EPR de Flamanville à l’arrêt pour un an : l’épreuve de vérité pour le nucléaire français

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Depuis la nuit du 26 septembre 2026, le réacteur EPR de Flamanville (Manche) est à l’arrêt pour 350 jours, le temps de sa toute première « visite complète ». Une opération technique hors norme qui interroge, au-delà de la maintenance, la capacité industrielle française à mener à bien le programme EPR2, pilier de la stratégie de souveraineté énergétique nationale.

Le réacteur le plus puissant du parc nucléaire français, mis en service en décembre 2024 après dix-sept ans de chantier, ne redémarrera pas avant la mi-septembre 2027. Cette « visite complète », baptisée VC1, est imposée par la réglementation à tout nouveau réacteur dans les trente mois suivant son premier chargement en combustible, intervenu en mai 2024. Sa durée, 350 jours, est près du double de celle observée lors des premières visites complètes des paliers précédents à Chooz et Civaux (190 à 200 jours), selon plusieurs sources spécialisées dans le nucléaire.

Un contrôle technique sans précédent

Le programme mobilise environ 20 000 activités de maintenance, 2 500 personnes sur site et 200 entreprises partenaires, pour un coût chiffré en centaines de millions d’euros par EDF. Les opérations comprennent des épreuves de pression du circuit primaire au-delà des conditions normales de fonctionnement, une épreuve de l’enceinte de confinement, une inspection robotisée de l’intérieur de la cuve, la vérification de milliers de vannes et clapets, ainsi que le renforcement de la protection des transformateurs contre les embruns et le sel marin, après les dégâts causés aux isolateurs électriques par la tempête Goretti.

Le point le plus spectaculaire reste le remplacement du couvercle de la cuve du réacteur, une pièce d’environ 100 tonnes et plus de 5 mètres de diamètre, fabriquée par Framatome sur son site de Saint-Marcel et arrivée sur le site de Flamanville le 16 juin 2026. Ce couvercle présentait, depuis sa détection en 2014, une concentration en carbone légèrement supérieure aux spécifications (0,3 % contre 0,22 % requis), un défaut qui avait conduit l’Autorité de sûreté nucléaire à en autoriser l’usage en 2023 sous condition explicite de remplacement après le démarrage du réacteur. Selon des informations reprises par plusieurs médias spécialisés, l’Autorité de sûreté et de radioprotection (ASNR) aurait par ailleurs validé un allègement du programme initial de contrôles, après une alerte interne pointant un calendrier trop chargé et une préparation en retard, un point qui mériterait confirmation officielle.

Un impact limité sur l’approvisionnement, pour l’instant

Sur le plan de la sécurité d’approvisionnement électrique, le risque de tension hivernale reste modéré. Le gestionnaire du réseau RTE table sur une disponibilité moyenne de 54 gigawatts pour le parc nucléaire cet hiver, un calcul qui n’intégrait déjà pas la production de Flamanville, ce réacteur ne représentant qu’environ 3 % de cette capacité disponible. RTE ne prévoit d’intégrer pleinement l’EPR dans ses perspectives de sécurité d’approvisionnement qu’à partir de l’exercice 2027. Sur les 350 jours d’arrêt, la production perdue équivaudrait toutefois à la consommation annuelle d’environ 3,2 millions de foyers, un manque que le reste du parc, actuellement en position confortable, doit absorber.

La souveraineté nucléaire à l’épreuve du retour d’expérience

Au-delà de l’enjeu technique immédiat, cet arrêt prolongé touche directement à la crédibilité industrielle du nucléaire français à un moment stratégique. Le coût total du projet Flamanville, désormais estimé à 23,7 milliards d’euros en conditions économiques 2023, contre un budget initial de 3,3 milliards, et un chantier achevé avec douze ans de retard, avait déjà fragilisé l’image de la filière. La fabrication française du couvercle de remplacement par Framatome démontre que l’outil industriel national conserve la capacité à produire de grandes pièces forgées nucléaires, une compétence rare à l’échelle mondiale et un atout de souveraineté technologique.

Mais chaque incident détecté sur Flamanville, tête de série du palier EPR, alimente aussi les interrogations sur le programme EPR2, dont EDF affirme tirer les enseignements pour les chantiers de Penly et de Gravelines. Or ce programme, qui doit fournir jusqu’à quatorze nouveaux réacteurs, constitue le socle de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie et de l’ambition française de reconquérir une souveraineté énergétique durable, tout en conditionnant la crédibilité de l’EPR à l’export, déjà mis à mal par les déboires similaires du chantier britannique de Hinkley Point C. Un nouveau retard ou un nouveau défaut décelé lors de cette visite complète pèserait directement sur la trajectoire industrielle que la France s’est fixée pour la décennie à venir.

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