Vision nocturne : Exosens décroche sa première commande de livraison pour l’US Army et confirme son ancrage américain

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Le groupe optronique français Exosens franchit une nouvelle étape dans sa conquête du marché américain de la défense. Sa filiale Photonis Defense s’est vu attribuer, selon un communiqué publié le 25 août 2026, la première commande de livraison du programme BiNOD (Binocular Night Observation Device) de l’armée américaine, portant sur 1 600 systèmes complets de vision nocturne binoculaire. Une annonce qui matérialise le contrat-cadre de 352,6 millions de dollars signé en mars dernier et qui illustre la stratégie d’implantation industrielle directe aux États-Unis adoptée par ce champion français de l’optronique de défense.

Une première commande de 1 600 systèmes, prélude à une montée en puissance

Le programme BiNOD vise à équiper les soldats américains de jumelles de vision nocturne de nouvelle génération, plus légères et plus performantes que les équipements actuellement en service. Cette première commande de livraison, qui s’inscrit dans une phase dite de production initiale à cadence réduite (Low-Rate Initial Production, LRIP), porte sur 1 600 systèmes complets. Les premières livraisons sont attendues dès la fin de l’année 2026, la majorité du volume devant être livrée courant 2027.

Le montant financier précis de cette commande n’a pas été communiqué. Elle s’inscrit toutefois dans le cadre du contrat global signé le 2 mars 2026 avec l’U.S. Army Contracting Command : un accord de type IDIQ (Indefinite Delivery/Indefinite Quantity) à prix fixe ferme, plafonné à 352,6 millions de dollars (soit environ 300 millions d’euros) et courant jusqu’au 27 février 2033. Photonis Defense avait alors été sélectionnée à l’issue d’un processus compétitif ayant initialement réuni six candidats, pour le développement, la production et les essais du système BiNOD.

Une stratégie d’ancrage industriel américain assumée

Pour Exosens, coté sur Euronext Paris (compartiment A, ticker EXENS), cette commande valide une stratégie engagée depuis plusieurs années : celle d’une implantation industrielle directe sur le sol américain plutôt que d’un simple positionnement à l’export. Le groupe a ainsi investi dans une nouvelle installation de production à Sturbridge, dans le Massachusetts, annoncée en mars 2025. Photonis Defense y assure la fabrication et les essais des systèmes complets, en y intégrant les tubes intensificateurs d’image conçus par Exosens, afin de répondre aux exigences de performance, de qualité et de délais fixées par l’armée américaine.

« Cette nouvelle phase marque un jalon clé dans l’expansion d’Exosens aux États-Unis et confirme la pertinence de notre stratégie industrielle locale, a déclaré Jérôme Cerisier, directeur général d’Exosens, cité dans le communiqué. En combinant notre leadership technologique avec les capacités industrielles scalables américaines, nous réaffirmons notre engagement en tant que partenaire de confiance de l’armée américaine. »

Shanna Owens, directrice générale de Photonis Defense, a pour sa part souligné l’importance de ce contrat pour l’ancrage local de l’entreprise : « Photonis Defense est honorée de soutenir le programme BiNOD. Notre engagement envers le soldat américain est indéfectible, et nous restons concentrés sur la fourniture de capacités de vision nocturne avancées. »

Le groupe justifie cette approche par les spécificités du marché américain, qu’il qualifie du marché national le plus exigeant au monde pour les technologies de vision nocturne — un choix stratégique qui répond aussi, en creux, aux logiques du « Buy American » qui structurent une large part des marchés publics de défense outre-Atlantique.

Un acteur français au cœur de l’optronique de défense mondiale

Fort de plus de 85 ans d’expérience, Exosens revendique plus de 2 000 salariés répartis sur 13 sites entre l’Europe et l’Amérique du Nord. La société est intégrée aux indices SBF 120, CAC All-Tradable et CAC Mid 60 sur la place de Paris. Issu de la fusion des activités de photonique et de détection de nouvelle génération, le groupe s’est positionné ces dernières années comme l’un des rares acteurs occidentaux capables de rivaliser sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’optronique — des tubes intensificateurs d’image jusqu’aux systèmes complets destinés aux forces armées.

Ce succès commercial outre-Atlantique s’inscrit dans un contexte plus large de réarmement et de modernisation des équipements individuels au sein de l’OTAN, où la vision nocturne constitue un enjeu capacitaire de premier plan pour les forces terrestres. Il illustre également une dynamique à double sens pour la souveraineté industrielle française : d’un côté, la capacité d’un groupe tricolore à s’imposer face à la concurrence américaine sur son propre marché domestique de défense ; de l’autre, une intégration croissante de la chaîne de production directement aux États-Unis, qui interroge sur le partage de la valeur ajoutée et des savoir-faire entre les deux rives de l’Atlantique — un arbitrage classique pour toute entreprise de défense cherchant à sécuriser l’accès à des marchés protégés par des exigences de contenu local.

À l’annonce du contrat-cadre en mars, l’action Exosens avait progressé de plus de 2 % en Bourse, traduisant la confiance des investisseurs dans la capacité du groupe à transformer ce type d’accords-cadres en commandes fermes. La confirmation, cinq mois plus tard, d’une première commande concrète de 1 600 unités vient conforter cette trajectoire, dans un secteur de la défense optronique où la France entend rester l’un des tout premiers fournisseurs mondiaux.

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