Schneider Electric réorganise son appareil industriel français : une usine fermée dans la Vienne, 150 millions d’euros investis dans l’Eure

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Schneider Electric a annoncé le 9 septembre 2026 la fermeture programmée de son site historique de Chasseneuil-du-Poitou, dans la Vienne, tout en dévoilant un investissement de 150 millions d’euros pour regrouper trois usines normandes au sein d’une nouvelle méga-usine à Évreux. Cette double décision intervient alors que le groupe vient d’afficher des résultats semestriels records, portés par l’essor des centres de données et de l’intelligence artificielle.

Une fermeture dans la Vienne, un regroupement dans l’Eure

Le groupe français, numéro un mondial de la gestion de l’énergie et de l’automatisation industrielle, a présenté ce même jour un plan de réorganisation touchant deux régions. Dans la Vienne, l’usine de Chasseneuil-du-Poitou, qui assemble des produits électromécaniques de haute technicité (contacteurs, disjoncteurs, relais magnétothermiques) sous les marques historiques Télémécanique et Merlin Gerin, fermera ses portes en mars 2028. Cette décision concerne 145 salariés et s’accompagne de la mise en place d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), avec des propositions de reclassement.

Dans le même temps, Schneider Electric a confirmé un projet de 150 millions d’euros dans l’Eure : les trois sites de Beaumont-le-Roger, du Vaudreuil et de Pacy-sur-Eure seront fusionnés au sein d’une usine unique à Évreux, spécialisée notamment dans les pièces et sous-ensembles découpés et moulés stratégiques (circuits magnétiques, contacts électriques) qui entrent dans la fabrication des produits électromécaniques du groupe. Environ 800 salariés seraient transférés vers ce nouveau site consolidé, dont l’achèvement est prévu pour 2029.

Le groupe présente ainsi une opération à double face : un site ancien fermé au profit d’un outil industriel modernisé et concentré géographiquement, plutôt qu’une simple contraction de la présence en France.

Un contexte financier porté par la demande des centres de données

Cette réorganisation industrielle intervient dans un contexte financier particulièrement favorable pour le groupe basé à Rueil-Malmaison. Schneider Electric a publié début septembre des résultats semestriels 2026 records : un chiffre d’affaires de 21,2 milliards d’euros sur les six premiers mois de l’année, en croissance organique de 14 %, avec une accélération au deuxième trimestre à 11,46 milliards d’euros (+16,5 % en organique). Le résultat net a bondi de 30 %, à 2,5 milliards d’euros, et le groupe a relevé sa fourchette de croissance de l’Ebita ajusté pour 2026, désormais attendue entre 14 % et 19 %.

Ces performances s’expliquent en grande partie par la demande liée aux centres de données et à l’intelligence artificielle, qui a tiré une croissance à trois chiffres sur ce segment, tandis que l’activité Energy Management progressait de 15,4 % et l’Industrial Automation de 7,7 %. Le groupe a par ailleurs multiplié les investissements dans le logiciel industriel et l’IA, avec des acquisitions comme Cognite et AiDASH.

C’est dans ce contexte de croissance tirée par l’électrification et le numérique que s’inscrit la décision de moderniser l’outil productif français plutôt que de le figer.

Souveraineté industrielle : moderniser sur place plutôt que délocaliser

L’annonce illustre une tension caractéristique de l’industrie électrique française actuelle. D’un côté, la fermeture d’un site vieillissant et la suppression de 145 emplois dans un bassin d’emploi de la Vienne déjà fragilisé constituent un signal négatif pour l’ancrage territorial du groupe. De l’autre, le choix de concentrer 150 millions d’euros d’investissement sur le sol français, à Évreux, pour construire un outil industriel plus moderne et compétitif, traduit une stratégie de maintien de la production en France plutôt qu’un transfert vers des pays à bas coûts.

Pour un groupe mondial dont la croissance est aujourd’hui tirée par la demande américaine et asiatique (Amérique du Nord en hausse de 19,1 %, Chine et Asie de l’Est de 17,1 % au premier semestre), la décision de réinvestir massivement dans l’appareil productif hexagonal n’allait pas de soi. Elle s’inscrit dans la logique défendue par plusieurs dirigeants du groupe, qui appellent régulièrement la France à capter davantage la valeur du boom des centres de données pour sa propre souveraineté industrielle, plutôt que de la laisser se construire ailleurs.

Ce type de restructuration, qui combine fermeture d’un site ancien et concentration des moyens sur un site unique modernisé, devient un schéma récurrent pour les grands groupes industriels français confrontés à la nécessité de rester compétitifs face à la concurrence internationale tout en conservant une empreinte de production nationale. Reste à savoir si le calendrier annoncé (mars 2028 pour la fermeture, 2029 pour l’achèvement du site d’Évreux) sera tenu, et quelle sera l’ampleur réelle des reclassements proposés aux 145 salariés de Chasseneuil-du-Poitou.

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