement jusqu’à la production en série.

Le programme porte sur la conception d’antennes dites intelligentes, dont les caractéristiques techniques doivent répondre à plusieurs impératifs opérationnels simultanés : améliorer les performances de réception et d’émission, réduire l’encombrement physique des équipements, accroître leur efficacité énergétique et, à terme, abaisser les coûts unitaires de production. Ces critères reflètent les exigences croissantes des forces projetées, pour lesquelles la miniaturisation et l’autonomie énergétique constituent des facteurs déterminants sur le terrain.

La présence de Greenerwave dans ce consortium mérite d’être soulignée. Cette entreprise française spécialisée dans les surfaces intelligentes reconfigurables, issue de la recherche académique, s’impose ici comme maître d’œuvre aux côtés de deux acteurs historiques de la défense et de l’espace européens. Cette configuration illustre la volonté de la DGA d’associer l’innovation des jeunes pousses technologiques à la robustesse industrielle des grands groupes, dans une logique de souveraineté nationale assumée.

La stratégie SATCOM des armées françaises : combiner Syracuse IV et constellations en orbite basse

Le contrat « Caméléon » ne constitue pas une initiative isolée. Il s’inscrit dans une stratégie cohérente et délibérée de la DGA visant à renforcer la résilience des communications militaires françaises en diversifiant les architectures satellitaires disponibles. Le principe directeur consiste à combiner les capacités souveraines offertes par la constellation militaire Syracuse IV, opérée en orbite géostationnaire, avec celles de constellations commerciales déployées en orbite basse, dites LEO.

Cette hybridation présente plusieurs avantages opérationnels. Les satellites géostationnaires offrent une couverture stable et éprouvée, mais souffrent de latences importantes et d’une vulnérabilité accrue en cas de ciblage adverse. Les constellations en orbite basse, plus résilientes par leur nombre et leur renouvellement rapide, permettent de démultiplier les liaisons disponibles et d’abaisser les temps de transmission. Croiser ces deux types d’infrastructure renforce la continuité des communications dans des environnements contestés, hypothèse désormais centrale dans la planification militaire occidentale.

Cette approche implique en corollaire d’équiper les forces d’un plus grand nombre de terminaux compatibles avec ces différentes architectures, d’où l’enjeu industriel central du programme « Caméléon » : augmenter significativement le parc de terminaux SATCOM des armées françaises tout en diversifiant leurs capacités de connexion.

Le programme « Caméléon » en complément du marché « Centaure » et de l’accord-cadre NEXUS

Pour comprendre la portée réelle du contrat « Caméléon », il convient de le replacer dans l’architecture programmatique plus large mise en place par la DGA. Ce programme vient en effet compléter le marché « Centaure », récemment attribué à l’opérateur satellitaire Eutelsat dans le cadre de l’accord-cadre NEXUS. Ce dernier vise à accélérer le recours des forces armées françaises à la constellation OneWeb, dont Eutelsat est actionnaire majoritaire depuis leur fusion en 2023.

La logique d’ensemble est claire : d’un côté, le marché « Centaure » sécurise l’accès aux capacités de transport de données via la constellation OneWeb ; de l’autre, le programme « Caméléon » doit fournir les équipements terminaux permettant d’exploiter concrètement ces liaisons sur le terrain. Les deux programmes sont donc techniquement et opérationnellement complémentaires, l’un agissant sur l’infrastructure orbitale, l’autre sur les équipements d’accès au sol et embarqués.

Cette double commande révèle également une ambition industrielle de filière. En confiant le développement des terminaux à un consortium français et européen, et les capacités réseau à un opérateur européen, la France cherche à maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur des communications satellitaires militaires, du segment spatial au terminal de combat. Dans un contexte où la dépendance aux capacités satellitaires américaines fait l’objet d’un débat stratégique croissant au sein de l’Alliance atlantique, cette démarche revêt une dimension politique aussi bien qu’industrielle.

Un signal fort pour la filière spatiale de défense en Europe

Au-delà des aspects strictement techniques, l’attribution du contrat « Caméléon » envoie un signal structurant pour l’industrie spatiale et de défense française et européenne. La commande engage des investissements en recherche et développement sur sept ans, une durée suffisante pour permettre à Greenerwave de consolider son positionnement technologique et d’acquérir une référence militaire de premier plan, particulièrement valorisée à l’export.

Pour Airbus Defence and Space et Thales, ce programme s’inscrit dans la continuité de leur engagement dans les communications militaires spatiales, un segment en forte croissance à l’échelle mondiale sous l’effet de la militarisation accélérée de l’espace et des enseignements tirés des conflits récents, notamment en Ukraine, où les communications satellitaires ont joué un rôle opérationnel décisif.

Le montant plafond de 120 millions d’euros, rapporté à la durée du contrat, représente un engagement annuel moyen de l’ordre de 17 millions d’euros, un volume significatif pour une technologie d’amorçage mais modeste au regard des enjeux capacitaires. La trajectoire budgétaire réelle dépendra des commandes effectives passées dans ce cadre, le contrat-cadre fixant un plafond et non une garantie de volume. L’enjeu pour le consortium sera de démontrer rapidement la maturité opérationnelle des antennes développées afin de sécuriser les tranches successives du programme et, à terme, d’ouvrir des perspectives à l’exportation vers les partenaires européens et alliés.

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