TotalEnergies prend le contrôle des deux plus grandes découvertes pétrolières de Namibie

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Le groupe français a finalisé, le 3 septembre, son entrée comme opérateur dans la licence PEL83 qui abrite Mopane, une découverte jugée « géante » par les spécialistes du secteur. Combinée à Venus, déjà opérée par TotalEnergies, cette prise de contrôle fait du champion tricolore de l’énergie la pièce maîtresse d’un nouveau bassin pétrolier qui pourrait bouleverser la carte mondiale de l’offre de brut d’ici la fin de la décennie.

TotalEnergies a annoncé le 3 septembre avoir finalisé son accord avec le groupe portugais Galp portant sur la licence PEL83, au large de la Namibie, dans le bassin de l’Orange. Le groupe français y détient désormais 40 % des parts en tant qu’opérateur, aux côtés de Galp (40 %), de la compagnie nationale namibienne Namcor (10 %) et de Custos Namibia (10 %). En contrepartie, Galp a reçu 10 % de la licence PEL56, qui contient le gisement Venus déjà opéré par TotalEnergies, ainsi que 9,39 % de la licence voisine PEL91.

L’accord, conclu en décembre 2025 et validé depuis par les autorités namibiennes, prévoit que TotalEnergies prenne à sa charge 50 % des coûts d’exploration et d’appréciation du projet Mopane, remboursables ensuite par la moitié des flux de trésorerie futurs — un mécanisme qui traduit sa confiance dans la découverte tout en répartissant le risque financier avec son partenaire portugais.

Une découverte qualifiée de « supergéante »

Mopane, mise au jour en 2024, est considérée par les spécialistes de l’exploration offshore comme l’une des découvertes les plus importantes de la dernière décennie. Galp évalue le complexe à au moins 10 milliards de barils équivalent pétrole en place, sans compter les volumes additionnels que pourraient révéler de futurs forages. Les tests menés sur les puits Mopane-1X et Mopane-2X ont atteint la limite technique autorisée de 14 000 barils par jour, avec un pétrole léger et peu chargé en impuretés qui en facilite l’exploitation. L’extension latérale du gisement, confirmée sur au moins huit kilomètres, renforce l’hypothèse d’un champ du niveau des plus grandes découvertes offshore mondiales des vingt dernières années.

TotalEnergies prévoit de lancer la campagne d’appréciation de Mopane dès le second semestre 2026, avec trois puits programmés sur deux ans, en vue d’une décision finale d’investissement (FID) visée pour 2028. Le président-directeur général du groupe, Patrick Pouyanné, a présenté cette opération comme la démonstration d’« une confiance forte dans la Namibie en tant que futur pays producteur ».

Venus, l’autre pilier du futur hub pétrolier namibien

L’opération ne peut se comprendre qu’en regard du second projet namibien de TotalEnergies : Venus, découvert dès 2022 dans la licence PEL56 et estimé à environ 3 milliards de barils de réserves récupérables. Le groupe y vise une décision finale d’investissement en 2026, avec une mise en production envisagée d’ici la fin de la décennie via un navire flottant de production et de stockage (FPSO) d’une capacité annoncée de 160 000 barils de brut et environ 500 millions de pieds cubes de gaz naturel par jour.

En consolidant son statut d’opérateur sur les deux principaux gisements du pays, TotalEnergies entend construire un « hub de production intégré », mutualisant les infrastructures entre les deux champs plutôt que de les développer séparément avec des partenaires différents. Selon le cabinet Wood Mackenzie, le développement du bassin de l’Orange dans son ensemble — qui inclut aussi le gisement Graff, opéré par Shell — pourrait mobiliser environ 4 milliards de dollars d’investissements annuels au cours de la première moitié de la prochaine décennie.

Une bataille mondiale pour le nouvel eldorado pétrolier africain

La Namibie s’est imposée en trois ans comme l’une des frontières les plus disputées de l’exploration pétrolière mondiale, aux côtés du Guyana. Shell y détient la découverte concurrente Graff, tandis que des compagnies plus modestes, dont ReconAfrica, explorent d’autres bassins du pays. L’échange d’actifs entre TotalEnergies et Galp illustre une logique de rationalisation à l’œuvre chez les grands groupes : mieux vaut consolider un contrôle opérationnel clair sur un nombre restreint de projets majeurs que de disperser les participations, dans un bassin encore dépourvu d’infrastructures portuaires adaptées à une production offshore de grande échelle — un défi que les autorités namibiennes doivent résoudre avant les premières exportations.

Pour TotalEnergies, cette manœuvre s’inscrit dans une stratégie de diversification géographique de ses réserves, à un moment où les tensions au Proche-Orient — les frappes américaines et la riposte iranienne autour du détroit d’Ormuz début septembre ont fait bondir le Brent au-dessus de 95 dollars — rappellent la vulnérabilité de l’approvisionnement mondial en hydrocarbures aux points de passage stratégiques. En misant sur un bassin producteur situé sur la côte atlantique africaine, loin des goulets d’étranglement du Golfe, le groupe construit une alternative d’approvisionnement à long terme.

Un enjeu de souveraineté économique pour la France

Au-delà de la stratégie d’entreprise, cette montée en puissance en Namibie consolide la position de TotalEnergies comme l’un des rares groupes énergétiques intégrés capables de rivaliser avec les majors anglo-saxonnes et moyen-orientales. Premier groupe français par le chiffre d’affaires et pilier du CAC 40, TotalEnergies a publié au premier semestre 2026 un résultat net ajusté en hausse de 73 % à 11,2 milliards de dollars, porté notamment par ses activités amont. Le contrôle de gisements comme Mopane et Venus renforce cette assise, avec des retombées attendues pour l’écosystème français de l’ingénierie pétrolière et parapétrolière appelé à intervenir sur ces développements.

Cette expansion s’inscrit aussi dans le registre de l’influence économique française en Afrique, à un moment où la concurrence internationale — notamment chinoise — pour l’accès aux ressources naturelles du continent s’intensifie. Qu’un groupe domicilié en France s’impose comme opérateur de référence sur l’un des bassins pétroliers les plus prometteurs de la planète constitue un signal de poids pour la diplomatie économique hexagonale, alors que la sécurité des approvisionnements énergétiques redevient une préoccupation de premier plan à Paris comme à Bruxelles.

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