Navires bas-carbone : l’État mise 21,4 millions d’euros sur la souveraineté maritime française

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Le ministère de la Transition écologique a dévoilé le 24 août les six nouveaux lauréats de l’appel à projets « Navire bas-carbone », piloté dans le cadre du plan France 2030. Doté d’une enveloppe de 21,4 millions d’euros pour cette seconde vague, le dispositif confirme la volonté de l’État de structurer une filière industrielle nationale sur la décarbonation du transport maritime, un secteur stratégique à la fois pour le climat et pour la souveraineté technologique française.

Six projets, six technologies, une même ambition

L’appel à projets CORIMER, géré par la Direction générale des Entreprises et l’Ademe, avait déjà soutenu une première vague de trois projets à hauteur de 6,8 millions d’euros. Avec cette seconde salve, l’effort cumulé atteint 28,2 millions d’euros sur neuf projets, révélateur d’une diversité d’approches technologiques que l’État revendique explicitement plutôt que de parier sur une filière énergétique unique.

Parmi les lauréats figure GDS 3, porté par Grain de Sail Shipping en partenariat avec les Chantiers de l’Atlantique, qui développe un porte-conteneurs à propulsion vélique en Bretagne. Energy Observer et EO Concept pilotent de leur côté EO3, un navire laboratoire multi-énergie intégrant l’ammoniac bas-carbone. Le projet Searenity, qui associe Subsea Tech, Naval Group, l’ENSTA, l’université Bretagne Sud et l’armateur CMA CGM, vise à développer un drone sous-marin autonome capable de nettoyer le biofouling des coques — une innovation qui réduit la traînée hydrodynamique et donc la consommation de carburant des navires.

Sailcoop développe pour sa part Corsica Favorite 2025, un navire à passagers zéro énergie fossile destiné à la liaison entre le continent et la Corse, avec une réduction annoncée de 80 % des émissions de CO2. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, le syndicat des pilotes de Marseille-Fos travaille avec les bureaux d’études Mauric et Alternatives Énergies sur Vectra, une vedette électrique dédiée aux opérations côtières. Enfin, en Auvergne-Rhône-Alpes, Sapaic Industries et l’équipementier FEV développent Biomogas, un moteur V12 de 1 000 kW fonctionnant au biométhane.

Un enjeu de souveraineté autant que de climat

Le transport maritime représente environ 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un chiffre comparable à celui de l’aviation civile. Mais au-delà de l’argument climatique, le communiqué gouvernemental insiste sur un second objectif, plus discret mais tout aussi structurant : ne pas laisser la chaîne de valeur de la décarbonation maritime se construire hors de France, à un moment où la compétition internationale sur les technologies navales vertes s’intensifie, notamment de la part des grands chantiers asiatiques (Corée du Sud, Chine, Japon) qui dominent déjà la construction navale mondiale.

L’implication de Naval Group dans le consortium Searenity illustre par ailleurs la porosité croissante entre innovation civile et compétences duales, dans un secteur naval où les technologies de propulsion, de maintenance autonome ou de gestion énergétique intéressent aussi bien les armateurs commerciaux que la marine nationale. Cette dimension n’est pas anodine pour un plan France 2030 qui mobilise au total 54 milliards d’euros sur l’ensemble de ses volets, dont la moitié est fléchée vers des solutions de décarbonation de l’économie.

Le ministre délégué aux Transports, Philippe Tabarot, a salué dans le communiqué « l’excellence et la diversité de l’innovation française » en matière de décarbonation maritime, aux côtés de la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud, et du secrétaire général pour l’investissement, Bruno Bonnell, qui supervise le déploiement de France 2030.

Une échéance réglementaire qui approche

Cette mobilisation industrielle intervient alors que le règlement européen FuelEU Maritime, entré en application progressive, impose aux armateurs opérant dans les eaux européennes des seuils croissants de réduction de l’intensité carbone de leurs carburants, sous peine de pénalités financières. L’Organisation maritime internationale (OMI) a par ailleurs fixé un cap de neutralité carbone pour le secteur autour de 2050. Ces échéances créent un marché potentiellement considérable pour les technologies de rupture développées par les lauréats français, à condition que la filière parvienne à passer du stade du démonstrateur à celui de la production industrielle à grande échelle — l’un des points faibles historiques de la politique industrielle française selon plusieurs rapports parlementaires sur la reconquête industrielle.

Le ministère n’a pas précisé de calendrier détaillé pour un troisième appel à projets, mais le doublement de l’enveloppe entre la première et la seconde vague (de 6,8 à 21,4 millions d’euros) suggère une montée en puissance progressive du dispositif dans les prochains mois.

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