Robotique humanoïde : Wandercraft lève 100 millions d’euros pour industrialiser ses robots avec Renault

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La pépite française de la robotique humanoïde Wandercraft a lancé un nouveau tour de table de 100 millions d’euros, selon des informations de Bloomberg publiées le 2 septembre 2026. L’opération, pilotée par la banque d’affaires Goldman Sachs, valoriserait l’entreprise environ 750 millions d’euros avant l’entrée des nouveaux investisseurs. Elle intervient alors que son partenaire industriel Renault s’apprête à déployer plusieurs centaines de ses robots dans ses usines françaises et espagnoles d’ici à 2027, dans un contexte de compétition mondiale de plus en plus vive autour de la robotique humanoïde.

Un partenariat industriel déjà engagé avec Renault

Fondée à Paris en 2012 par Nicolas Simon, Matthieu Masselin et Jean-Louis Constanza, Wandercraft s’est d’abord fait connaître avec Atalante X, un exosquelette de rééducation aujourd’hui utilisé dans plus d’une centaine d’hôpitaux pour aider des patients à remarcher après un accident vasculaire cérébral ou une lésion de la moelle épinière. L’entreprise a ensuite opéré un virage stratégique vers la robotique industrielle, misant sur son savoir-faire en matière d’équilibre dynamique bipède pour concevoir des robots humanoïdes capables d’opérer en usine.

Ce pari a pris une nouvelle dimension en 2025, lorsque Renault est entré au capital de la start-up à l’occasion d’une levée de série D de 75 millions de dollars, devenant à la fois investisseur et client. Le constructeur automobile a lancé les essais de Calvin, le robot humanoïde de Wandercraft, dès février 2026 sur le site de Douai (Nord), berceau de la Renault 5 électrique. Selon Usine Nouvelle et Génération NT, Calvin y manipule des pneus de 25 kilogrammes sur la chaîne de montage, cadencé à environ quatre opérations par minute, avant d’être positionné pleinement opérationnel durant l’été 2026.

Renault affiche désormais un objectif ambitieux : déployer environ 350 unités du robot dans ses usines françaises et espagnoles d’ici la fin 2027, avec une première étape d’une dizaine de robots opérationnels dès la fin de cette année. Le groupe évalue le potentiel de réduction du temps d’assemblage par véhicule à 30 %, et explore une douzaine de tâches supplémentaires — transport de composants, contrôle qualité — pour élargir le champ d’action du robot. La direction industrielle du groupe insiste sur le fait qu’aucun poste n’est supprimé sur les lignes d’assemblage final, présentant Calvin comme un collègue destiné à soulager les tâches les plus pénibles physiquement plutôt qu’à remplacer des opérateurs.

Une nuance technologique révélatrice des enjeux de souveraineté

Le modèle actuel de Calvin, le Calvin-40 — capable de soulever jusqu’à 40 kilogrammes de façon répétée —, s’appuie sur le modèle de fondation Isaac GR00T N1 développé par l’américain Nvidia pour piloter sa perception et sa motricité. Ce choix illustre une réalité structurante du secteur : même lorsqu’un constructeur mécanique et logiciel est français, la couche d’intelligence artificielle générative qui anime ces machines reste, à ce stade, largement dépendante des grandes plateformes américaines. C’est un point de vigilance régulièrement soulevé par les acteurs français de la deeptech, qui plaident pour que les briques logicielles critiques de la robotique de nouvelle génération soient, à terme, davantage produites ou du moins contrôlées en Europe.

Cette dépendance n’empêche pas Wandercraft de se positionner comme l’un des rares champions européens crédibles dans une course mondiale dominée par les acteurs américains et chinois. Selon Tech Funding News, les start-up de robotique humanoïde ont levé 8,6 milliards de dollars au premier semestre 2026 dans le monde, soit près du double de l’ensemble de l’année 2025. L’américain Figure AI est désormais valorisé environ 39 milliards de dollars, tandis qu’Apptronik a bouclé une série A de plus de 935 millions de dollars et qu’Agility Robotics, valorisé 2,5 milliards de dollars, est déjà opérationnel chez neuf clients. Du côté chinois, la percée est également spectaculaire, portée par une politique industrielle affichée et des restrictions américaines récentes à l’importation de robots avancés fabriqués à l’étranger, visant explicitement les fabricants chinois.

Un soutien public de longue date

L’ascension de Wandercraft s’est construite avec l’appui constant de l’investissement public français : la société avait déjà bénéficié d’un financement initial de 15 millions d’euros porté notamment par Bpifrance, avant une série C de 45 millions de dollars début 2022, puis la série D de 75 millions de dollars en 2025 marquant l’entrée de Renault. Cette trajectoire illustre la stratégie française consistant à faire émerger, à coups de financements publics et de partenariats industriels nationaux, des champions capables de tenir la comparaison face aux géants américains et chinois dans des secteurs jugés stratégiques pour l’autonomie technologique du pays.

Le nouveau tour de table de 100 millions d’euros, s’il se concrétise au niveau de valorisation évoqué par Bloomberg, doperait significativement les moyens de Wandercraft pour industrialiser sa production et accompagner la montée en cadence chez Renault, à un moment où la robotique humanoïde s’impose comme l’un des terrains de bataille technologiques et industriels majeurs de la décennie. Reste à savoir si la France et l’Europe parviendront à transformer cette avance industrielle et médicale initiale en position durable, alors que la dépendance aux modèles d’intelligence artificielle américains demeure, pour l’instant, un angle mort de cette ambition souverainiste.

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