FIL Limited, la société holding du groupe d’investissement américain Fidelity, a déclaré à l’AMF avoir franchi indirectement, le 17 avril 2026, le seuil de 10% du capital de Rémy Cointreau. Le gestionnaire d’actifs détient désormais 5 268 828 actions, représentant 10,02% du capital et 6,48% des droits de vote du groupe charentais. Fidelity a précisé n’agir ni de concert avec un tiers, ni avec l’intention de prendre le contrôle de la société ou d’obtenir des mandats d’administrateurs.
Rémy Cointreau en pleine traversée du désert : droits de douane, Chine et États-Unis sous tension
La prise de participation de Fidelity intervient dans un contexte particulièrement difficile pour Rémy Cointreau. Le groupe, qui réalise environ 70% de son chiffre d’affaires grâce au cognac, principalement vendu aux États-Unis et en Chine, a subi de plein fouet une double pression géopolitique et commerciale ces deux dernières années. La Chine a imposé des droits de douane sur le cognac européen, tandis que les États-Unis ont appliqué leurs propres surtaxes sur les importations en provenance de l’Union européenne. Face à ces vents contraires, le groupe a renoncé en juin 2025 à ses objectifs stratégiques pour 2030, estimant que les conditions n’étaient plus réunies pour les atteindre. Le bénéfice d’exploitation avait reculé de 30,5% sur une base organique pour l’exercice clos en mars 2025. Le cours de l’action, qui cotait 39,98 euros le 22 avril 2026, accuse un repli considérable par rapport à ses niveaux historiques.
Un retour à la croissance organique amorcé au T3 2025-2026
Malgré ce contexte, des signaux de stabilisation commencent à émerger. Au troisième trimestre de l’exercice 2025-2026, Rémy Cointreau a renoué avec la croissance des ventes, enregistrant une hausse de 2,8% en organique, dépassant le consensus des analystes qui tablaient sur +1,7%. Les ventes de cognac ont progressé de 3,2% sur la période, portées par une amélioration de l’activité aux États-Unis. Par ailleurs, la conclusion d’un accord commercial entre Washington et Bruxelles — fixant les droits de douane sur les importations américaines en provenance de l’UE à 15% — a permis au groupe de revoir à la baisse l’impact estimé des surtaxes américaines sur son résultat opérationnel courant, de 45 à 30 millions d’euros. Ces éléments confortent la trajectoire de reprise progressive que le groupe entend démontrer sur l’exercice en cours.
Le franchissement du seuil de 10% par Fidelity, signal de confiance dans le redressement de Rémy Cointreau
Le franchissement par Fidelity du seuil de 10% du capital de Rémy Cointreau est un geste d’investisseur institutionnel qui ne s’improvise pas. Un gestionnaire de la taille de Fidelity — l’un des plus grands au monde avec plusieurs milliers de milliards de dollars d’actifs sous gestion — ne monte à cette hauteur dans une valeur en difficulté que sur la base d’une conviction de retournement fondé. Cette prise de position s’interprète comme un pari sur la capacité du cognac français à retrouver ses niveaux de demande sur ses deux principaux marchés, à mesure que les tensions douanières se stabilisent et que la consommation de spiritueux premium reprend en Chine et aux États-Unis. Elle renforce également la visibilité du dossier auprès des autres investisseurs institutionnels, susceptibles de suivre ce signal.
La souveraineté des marques françaises de spiritueux face aux pressions tarifaires internationales
L’histoire récente de Rémy Cointreau illustre avec acuité la vulnérabilité des fleurons de l’industrie française face aux guerres commerciales menées par les grandes puissances. Le cognac, produit d’appellation d’origine protégée, fabriqué exclusivement en Charente, est devenu un instrument de négociation dans les bras de fer entre Pékin, Washington et Bruxelles. Cette instrumentalisation de produits artisanaux à forte identité territoriale pose la question de la protection diplomatique et commerciale que l’Union européenne est en mesure d’apporter à ses industries d’excellence. La montée de Fidelity au capital de Rémy Cointreau, à un moment où le titre traite à des niveaux déprimés, peut aussi se lire comme une invitation indirecte adressée aux acteurs français et européens à renforcer leur présence au capital de leurs propres champions industriels, avant que des capitaux étrangers ne le fassent à leur place.


