Le groupe landais Lumibird a signé le 8 septembre 2026 la cession définitive de sa division médicale à l’américain IPG Photonics pour 300 millions d’euros, quelques semaines après avoir cédé sa participation dans le spécialiste des lasers militaires Cilas. Une double manœuvre qui transforme cette entreprise cotée sur Euronext Paris en acteur pur de la photonique de défense et d’espace, secteur jugé stratégique pour la souveraineté française.
L’annonce, diffusée par voie de communiqué Actusnews Wire le 8 septembre à 22h45, met fin à un processus engagé le 17 juillet dernier, date de l’ouverture des négociations exclusives. Le contrat de cession d’actions porte sur une valorisation d’entreprise de 300 millions d’euros, assortie d’un complément de prix pouvant atteindre 50 millions d’euros supplémentaires selon les performances de la division médicale sur les exercices 2026 et 2027. La finalisation de l’opération est attendue au quatrième trimestre 2026, sous réserve des autorisations réglementaires, dont un examen par l’Autorité des marchés financiers portant sur une éventuelle obligation d’offre publique. Une consultation des actionnaires est prévue le 20 octobre.
Une large part du produit de la vente doit revenir aux actionnaires, sous forme de distribution de réserves et d’avances sur dividende, pour un montant pouvant dépasser 260 millions d’euros. Trente-sept millions d’euros serviront au désendettement du groupe. Le solde ira, selon les termes mêmes de la direction, « principalement » à l’investissement dans la division Photonique, celle qui restera désormais l’unique cœur de métier de Lumibird.
Un recentrage amorcé dès l’été
Cette division Photonique, qui a généré 113,4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025 pour plus de 600 salariés, fournit des composants, lasers et systèmes destinés à la défense, au spatial, à la sécurité, à la topographie environnementale et à la recherche scientifique. Le groupe y compte notamment une activité de télémètres laser militaires, illustrée par un contrat majeur signé en 2023 pour équiper les forces armées.
Le désengagement médical n’est pas la première étape du recentrage. Le 24 juillet, Lumibird avait déjà annoncé la cession de sa participation de 37 % dans Cilas, l’un des rares fournisseurs français de lasers de forte puissance pour la défense, associé au programme de démonstrateur laser anti-drone Syderal aux côtés de Safran, MBDA et Thales, ainsi qu’aux opérations de maintenance du Laser Mégajoule du Commissariat à l’énergie atomique. Selon Lumibird, l’opération vise à « clarifier durablement le positionnement industriel des acteurs français du secteur laser » en substituant à une logique capitalistique des accords de partenariat industriel pluriannuels pour la fourniture de composants et sous-systèmes destinés aux programmes de défense, ainsi que la reprise de la maintenance du Laser Mégajoule, avec dix-huit ingénieurs et techniciens spécialisés.
Cette sortie du capital de Cilas solde une histoire mouvementée. Depuis 2021, la Direction générale de l’armement avait poussé à un partenariat capitalistique à trois entre Lumibird, Safran et MBDA autour de cette pépite technologique. Safran et MBDA avaient fini par en prendre le contrôle en 2023, au grand dam de Lumibird, qui n’avait conservé qu’une participation minoritaire. Le groupe landais opte donc désormais pour un rôle de fournisseur technologique plutôt que d’actionnaire, tout en sécurisant des débouchés industriels de long terme.
La photonique érigée en filière souveraine
Le président directeur général de Lumibird, Marc Le Flohic, a justifié la cession du pôle médical par la volonté de permettre à « deux entreprises prospères parvenues à maturité » de poursuivre leurs ambitions respectives avec les moyens qui leur sont propres. Dans sa communication, le groupe met en avant des tendances de fond jugées favorables à son nouveau périmètre : la demande croissante de technologies souveraines, la hausse des budgets de défense en France comme en Europe, et l’émergence de nouveaux programmes spatiaux.
L’opération illustre une tension propre à l’industrie française de défense high-tech : consolider une filière stratégique, celle des lasers de puissance utilisés pour la détection, la désignation de cibles ou les futures armes à énergie dirigée, suppose parfois de céder à l’étranger des actifs jugés non stratégiques pour financer cette concentration. La division médicale, née pour partie de la fusion Keopsys-Quantel de 2017, passe ainsi sous pavillon américain, tandis que le capital de Cilas se resserre entre deux industriels tricolores de rang mondial, Safran et MBDA, sous l’œil de la DGA.
Pour Lumibird, dont le chiffre d’affaires total s’élevait à 225,6 millions d’euros en 2025, le pari est celui d’une entreprise de taille plus modeste mais entièrement dédiée à un secteur porté par le réarmement européen et la course spatiale, plutôt que d’un conglomérat diversifié entre santé et défense. Reste à voir si les autorités de la concurrence et l’AMF valideront le calendrier visé, avec une clôture espérée avant la fin de l’année.
