Des discussions sont engagées entre les autorités françaises et Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien Public Investment Fund, pour implanter dans le Val-d’Oise un parc d’attractions Dragon Ball. Un projet qui pourrait dépasser le milliard d’euros et qui relance, au passage, le débat sur le contrôle des capitaux étrangers dans les actifs stratégiques et fonciers français.
Trente-cinq ans après la fermeture de Mirapolis, le terrain de Courdimanche, dans l’agglomération de Cergy-Pontoise, pourrait retrouver une vocation de loisirs. Selon des informations du média Politico confirmées par une source proche du dossier, plusieurs réunions se sont tenues depuis avril entre l’Élysée, la région Île-de-France, les communes concernées et les agences d’attractivité française et francilienne autour d’un projet de parc Dragon Ball porté par un investisseur saoudien.
Un parc Dragon Ball porté par un investisseur souverain saoudien
Le principal financeur pressenti est Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain Public Investment Fund (PIF) dédiée au divertissement, au sport et à la culture. Le montant précis de l’opération n’est pas connu, mais il pourrait dépasser le milliard d’euros selon Politico, qui indique que plusieurs ministres ont participé aux échanges. Le projet est jugé « très bien avancé » par une source proche du dossier, même si aucune annonce officielle n’a été formulée à ce stade. Ni l’Élysée, ni la mairie de Courdimanche, ni l’agglomération de Cergy-Pontoise n’ont confirmé d’informations lorsqu’ils ont été sollicités.

Mirapolis, un site en friche depuis trente-cinq ans
Le terrain visé par le futur parc Dragon Ball accueillait jusqu’en 1991 Mirapolis, l’un des tout premiers parcs à thème français, construit autour des légendes et contes populaires, avec en figure de proue une statue géante de Gargantua. Fréquenté par 800 000 visiteurs dès sa première année, contre plus de deux millions attendus, le parc avait ensuite subi la concurrence du Parc Astérix avant de fermer définitivement après quatre années d’exploitation. Depuis, seuls quelques vestiges subsistent sur ce terrain de plusieurs dizaines d’hectares, occupé notamment par des familles de gens du voyage installées depuis plus de neuf ans, dont une vingtaine d’enfants scolarisés dans les communes voisines.
Concertation, desserte, occupation du site : les zones d’ombre du projet
La méthode retenue pour ce projet de parc Dragon Ball suscite déjà des réserves locales. Le député du Val-d’Oise Aurélien Taché a demandé au préfet de région l’organisation d’une véritable concertation avec les élus, associations et habitants du territoire. Une élue d’opposition de Courdimanche dénonce de son côté un projet piloté depuis l’Élysée sans consultation préalable des communes avoisinantes, plaidant pour une reconversion alternative en pôle culturel, universitaire ou de recherche. Au conseil régional, un élu du groupe communiste alerte sur la nécessité d’une amélioration sensible de la desserte du site, rappelant que les difficultés économiques de Mirapolis tenaient déjà à une fréquentation insuffisante et à un accès mal dimensionné. Le groupe communiste reconnaît toutefois qu’un investissement de cette ampleur pourrait constituer une opportunité en matière d’emploi, sous réserve de garanties sur la concertation et la protection de l’environnement.
Investissements étrangers en France : un enjeu de souveraineté économique
Au-delà du seul volet touristique, ce projet de parc Dragon Ball illustre un mouvement de fond : l’appétit croissant des fonds souverains du Golfe pour des actifs fonciers et de loisirs en Europe, dans des proportions qui dépassent largement le tourisme lui-même. La France a renforcé ces dernières années son dispositif de contrôle des investissements étrangers en France, notamment sur les secteurs technologiques et les infrastructures jugées sensibles. Un projet immobilier et touristique d’ampleur, financé par un acteur public étranger et associé à des discussions au plus haut niveau de l’État, s’inscrit pleinement dans ce débat plus large sur la maîtrise des actifs stratégiques et fonciers nationaux, même lorsque le secteur concerné, celui des loisirs, semble a priori éloigné des enjeux de défense ou de technologies critiques.

La stratégie d’investissement mondial de l’Arabie saoudite à l’œuvre
Ce projet de parc Dragon Ball en Île-de-France s’inscrit également dans la stratégie de diversification économique engagée par Riyad depuis le lancement du plan Vision 2030. Le fonds souverain Public Investment Fund, via ses filiales comme Qiddiya, multiplie les prises de position à l’international dans le divertissement, le sport et la culture, afin de réduire la dépendance du royaume aux hydrocarbures et de projeter son influence économique au-delà de ses frontières. Cette stratégie saoudienne de diversification économique place la France, et plus largement l’Europe, au centre d’arbitrages financiers considérables, où les capitaux publics étrangers deviennent des partenaires incontournables du financement des grands projets d’aménagement du territoire. Pour Paris, l’enjeu consiste désormais à concilier l’attractivité du territoire pour ces capitaux avec la préservation d’une capacité de décision nationale sur les usages du foncier et les grands équilibres économiques régionaux.
Un parc Dragon Ball, révélateur des tensions entre attractivité et souveraineté
Si le projet de parc Dragon Ball venait à se concrétiser, il constituerait l’un des plus importants investissements étrangers directs jamais réalisés dans le secteur des loisirs en France. Il cristallise déjà les tensions entre la volonté de l’exécutif d’attirer des capitaux internationaux massifs pour redynamiser un territoire francilien en friche depuis trente-cinq ans, et les exigences de concertation locale, de protection de l’environnement et de maîtrise souveraine des choix d’aménagement. La suite des discussions entre l’État, les collectivités locales et l’investisseur saoudien déterminera si ce projet de parc Dragon Ball peut concilier ambition économique et respect des équilibres territoriaux.


