Le groupe Rubis a publié le 8 septembre 2026 des résultats semestriels en nette progression et a relevé ses prévisions pour l’ensemble de l’exercice. Au-delà des chiffres, la publication met en lumière deux dossiers stratégiques pour l’indépendance énergétique française : la montée en puissance du solaire dans l’Oise et le rôle central de la raffinerie martiniquaise SARA dans l’approvisionnement des Antilles et de la Guyane.
Une performance tirée par la diversification géographique
Sur le premier semestre 2026, Rubis a enregistré un chiffre d’affaires de 4,068 milliards d’euros, en hausse de 24 % par rapport à la même période en 2025. L’excédent brut d’exploitation (EBITDA) atteint 434 millions d’euros, en progression de 18 %, tandis que le résultat net part du groupe s’établit à 191 millions d’euros, en hausse de 17 %. Le bénéfice net par action ressort à 1,85 euro contre 1,58 euro un an plus tôt.
Cette performance s’appuie sur une présence répartie entre l’Europe, les Caraïbes et l’Afrique, une diversification que les trois gérants du groupe, Clarisse Gobin Swiecznik, Jean Christian Bergeron et Marc Jacquot, présentent comme un facteur de résilience dans un environnement pétrolier volatil. La branche africaine progresse de 31 %, portée par le négoce de carburants et l’expansion du bitume, tandis que les Caraïbes bénéficient de la reprise en Haïti et du développement des activités liées au Guyana et au Suriname. Fort de ces résultats, le groupe a relevé sa fourchette d’EBITDA attendue pour 2026 à 775 millions à 825 millions d’euros, contre 740 millions à 790 millions d’euros précédemment annoncés.
Creil, symbole du solaire français sur une ancienne base militaire
En France, l’événement marquant du semestre est la mise en service complète de la centrale solaire de Creil, dans l’Oise, exploitée par la filiale Photosol. Avec 200 mégawatts crête, l’installation, construite sur le tarmac de l’ancienne base aérienne 110, est devenue la deuxième plus puissante centrale photovoltaïque de France après six années de démarches administratives et de recours. Elle porte à 799 mégawatts crête la puissance totale des actifs en exploitation de Photosol, contre 607 mégawatts crête un an plus tôt, soit une hausse de 32 %.
Le choix d’un ancien site militaire pour accueillir une infrastructure énergétique civile de cette ampleur illustre une tendance suivie de près par les pouvoirs publics : la reconversion de foncier stratégique désaffecté au service de la production d’électricité décarbonée sur le territoire national. Le groupe vise désormais au moins 2,5 gigawatts crête sécurisés à l’horizon 2027 pour sa branche renouvelable, avec un EBITDA consolidé attendu entre 50 et 55 millions d’euros.
La SARA, verrou énergétique des Antilles françaises
Le second dossier concerne la Société anonyme de la raffinerie des Antilles, la SARA, dont Rubis détient 71 % du capital aux côtés du groupe Sol. Installée au Lamentin, en Martinique, sur 43 hectares, cette raffinerie traite environ 800 000 tonnes de pétrole brut par an et distribue 1,4 million de tonnes de produits finis à la Martinique, à la Guadeloupe et à la Guyane, où elle approvisionne également les dépôts de Dégrad des Cannes et de Kourou.
Unique outil de raffinage des trois départements français d’Amérique, la SARA constitue une infrastructure jugée critique pour la continuité d’approvisionnement en carburants de ces territoires, sous un régime de prix réglementés par l’État. Sa gouvernance et sa performance restent scrutées de près, la publication de Rubis la classant parmi les activités de support et de services du groupe, contributrices stables à l’EBITDA malgré un léger repli de 2 % sur le semestre. Elle demeure néanmoins un actif que peu d’acteurs seraient en mesure de reprendre sans remettre en cause la sécurité d’approvisionnement de ces bassins insulaires.
Une vigilance concurrentielle qui persiste sur le territoire national
La publication rappelle également qu’une amende de 64 millions d’euros infligée par l’Autorité de la concurrence, concernant le marché des carburants en Corse, a été comptabilisée dans le besoin en fonds de roulement du semestre, sans provision, le groupe contestant fermement la décision sur le fond comme sur la forme. Ce contentieux, distinct des dossiers de Creil et de la SARA, illustre la vigilance des autorités françaises sur la structuration des marchés locaux de l’énergie, y compris lorsqu’ils sont opérés par un acteur nationalement identifié.
Une lecture géostratégique des résultats
Pris ensemble, ces éléments dessinent le profil d’un groupe énergétique français dont la solidité financière repose autant sur son expansion internationale que sur deux actifs hexagonaux à forte charge symbolique : une centrale solaire née sur un site militaire reconverti, et une raffinerie qui reste le dernier maillon assurant l’autonomie carburant de territoires ultramarins éloignés de la métropole. Pour Refrance, ce type de publication financière, en apparence technique, éclaire la manière dont les groupes énergétiques français articulent rentabilité, diversification et responsabilité vis à vis de la sécurité d’approvisionnement nationale.
