Stellantis s’apprêterait à investir plus d’un milliard d’euros sur son site d’Hordain, dans le Nord, pour y produire la prochaine génération de ses utilitaires. L’information, révélée par Bloomberg le 11 septembre et reprise depuis par plusieurs médias spécialisés, n’a pas été officiellement confirmée par le constructeur automobile, sollicité par l’AFP. Elle intervient alors qu’à quelques dizaines de kilomètres, l’usine historique de Douvrin s’apprête à fermer définitivement ses portes, fin octobre, illustrant les recompositions à l’œuvre dans l’industrie automobile française.
Un site déjà central pour les utilitaires du groupe
Hordain est aujourd’hui le principal site de production d’utilitaires moyens de Stellantis en Europe. L’usine, qui emploie environ 2 643 salariés répartis sur trois équipes, a produit près de 151 000 véhicules en 2025, soit environ 620 à 630 unités par jour. Elle fabrique notamment les Peugeot Expert, Citroën Jumpy, Fiat Scudo, Opel Vivaro et Toyota Proace, construits sur la plateforme K0 lancée en 2016. Environ deux tiers de la production concerne des véhicules utilitaires proprement dits, le tiers restant correspondant à des versions destinées au transport de personnes. Le site dispose également d’un centre de personnalisation, CustomFit, qui adapte près de la moitié des véhicules pour des usages spécifiques, notamment pour la police ou les services postaux.
Selon les informations rapportées, l’investissement d’un milliard d’euros doit financer le remplacement de la plateforme K0, en fin de vie après quatorze ans de commercialisation, ainsi que la modernisation de l’outil industriel : automatisation accrue, internalisation de productions aujourd’hui sous-traitées, et développement d’une nouvelle génération de véhicules à forte dominante électrique. Le lancement du successeur de la gamme actuelle est évoqué pour 2030. Une partie des fonds concernerait aussi des dépenses de recherche et développement sur d’autres sites français du groupe.
Un accueil syndical prudent
Du côté des représentants du personnel, l’annonce est accueillie avec un optimisme mesuré. Laurent Oechsel, délégué syndical CFE-CGC chez Stellantis, a estimé que « si la nouvelle se concrétise (…), alors c’est une bonne nouvelle ». Pour la CGT de Valenciennes, Ludovic Bouvier a tenu un discours similaire : « cet investissement serait une bonne nouvelle, mais nous restons vigilants ». Les organisations syndicales conditionnent leur soutien à plusieurs engagements : la conversion de l’ensemble des intérimaires en contrats à durée indéterminée (l’usine emploie actuellement entre 600 et 700 travailleurs temporaires en plus de ses effectifs permanents), le maintien du niveau d’emploi, ainsi que des investissements en matière d’efficacité énergétique, avec l’installation d’éoliennes évoquée pour réduire la dépendance aux énergies fossiles du site.
Une stratégie de réorganisation plus large
Ce projet s’inscrit dans le plan de restructuration industrielle engagé par le directeur général de Stellantis, Antonio Filosa, destiné à répondre à la surcapacité de production du groupe et à réduire les coûts. Il vient compléter un investissement déjà annoncé de plus d’un milliard d’euros pour la production de trois nouveaux modèles électriques et hybrides Peugeot à Mulhouse d’ici 2029. Stellantis exploite quatre usines automobiles en France (Mulhouse, Sochaux, Rennes et Hordain), qui ont produit au total 661 000 véhicules en 2025.
L’ombre de Douvrin
L’annonce prend un relief particulier au regard de la situation de l’usine de Douvrin, distante d’une trentaine de kilomètres. Fondé en 1969 sous le nom de Française de Mécanique, dans le cadre d’un partenariat entre Peugeot et Renault, ce site a produit plus de 40 millions de moteurs en 57 ans d’existence, dont le V6 PRV qui a notamment équipé la DeLorean DMC-12, ainsi que des blocs destinés à la Twingo, la 205 ou la C15. Il cessera toute activité le 30 octobre 2026, officiellement en raison du recul de la demande pour les moteurs thermiques non hybridés, dans un contexte d’électrification du marché. Stellantis indique qu’une partie des salariés a déjà été reclassée, notamment vers la gigafactory de batteries ACC installée à proximité, mais qu’une cinquantaine de titulaires et autant d’intérimaires restent encore à repositionner.
Un enjeu pour le bassin industriel du Nord
Pour le bassin d’emploi des Hauts-de-France, ces deux mouvements simultanés, fermeture d’un site historique de moteurs thermiques d’un côté, investissement massif dans les utilitaires de nouvelle génération de l’autre, illustrent la difficulté de maintenir une base industrielle automobile complète en France face à la transition électrique et à la pression concurrentielle, notamment chinoise, sur les segments les plus exposés. Le segment des utilitaires, où les constructeurs européens conservent encore une avance technologique et commerciale significative, apparaît comme l’un des derniers bastions où Stellantis choisit d’investir plutôt que de réduire la voilure en France. Reste à savoir si cette annonce, non confirmée à ce stade par le groupe, se traduira par un engagement ferme et un calendrier précis.
