La Direction générale de l’armement a notifié en juin 2025 deux contrats majeurs visant à massifier les capacités de communication spatiale des forces armées françaises, combinant la constellation OneWeb d’Eutelsat et une nouvelle génération d’antennes développée par Greenerwave, Airbus Defence and Space et Thales.
Des communications satellitaires militaires à massifier en urgence
La Direction générale de l’armement a engagé, au mois de juin 2025, une double démarche contractuelle destinée à renforcer substantiellement les capacités de télécommunications spatiales des forces armées françaises. L’enjeu est stratégique : dans un contexte d’évolution rapide des équilibres géopolitiques mondiaux, la disponibilité d’une infrastructure de communication par satellite en orbite basse, à la fois sécurisée et résiliente, conditionne directement l’efficacité opérationnelle des armées sur les théâtres d’engagement contemporains.
La première décision porte sur la notification du marché Centaure à Eutelsat, conclu dans le cadre de l’accord-cadre Nexus — acronyme désignant un dispositif orienté vers de multiples usages sécurisés en environnement néo-spatial. Ce contrat vise à accélérer l’intégration de la constellation OneWeb au sein des armées françaises. OneWeb, dont Eutelsat est aujourd’hui l’opérateur principal, déploie plusieurs centaines de satellites en orbite basse, offrant des latences réduites et des débits élevés, deux caractéristiques déterminantes pour les opérations militaires modernes reposant sur le combat collaboratif.
Cette approche d’hybridation consiste à articuler les capacités des satellites militaires existants de la famille Syracuse IV avec celles de constellations commerciales en orbite basse. Elle répond à une logique de montée en puissance quantitative : multiplier le nombre de terminaux SATCOM déployables sur le terrain, diversifier les liens de communication disponibles et garantir aux forces la résilience nécessaire pour maintenir leurs échanges de données en situation dégradée. Le combat collaboratif — c’est-à-dire le partage en temps réel des informations entre plateformes aériennes, navales, terrestres et centres de commandement — exige en effet une connectivité continue, à débit suffisant et à faible latence.
L’accord-cadre Caméléon, pivot de la souveraineté en communication satellitaire
Le second volet de cette offensive industrielle réside dans la notification de l’accord-cadre Caméléon à la société française Greenerwave, en partenariat avec Airbus Defence and Space et Thales. Cet accord-cadre, d’une durée maximale de sept ans et plafonné à 120 millions d’euros, couvre l’intégralité de la chaîne de valeur technologique : étude de définition, architecture système, intégration sur porteurs fixes ou mobiles, conception, développement, qualification, industrialisation et production en série.
L’objet central du programme est le développement d’une nouvelle génération d’antennes intelligentes capables d’orienter les ondes électromagnétiques sans recourir aux composants électroniques complexes qui alourdissent et renchérissent les systèmes conventionnels. Cette technologie, dite de surfaces intelligentes reconfigurables, permet d’obtenir un compromis inédit entre performance radiofréquence, compacité physique, maîtrise des coûts de production et sobriété énergétique — quatre critères essentiels pour des équipements destinés à être embarqués en grand nombre sur des vecteurs militaires aux contraintes d’emport souvent sévères.
Au-delà de la performance technique, l’accord-cadre Caméléon répond à un impératif de polyvalence opérationnelle. Les terminaux de nouvelle génération issus de ce programme devront être capables d’assurer, à eux seuls, des fonctions de transmission jusqu’ici réparties entre plusieurs systèmes distincts, réduisant ainsi considérablement les contraintes d’intégration sur les plateformes d’emploi. Cette consolidation fonctionnelle représente un gain logistique et opérationnel significatif pour les forces projetées.
Greenerwave, un acteur de la deeptech défense porté par l’État français
La montée en puissance de Greenerwave au cœur de ce dispositif industriel illustre la trajectoire que l’État français entend imprimer à son tissu de PME technologiques dans le domaine de la défense. Fondée autour de travaux de recherche académique sur les métamatériaux et les surfaces reconfigurables, la société a progressivement intensifié sa collaboration avec le ministère des Armées au fil de plusieurs projets d’innovation successifs, soutenus par l’Agence de l’innovation de défense.
La relation s’est ensuite formalisée sur le plan capitalistique : en 2024, le Fonds innovation défense est entré au capital de Greenerwave, conférant à cette startup une assise financière renforcée et un signal fort quant à la volonté de l’État d’accompagner les acteurs de la deeptech de défense jusqu’au stade industriel. L’accord-cadre Caméléon constitue à cet égard l’aboutissement logique de ce parcours d’accompagnement, faisant basculer Greenerwave du statut de laboratoire d’innovation à celui de fournisseur industriel à part entière des armées françaises, aux côtés de groupes de premier rang comme Airbus Defence and Space et Thales.
Ce double mouvement contractuel — marché Centaure avec Eutelsat, accord-cadre Caméléon avec Greenerwave et ses partenaires — s’inscrit dans une stratégie cohérente de montée en puissance des communications satellitaires militaires françaises. À l’heure où plusieurs puissances rivales investissent massivement dans leurs constellations à double usage, civil et militaire, la France consolide ainsi une chaîne de valeur souveraine alliant opérateurs de réseaux, équipementiers de rang mondial et startups technologiques nationales, pour répondre aux exigences du champ de bataille connecté du XXIe siècle.
