Urban Ventures : 45 millions d’euros pour décarboner le bâtiment

Image d'illustration

Table des matières

Bpifrance, la Banque des Territoires et Icade ont annoncé le 6 juillet 2026 le lancement d’Urban Ventures, premier fonds français de capital-risque entièrement dédié à la transformation de l’environnement bâti, avec une cible de levée fixée à 80 millions d’euros.

Un fonds de capital-risque inédit dans le secteur du bâtiment

Trois acteurs institutionnels majeurs — Bpifrance, la Banque des Territoires et Icade — ont officialisé le 6 juillet 2026 la création d’Urban Ventures, un fonds de capital-risque géré par Bpifrance et ciblant les startups actives dans la transformation de l’environnement bâti, en France et en Europe. Doté à ce stade de 45 millions d’euros, le véhicule ambitionne d’atteindre une taille définitive de 80 millions d’euros. Il s’agit, selon ses fondateurs, du premier fonds français entièrement consacré à cette thématique.

Le positionnement sectoriel d’Urban Ventures s’explique en grande partie par le poids environnemental du secteur visé. En France, la construction et l’immobilier concentrent près de 25 % des émissions nationales de gaz à effet de serre et représentent plus d’un tiers de la consommation énergétique du pays. Ce double constat — empreinte carbone majeure et transformation technologique accélérée — justifie, aux yeux des promoteurs du fonds, une initiative publique-privée de cette envergure.

Urban Ventures interviendra en amorçage et en série A, par prises de participation minoritaires, avec des tickets unitaires compris entre 1 et 4 millions d’euros. L’objectif affiché est de financer une quinzaine d’entreprises relevant du secteur de la PropTech, entendu dans son acception la plus large : intelligence artificielle appliquée au bâtiment, matériaux bas-carbone, énergie décarbonée couplée au bâti, nouveaux modèles d’opérateur immobilier, innovations financières favorisant l’accès au logement, ou encore résilience territoriale face au changement climatique.

Un dispositif intégré au sein du groupe Caisse des Dépôts

La singularité d’Urban Ventures tient moins à son volume de capital qu’à l’architecture institutionnelle dans laquelle il s’inscrit. Les trois cofondateurs appartiennent tous, directement ou indirectement, à l’orbite du groupe Caisse des Dépôts, ce qui confère au fonds une cohérence stratégique peu commune dans l’écosystème du capital-risque français.

Le dispositif repose sur une logique de progression en deux étapes. En amont, Urban Odyssey, le start-up studio d’Icade, assure depuis plusieurs années un travail d’émergence et d’incubation de projets innovants dans le secteur immobilier. Parmi les entreprises issues de cette structure figurent notamment Lokimo, Domani et Terrio. Urban Ventures constitue le prolongement naturel de cette démarche : il a vocation à prendre le relais pour accompagner les startups les plus prometteuses dans leur phase de mise à l’échelle.

Les entreprises financées bénéficieront d’un accès direct au marché via Icade — acteur immobilier coté sur Euronext Paris, dont le patrimoine foncier atteint 6,1 milliards d’euros —, ainsi qu’à un réseau étendu de donneurs d’ordre publics et privés via les 37 implantations territoriales de la Banque des Territoires. Cette capacité à offrir des conditions d’expérimentation en environnement réel constitue un avantage concurrentiel que peu de fonds généralistes sont en mesure de proposer à leurs participations.

Capital-risque et souveraineté industrielle : les enjeux stratégiques d’Urban Ventures

Au-delà de la dimension environnementale, Urban Ventures s’inscrit dans une réflexion plus large sur la souveraineté industrielle et énergétique française. Le fonds cible notamment des segments à fort enjeu systémique : l’énergie décarbonée couplée au bâti, incluant les data centers durables et les sites industriels à forte intensité énergétique, ainsi que les nouvelles typologies d’actifs liées à la réindustrialisation, à la logistique urbaine ou au vieillissement de la population.

Cette orientation rejoint les priorités affichées par les pouvoirs publics français en matière de transition écologique et de compétitivité industrielle. En fléchant des capitaux publics vers des startups opérant à l’intersection du numérique, de l’énergie et du bâtiment, Urban Ventures entend contribuer à faire émerger des champions français et européens dans un secteur stratégique encore largement dominé par des acteurs anglo-saxons ou asiatiques sur le plan de l’innovation technologique.

Paul-François Fournier, directeur exécutif en charge de l’Innovation chez Bpifrance, a souligné que le fonds s’inscrit dans une démarche d’accélération des innovations susceptibles de transformer durablement l’économie française, en ciblant un secteur qui concentre près d’un quart des émissions nationales de gaz à effet de serre. François Wohrer, directeur de l’Investissement de la Banque des Territoires, a de son côté mis en avant l’ambition de massifier l’intervention du groupe Caisse des Dépôts dans l’univers de la PropTech, en créant une dynamique de corporate venture entre ses entités autour de leurs actifs immobiliers.

Un marché européen de la PropTech en pleine structuration

Le lancement d’Urban Ventures intervient dans un contexte de structuration progressive du marché européen de la PropTech, longtemps fragmenté et sous-capitalisé par rapport à son homologue nord-américain. Si quelques fonds thématiques existent à l’échelle du continent, l’environnement bâti dans sa globalité — de la conception à l’usage, en passant par la rénovation et le financement — reste un territoire d’investissement insuffisamment couvert par les véhicules institutionnels.

En affichant une vocation européenne dès son lancement, Urban Ventures se positionne comme un acteur potentiel de cette consolidation, avec la légitimité que confère le soutien de trois institutions publiques françaises de premier rang. Le fonds sera géré par Bpifrance, qui dispose de cinquante implantations régionales sur le territoire national et d’une expérience de plus d’une décennie dans l’accompagnement des entreprises innovantes en phase d’amorçage.

La capacité d’Urban Ventures à tenir ses ambitions dépendra en partie de sa faculté à finaliser sa levée de fonds jusqu’à l’objectif de 80 millions d’euros, et à attirer des co-investisseurs privés susceptibles de compléter l’ancrage institutionnel de ses fondateurs. Dans un contexte de remontée durable des taux d’intérêt et de pression réglementaire croissante sur le secteur immobilier européen, la fenêtre d’opportunité pour des innovations structurantes dans l’environnement bâti apparaît néanmoins particulièrement ouverte.

Et si vous receviez notre newsletter mensuelle ?

    Plus d'articles