Le 30 juillet 2025, la Commission européenne a adopté une recommandation introduisant le Voluntary Sustainability Reporting Standard for SMEs (VSME). Objectif : proposer aux micro-entreprises, petites et moyennes entreprises un canevas de reporting simple et proportionné pour répondre aux demandes d’information ESG émanant des financeurs et des grands donneurs d’ordre soumis à la CSRD.
Ce que change VSME pour les PME
Conçu pour alléger la charge administrative tout en améliorant la comparabilité, le standard VSME offre un socle d’informations sur les impacts, risques et opportunités ESG, en cohérence avec l’esprit des ESRS mais dans un format nettement plus léger. L’exécutif européen présente ce référentiel comme un moyen concret d’éviter la paperasserie et de faciliter l’accès au financement des PME, souvent sommées de fournir des données par leurs partenaires “CSRD”.
Pour Solène Garcin-Charcosset, Directrice conseil ESG chez Tennaxia, expert français de la durabilité des entreprises (ESG, HSE, carbone) :
« Alors que la pression est grande en UE pour revenir en arrière sur le green deal, et que de nombreuses PME et ETI ne seront plus soumises à la réglementation CSRD depuis sa simplification par la loi Omnibus, l’adoption de la norme VSME par la Commission européenne, ce 30 juillet, montre que ces mécanismes de reporting sont utiles. Pour les PME, celle-ci leur permet de montrer leurs progrès en durabilité auprès des acteurs financiers, de leurs partenaires, leurs donneurs d’ordre mais aussi dans le cadre de leur politique RH. »
Sur le plan réglementaire, l’“Omnibus” de simplification présenté par la Commission vise en effet à réduire le périmètre de la CSRD (seuil proposé : plus de 1 000 salariés) et à instaurer un standard volontaire de durabilité pour les entreprises en-deçà, via un acte délégué — dont la recommandation VSME du 30 juillet constitue une étape préparatoire. Le Conseil a, de son côté, arrêté en juin sa position de négociation en mettant l’accent sur la baisse du “trickle-down” réglementaire vers les plus petites entreprises. Le processus législatif se poursuit.
Chaîne de valeur : un cadre plus clair pour les demandes de données
La réforme en cours prévoit un “value-chain cap” qui limiterait les informations que les entreprises soumises à la CSRD peuvent exiger auprès des sociétés hors périmètre, afin d’éviter des questionnaires extensifs et hétérogènes. Dans cette logique, VSME sert de langage commun : un fournisseur non coté peut s’y référer pour répondre de manière standardisée, et un acheteur CSRD peut s’appuyer dessus pour cadrer ses attentes.
Comme le souligne Solène Garcin-Charcosset :
« Pour les entreprises soumises à la CSRD, [VSME] facilite le recueil des informations en matière de durabilité des acteurs composant leur chaîne de valeur. Elle permet de faire des choix de prestataires plus éclairés. Et en même temps, elle crée un cadre strict, en empêchant les grands groupes de demander à ces acteurs des données complémentaires en matière de durabilité. »
À ce stade, les institutions européennes ont clairement affiché leur volonté de limiter l’effet de ruissellement des obligations, tout en harmonisant le type d’informations demandées ; la mise en œuvre détaillée dépendra des textes finaux.
Un “entre-deux” à combler pour les ETI non CSRD
Le paquet de simplification s’accompagne d’un report de deux ans pour certaines entreprises et d’une révision de la CSRD encore en discussion au Parlement et au Conseil. Résultat : une partie des ETI pourrait sortir du champ CSRD dans sa “nouvelle mouture”.
D’où l’appel de Solène Garcin-Charcosset à aller au-delà du VSME pour ces entreprises :
« C’est un entre-deux qui manque. Pour des ETI qui ne seront probablement pas soumises à la CSRD nouvelle mouture, il serait sûrement plus pertinent d’aller plus loin que la VSME : de regarder le référentiel VSME et de l’enrichir par des indicateurs complémentaires sur les sujets matériels en faisant une analyse de double matérialité simplifiée. La Commission européenne a d’ailleurs déjà mentionné la création d’un futur référentiel volontaire destiné à ces entreprises sans pour l’instant donner d’informations quant au calendrier de mise en œuvre de cette norme. La durabilité n’est pas un enjeu de reporting. Elle incarne une opportunité pour les PME et ETI de structurer leur engagement, de gagner en transparence et de dialoguer de manière crédible avec leurs parties prenantes. C’est une vraie opportunité business. »
En clair
- VSME est désormais recommandé par la Commission : un format simple pour que les PME répondent aux demandes ESG de leurs financeurs et grands clients, sans basculer dans la complexité des ESRS.
- La simplification “Omnibus” en cours de négociation entend réduire le périmètre CSRD et cadrer les demandes de données le long des chaînes de valeur (“value-chain cap”).
- Pour les ETI non CSRD, un référentiel volontaire renforcé (VSME + indicateurs matériels, double matérialité simplifiée) apparaît comme une voie pragmatique pour rester lisibles aux yeux du marché.
