Foncière ultramarine : CBo Territoria relève sa guidance et confirme son ancrage à Mayotte

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Publiés le 8 septembre au soir, les résultats semestriels de CBo Territoria passent largement sous les radars de la presse économique nationale. Ils méritent pourtant l’attention : cette foncière cotée sur Euronext Growth Paris, implantée à La Réunion et à Mayotte, vient de relever ses perspectives annuelles tout en poursuivant ses investissements dans un territoire encore convalescent après le passage du cyclone Chido. Un signal discret, mais concret, sur la solidité du tissu économique privé dans des territoires ultramarins à forte valeur stratégique pour la France.

Des comptes solides, une guidance relevée

Sur le premier semestre 2026, CBo Territoria affiche un résultat net part du groupe de 9,0 millions d’euros, en hausse de 3,1 %, pour des revenus consolidés de 25,4 millions d’euros, quasi stables (-1,0 %). L’activité foncière, cœur historique du groupe, génère 14,3 millions d’euros de loyers nets (+1,1 %) pour un patrimoine économique évalué à 392,5 millions d’euros, avec un taux d’occupation financier de 96 %. La branche promotion immobilière, plus cyclique, recule légèrement en chiffre d’affaires (10,8 millions d’euros) mais améliore sa marge, portée par le résidentiel (+6,4 %).

Sur le plan financier, le groupe affiche une dette nette stable à 132,8 millions d’euros, un ratio d’endettement (LTV) de 32,1 %, en amélioration, et un coût moyen de la dette contenu à 3,2 %, avec 85 % de taux fixes et une maturité moyenne de plus de sept ans. Des ratios nettement plus conservateurs que ceux observés chez de nombreuses foncières hexagonales, ce qui confère à l’entreprise une marge de manœuvre appréciable pour financer ses projets à venir. Conséquence directe de cette solidité : la direction relève son objectif de croissance des loyers bruts pour 2026, désormais fixé à environ +1,0 %, contre une fourchette de -1 % à -2 % annoncée initialement.

Une entreprise née de la valorisation du foncier réunionnais

Fondée en 2004 à partir de l’apport du patrimoine foncier et immobilier du groupe Bourbon, soit plus de 3 000 hectares de terres agricoles, friches industrielles et terrains urbanisables à La Réunion, CBo Territoria s’est construite sur trois métiers complémentaires : l’aménagement de zones en partenariat avec les collectivités locales, la promotion immobilière et la gestion patrimoniale foncière. L’entreprise pilote notamment Beauséjour, un projet de ville nouvelle à La Réunion, et détient aujourd’hui un actif net réévalué de 253,9 millions d’euros, soit 7,25 euros par action.

Mayotte, un pari maintenu malgré une reconstruction qui traîne

Le fait marquant de ce semestre tient moins aux chiffres qu’à un choix stratégique : la poursuite d’un programme de développement de 24 millions d’euros à Mayotte, dont la livraison est prévue fin 2027. Un pari qui n’a rien d’anodin. Frappé de plein fouet par le cyclone Chido le 14 décembre 2024, puis par la tempête Dikeledi quelques semaines plus tard, le département a vu une large partie de son parc de logements détruite ou endommagée. Près de deux ans après la catastrophe, le ministère de l’Intérieur comme le ministère du Logement reconnaissent que la reconstruction avance plus lentement que prévu, malgré des mesures dérogatoires destinées à accélérer les chantiers et malgré la mobilisation de la Société Immobilière de Mayotte, filiale du groupe Caisse des Dépôts, qui a relancé plusieurs centaines de logements.

Dans ce contexte, la décision d’un acteur privé coté de continuer à engager des capitaux à Mayotte constitue un indicateur utile, distinct du récit institutionnel. Elle traduit un pari sur la capacité du territoire à absorber de nouveaux programmes tertiaires et résidentiels, alors même que l’essentiel de l’attention publique reste concentré sur l’urgence humanitaire et le logement social.

Un enjeu qui dépasse le seul bilan comptable

La Réunion et Mayotte ne sont pas des territoires ultramarins comme les autres pour la stratégie française dans l’océan Indien. Avec les Terres australes et antarctiques françaises, elles ancrent une part significative de la zone économique exclusive française dans une région où se croisent les routes maritimes vers l’Asie, la présence militaire française dans le canal du Mozambique et les enjeux de souveraineté face aux revendications comoriennes sur Mayotte. Dans ce cadre, la présence d’entreprises privées solides, capables de financer et livrer des programmes immobiliers sur la durée, complète l’action de l’État et des opérateurs publics comme la Caisse des Dépôts ou Action Logement.

CBo Territoria n’a évidemment pas vocation à peser sur les grands équilibres géostratégiques de la région. Mais la trajectoire financière qu’elle affiche, désendettement progressif, rentabilité récurrente, maintien des investissements à Mayotte en dépit d’un contexte opérationnel difficile, illustre un mécanisme plus large : celui par lequel le tissu économique privé contribue, à son échelle, à la continuité de la présence française dans des territoires que Paris considère comme stratégiques. Un exemple concret de ce que recouvre, au-delà des discours, la notion de souveraineté économique dans l’outre-mer.

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