Atos se dote d’un comité scientifique pour bâtir son IA « souveraine et ouverte »

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Six mois après avoir cédé à l’État sa branche supercalculateurs, devenue Bull, Atos redessine son positionnement autour de l’intelligence artificielle. Le groupe a annoncé le 22 septembre la création, en France, d’un comité scientifique chargé d’orienter sa stratégie en matière d’IA « ouverte et souveraine ». Une initiative qui illustre la manière dont un acteur historique du numérique français tente de reconquérir un terrain occupé par les géants américains, en misant sur la légitimité scientifique plutôt que sur la seule puissance de calcul.

Une instance à dominante académique et industrielle

Le comité rassemble quatre personnalités extérieures au groupe. Jean-Baptiste Kempf, président de l’association VideoLan et figure du logiciel libre avec le lecteur VLC, y représente les communautés open source. Stéphane Canu, professeur à l’INSA Rouen Normandie titulaire d’une chaire en apprentissage statistique et chargé de mission IA auprès du ministère de l’Enseignement supérieur, apporte une expertise mathématique et fondamentale. Philippe Freyssinet, directeur scientifique du BRGM et membre de l’Académie des technologies, complète l’instance aux côtés d’Alexandre Bouard, ancien cadre BMW passé chez Renault Group où il dirige le programme « véhicule connecté » au sein de la Software République. Trois dirigeants d’Atos France siègent également dans ce comité : le directeur général Franck Chartier, le directeur technologie et opérations Sylvain Barthélemy, et le directeur innovation Laurent Clergue.

Selon le communiqué diffusé via GlobeNewswire, ce comité doit accompagner la constitution d’un socle d’IA mutualisé au sein du groupe, en rassemblant les développements internes aujourd’hui dispersés entre équipes. L’objectif affiché est de faire émerger une « marketplace » interne d’agents IA, susceptible d’être valorisée dans les appels d’offres liés à la souveraineté numérique, un segment de marché en forte croissance en France comme dans le reste de l’Europe.

Santé, éthique, mathématiques : quatre chantiers thématiques

Au-delà de l’organisation technique, le comité doit nourrir la réflexion d’Atos sur quatre axes. Le premier porte sur l’IA appliquée à la santé, avec un accent mis sur l’accompagnement du vieillissement et le soutien aux aidants via des IA dites « empathiques ». Le deuxième concerne les fondements mathématiques des modèles, notamment la compréhension des mécanismes d’incertitude et de biais. Le troisième vise l’éthique : explicabilité des systèmes, protection des données, lutte contre les biais algorithmiques. Le quatrième, enfin, touche à la médiation scientifique et à l’impact environnemental de l’IA.

Franck Chartier a qualifié la création de cette instance de « moment charnière », affirmant qu’Atos fait « le choix assumé d’une IA souveraine, ouverte et profondément humaniste » et souhaite « démontrer que l’ouverture et le partage sont des leviers de puissance ». Jean-Baptiste Kempf, de son côté, a estimé qu’investir dans la technologie est « essentiel pour l’avenir de l’Europe et en particulier de la France », présentant Atos comme « un acteur clé » de cette dynamique. Stéphane Canu a pour sa part défini son rôle comme celui d’une vigie chargée de « regarder loin en avant, anticiper les opportunités, signaler les éventuelles impasses », rappelant que « la France a les cerveaux » pour « façonner l’IA plutôt que de la subir ».

Un pari sur l’ouverture, aux contours encore flous

Cette annonce prolonge deux initiatives déjà engagées par le groupe : les Atos Sovereign Agentic Studios, quatre structures régionales déployées notamment dans le Sud-Ouest et en région parisienne pour industrialiser des projets pilotes d’IA agentique, et MogwAI, sa plateforme souveraine de génération de contenu et de pilotage d’agents dévoilée cet été. Le groupe, qui emploie 54 000 collaborateurs dans 54 pays pour un chiffre d’affaires annuel de 7,2 milliards d’euros, cherche ainsi à transformer sa stratégie IA en argument commercial différenciant face à des concurrents structurés autour des modèles propriétaires américains.

Reste une zone d’ombre, relevée par plusieurs observateurs spécialisés : si le comité met en avant les vertus du partage et de l’interopérabilité, aucune précision n’a été donnée sur une éventuelle publication des solutions développées sous licence libre au sens strict. L’« ouverture » revendiquée semble, à ce stade, concerner avant tout la mutualisation interne des développements entre les différentes entités du groupe, plutôt qu’une mise à disposition externe et vérifiable. Ni calendrier ni budget n’ont par ailleurs été communiqués.

Cette prudence sur les modalités concrètes n’enlève rien à la portée symbolique de l’opération. Dans un contexte où l’État français a repris en direct, début 2026, les actifs stratégiques de supercalcul d’Atos, et où la commande publique valorise de plus en plus les critères de souveraineté numérique dans ses appels d’offres, s’entourer de figures reconnues de la recherche publique, du logiciel libre et de l’industrie constitue pour Atos un moyen de regagner en crédibilité institutionnelle. Reste à savoir si cette gouvernance scientifique se traduira, dans les prochains mois, par des réalisations concrètes et vérifiables, au-delà de l’exercice de communication.

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