Visite d’État de Mohammed ben Salmane à Paris : la France verrouille une série d’accords stratégiques avec Riyad

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Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a effectué les 23 et 24 août 2026 une visite officielle à Paris, la première depuis la création, à cette occasion, d’un Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien. Au terme de deux jours de réunions à l’Élysée, une vague d’accords économiques, industriels et de défense a été signée, confirmant l’ambition de la France de s’arrimer durablement au plan « Vision 2030 » du royaume et à ses besoins massifs de diversification économique.

Un agenda dense, du forum d’affaires au dîner d’État

Arrivé dès le dimanche 23 août pour assister à la cérémonie de clôture de l’Esports World Cup au Grand Palais, le prince héritier a enchaîné le lendemain un entretien bilatéral avec Emmanuel Macron, la première réunion du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, une cérémonie de signature d’accords puis un dîner officiel. En parallèle s’est tenu un forum d’affaires réunissant entreprises et investisseurs des deux pays autour de l’énergie, du tourisme, de la culture, de l’intelligence artificielle, des jeux vidéo, des transports, de la santé et des technologies quantiques.

Cette séquence intervient un an et demi après le déplacement d’Emmanuel Macron en Arabie saoudite, en décembre 2024, et s’inscrit dans un contexte régional tendu — Iran, Yémen, Liban, conflit israélo-palestinien — sur lequel les deux dirigeants ont également échangé.

Six milliards d’euros pour trois parcs à thème en Île-de-France

L’annonce la plus spectaculaire côté investissements entrants concerne le site de l’ancien parc Mirapolis, fermé depuis trente-cinq ans à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Le groupe saoudien Qiddiya Investment Company y financera trois parcs à thème, dont un consacré à l’univers manga (Dragon Ball Z), pour un investissement annoncé de 6 milliards d’euros et une promesse de 22 000 emplois directs. Emmanuel Macron a qualifié le projet d’inédit « depuis Disneyland Paris ». L’opération illustre la stratégie saoudienne de recyclage des pétrodollars vers des actifs de loisirs et de tourisme en Europe, en écho à ses propres ambitions domestiques portées par Qiddiya, méga-projet de divertissement près de Riyad.

Des contrats structurants pour plusieurs champions industriels français

Au-delà du volet grand public, plusieurs entreprises françaises ont sécurisé des débouchés significatifs sur le marché saoudien :

CMA CGM, via sa filiale Red Sea Gateway Terminal, a conclu un accord portant sur le terminal n°4 du port de Djeddah, d’une valeur de 434 millions d’euros, pour une capacité additionnelle de 2,6 millions de conteneurs équivalent vingt pieds (EVP). Alstom a signé un contrat estimé à 500 millions d’euros pour la fourniture de rames destinées aux lignes 3 et 6 du métro de Riyad, assorti d’un accord de site d’assemblage local. Orano a par ailleurs conclu un protocole d’accord avec le groupe minier saoudien Maaden autour du combustible nucléaire, tandis que la start-up française Mistral AI a formalisé un cadre de coopération en intelligence artificielle avec l’acteur saoudien HUMAIN.

Le volet financier n’est pas en reste : Bpifrance apporterait un soutien de 3 milliards de dollars au financement énergétique saoudien, et un mécanisme de financement de dette de 5 milliards de dollars a été évoqué pour des projets incluant le métro de Riyad et de l’hôtellerie. Le groupe SAUR, associé à l’entreprise saoudienne Nesma, a signé un accord d’environ 150 millions de dollars sur le traitement des eaux usées lié à un projet de loisirs, et Crédit Agricole CIB financerait l’acquisition de quatre appareils Airbus par la compagnie Saudia. Atout France et l’organisation de l’Exposition universelle de Riyad 2030 ont également signé un accord d’échange d’expertise événementielle, tout comme un protocole de promotion réciproque des investissements entre les ministères concernés. Selon plusieurs médias, le nombre total d’accords signés à l’issue de la visite s’élèverait à une vingtaine.

Défense et sécurité économique au cœur du partenariat

Le volet défense du nouveau Conseil de partenariat stratégique met l’accent sur les technologies émergentes et la cybersécurité, dans la continuité de la coopération militaire déjà ancienne entre Paris et Riyad. Cette dimension sécuritaire s’articule avec l’enjeu de souveraineté numérique et industrielle que la France cherche à consolider face à la concurrence internationale sur les marchés du Golfe, où les positions américaines, chinoises et sud-coréennes restent fortes.

L’accord prolongeant jusqu’en 2035 le programme de développement du site archéologique et touristique d’AlUla, porté côté français par l’Agence française de développement d’AlUla, illustre également la profondeur du partenariat culturel engagé depuis plusieurs années.

Une visite qui ne fait pas l’unanimité

Cette séquence diplomatique et économique n’échappe pas à la controverse. Des organisations de défense de la presse ont qualifié la visite de « provocation », rappelant l’implication du prince héritier saoudien dans l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018 et le bilan contesté du royaume en matière de droits humains — un point que plusieurs médias ont relevé en marge de la couverture économique de la visite.

Pour Refrance, cette actualité illustre un mouvement de fond : la bataille pour les contrats du Golfe, où se joue une partie de la compétitivité industrielle française dans les transports, l’énergie, le nucléaire civil et l’intelligence artificielle, au moment où le royaume saoudien accélère la diversification de son économie hors hydrocarbures à l’horizon de l’Exposition universelle de Riyad 2030.

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