Aviation : le groupe familial vendéen Dubreuil change une troisième fois de dirigeant en deux ans, un enjeu pour la continuité aérienne des Outre-mer

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Le Groupe Dubreuil Aéro Services, la structure de tête qui chapeaute les compagnies aériennes Air Caraïbes et French Bee, a annoncé le 9 septembre la nomination de Laurent Perrier au poste de directeur général. Sa prise de fonction est fixée au 16 septembre 2026. Il succède à Grégory Jamet, en poste depuis moins d’un an seulement. Cette nomination, la troisième à ce niveau de responsabilité en moins de deux ans, intervient dans un groupe familial centenaire dont les deux compagnies aériennes assurent une part significative de la desserte des territoires ultramarins français, un enjeu directement lié à la souveraineté économique et territoriale de la France.

Un profil issu du sérail Air France-KLM

Laurent Perrier possède plus de vingt ans d’expérience dans le secteur aérien. Diplômé d’un double master en gestion du transport aérien de l’École nationale de l’aviation civile (Enac) et en management stratégique de la Toulouse Business School, il a construit sa carrière au sein du groupe Air France-KLM et de ses filiales, notamment Transavia et Hop!. Il a occupé le poste de directeur commercial France chez Air France avant de prendre la direction générale des activités du groupe pour l’Espagne et le Portugal. Chez Groupe Dubreuil Aéro Services, il sera chargé de superviser les fonctions commerciales transverses, la programmation, la tarification et le revenue management, avec pour mission déclarée de renforcer les synergies entre les compagnies du groupe.

Une gouvernance sous tension depuis 2025

Cette nomination s’inscrit dans une séquence de turbulences managériales que le groupe vendéen n’a pas totalement refermée. En janvier 2025, Air Caraïbes et French Bee s’étaient séparées de leur présidente, Christine Ourmières-Widener, arrivée en juillet 2023 après avoir dirigé la compagnie britannique Flybe puis la portugaise TAP. Son départ avait fait suite à des désaccords avec le fondateur du groupe, Jean-Paul Dubreuil, notamment sur la dégradation du classement des deux compagnies en matière de ponctualité et de qualité de service. Depuis, c’est Paul-Henri Dubreuil, fils de Jean-Paul et PDG du groupe depuis juin 2023, qui pilote directement la stratégie aérienne. Grégory Jamet avait été nommé directeur général de la filiale Aéro Services fin octobre 2025 pour stabiliser l’organisation. Son remplacement au bout de moins d’un an témoigne de la difficulté du groupe à fixer durablement son encadrement dirigeant, dans un secteur où la continuité managériale conditionne largement la performance opérationnelle.

Un acteur clé de la desserte des Outre-mer

Au-delà de la seule mécanique interne de gouvernance, cette nomination touche à un enjeu de souveraineté économique concret. Fondé en 1924 à La Roche-sur-Yon par Henri Dubreuil, le groupe familial, aujourd’hui dirigé par la troisième génération, s’est diversifié depuis dans la distribution, l’automobile et l’énergie photovoltaïque, mais son pôle aérien reste sa vitrine la plus stratégique. Air Caraïbes, né en 1998 du rachat d’Air Caribbean, et French Bee, compagnie long-courrier à bas coûts lancée en 2016, assurent une part substantielle des liaisons entre la métropole et les Antilles, la Guyane et La Réunion.

L’État français a structuré depuis plusieurs années le marché de la desserte aérienne ultramarine autour de trois pôles concurrents : Air France-KLM, dont l’État reste actionnaire, Corsair-Air Austral, né de rapprochements successifs, et Groupe Dubreuil avec Air Caraïbes-French Bee. Cette architecture à trois acteurs vise explicitement à éviter la dépendance de la continuité territoriale envers un opérateur unique ou envers des compagnies étrangères, tout en maintenant une forme de concurrence sur des lignes jugées essentielles pour les économies et les populations ultramarines. Le maintien d’un acteur familial français indépendant, capable de renouveler sa flotte et d’élargir ses fréquences vers Cayenne, Fort-de-France, Pointe-à-Pitre ou Saint-Denis de La Réunion, constitue à ce titre un pilier de cette politique de continuité territoriale, distincte du strict jeu concurrentiel.

C’est dans ce contexte que la stabilité de l’encadrement dirigeant du groupe Dubreuil prend une dimension qui dépasse la seule gestion d’entreprise. Une succession rapide de directeurs généraux, même à un échelon intermédiaire comme celui de la filiale Aéro Services, questionne la capacité du groupe à conduire dans la durée les investissements et les choix stratégiques nécessaires au maintien de son rôle dans cet équilibre voulu par les pouvoirs publics. Le groupe n’a pas communiqué sur les raisons précises du départ de Grégory Jamet.

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