Uranium du Niger : Niamey attribue deux permis miniers et acte l’éviction définitive d’Orano

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Le Niger a franchi, le 21 août 2026, une nouvelle étape dans la reprise en main de son secteur uranifère. Réuni en conseil des ministres sous la présidence du général Abdourahamane Tiani, le gouvernement militaire a formellement attribué deux permis de grande exploitation minière à des sociétés nationales, consacrant le départ définitif du groupe français Orano de la région d’Arlit après plus d’un demi-siècle de présence. L’affaire, révélée par l’Agence nigérienne de presse et largement reprise depuis par la presse spécialisée, dessine un contraste frappant entre deux façons de composer avec le nationalisme minier saharien : l’éviction pure et simple pour l’opérateur historique français, la négociation commerciale pour un nouvel entrant australien.

Deux permis, deux logiques

Le premier permis, baptisé « In Azaoua », a été confié à TSUMCO (Teloua Safeguarding Uranium Mining Company), la structure publique créée par Niamey pour reprendre l’exploitation de l’ancienne Somaïr, la Société minière de l’Aïr qu’Orano contrôlait majoritairement avant sa nationalisation en juin 2025. Aucune participation étrangère n’y est associée : c’est une reprise en main intégrale par l’État nigérien, sans compensation négociée à ce stade avec le groupe français.

Le second permis, « Madaouela I », suit une trajectoire radicalement différente. Il a été attribué à la Madaouela Mining Company (MAMICO), coentreprise dans laquelle le groupe australien coté Atomic Eagle détient 60 % des parts avec le contrôle opérationnel, l’État nigérien conservant les 40 % restants (15 % gratuits et 25 % à sa charge). Le gisement, crédité de 116,5 millions de livres d’oxyde d’uranium (U₃O₈) et de près de 600 000 mètres de forages historiques hérités des 160 millions de dollars déjà investis par le précédent développeur canadien GoviEx, s’accompagne d’une convention minière incluant des clauses de stabilisation fiscale et juridique. MAMICO versera une redevance forfaitaire initiale de 10 millions de dollars et s’est engagée à créer environ 1 000 emplois pour des jeunes nigériens, en donnant la priorité aux entreprises locales pour les prestations de services. Le directeur général d’Atomic Eagle, Phil Hoskins, a salué un accord né d’un « engagement constructif » avec les autorités nigériennes, aboutissant selon lui à un résultat « commercialement équilibré ».

L’aboutissement d’une rupture entamée en 2024

Cette double attribution clôt un cycle amorcé après le coup d’État militaire de juillet 2023 au Niger. Le permis d’exploitation du gisement d’Imouraren avait été retiré à Orano dès juin 2024, avant que la Somaïr, dernière mine encore active du groupe, ne soit nationalisée en juin 2025 puis que sa concession à Arlit ne soit purement et simplement annulée en mai 2026, avec la création de TSUMCO pour lui succéder. Orano, présent au Niger depuis les années 1960 et longtemps l’un des piliers de son approvisionnement en uranium naturel, a engagé au moins deux procédures d’arbitrage devant des instances internationales, dont le CIRDI, contestant à la fois le retrait du permis d’Imouraren et la perte de contrôle opérationnel sur la Somaïr — un contentieux portant notamment sur plus d’un millier de tonnes de yellowcake, pour un enjeu financier estimé à plusieurs centaines de millions d’euros. Aucune déclaration officielle du groupe ou de l’État français n’a pour l’instant accompagné les annonces du 21 août.

Un choc limité pour la sécurité d’approvisionnement française

Sur le plan strictement énergétique, l’impact pour la France reste contenu. Le Niger ne représente plus qu’une fraction marginale des approvisionnements mondiaux en uranium naturel, et Orano a diversifié depuis plusieurs années ses sources d’extraction sur quatre continents : le Kazakhstan, premier producteur mondial, y occupe désormais une place prépondérante, aux côtés du Canada, de la Namibie et de l’Australie, avec un projet en développement en Mongolie. Combinée à des stocks stratégiques couvrant plusieurs années de consommation, cette diversification permet d’assurer la sécurité des réacteurs d’EDF sans rupture identifiée à court terme.

Un signal géoéconomique plus large

L’épisode dépasse toutefois la seule question énergétique. Il illustre la manière dont les juntes militaires du Sahel réorganisent l’accès aux ressources critiques, en évinçant l’opérateur historique occidental — ici un champion industriel français à capitaux publics — tout en ouvrant simultanément la porte à d’autres acteurs étrangers disposés à accepter des conditions commerciales plus favorables à l’État hôte. Le sort contrasté réservé à Orano et à Atomic Eagle sur un même bassin minier interroge la capacité de la diplomatie économique française à négocier des sorties ordonnées de ce type de crise, alors que la compétition internationale pour les matières premières stratégiques s’intensifie. Pour Orano, groupe central du cycle du combustible nucléaire français, l’issue des arbitrages en cours déterminera l’ampleur des pertes financières définitives d’un retrait qui met fin, sur le terrain, à plus de soixante ans de présence industrielle au Niger.

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