Escalade USA-Iran dans le détroit d’Ormuz : la flambée du pétrole rattrape l’économie française

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La reprise des frappes entre Washington et Téhéran fin août a fait bondir les cours du pétrole à leurs plus hauts niveaux depuis fin juillet, ravivant une inflation importée qui frappe déjà l’industrie et les ménages français. Six mois après le déclenchement du conflit, le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, reste le point de bascule d’une crise énergétique aux répercussions directement mesurables à Paris comme à Francfort.

Une escalade militaire qui s’installe dans la durée

Le 31 août, les forces américaines ont frappé des lance-roquettes iraniens installés sur une petite île du détroit d’Ormuz — une première depuis un mois de relative accalmie. Téhéran a répliqué en ciblant des installations militaires américaines en Jordanie, avant que l’échange ne s’étende, dans les jours suivants, à des bases au Bahreïn et en Irak. Le bilan de ces nouvelles frappes s’élève à au moins onze morts, dont quatre victimes lors d’un mariage frappé dans la région du Hormozgan. Ce conflit, ouvert fin février 2026 par des frappes israélo-américaines contre les installations nucléaires et militaires iraniennes, dépasse désormais les six mois, sans qu’aucune négociation de paix crédible ne se soit engagée. Washington a par ailleurs promis ce mois-ci une politique « d’asphyxie économique » de l’Iran pour forcer la réouverture du corridor maritime.

Le baril au-dessus de 90 dollars, le gaz européen au plus haut depuis 2023

Conséquence directe : le baril de WTI pour livraison en octobre a progressé de plus de 5 % début septembre, franchissant pour la première fois depuis fin juillet la barre des 90 dollars, tandis que le Brent dépassait les 95 dollars — en hausse de plus de 10 % sur cinq jours et de près de 57 % depuis le début de l’année. Le gaz naturel européen a atteint, dans le même mouvement, son plus haut niveau depuis 2023. Selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 17 à 20 millions de barils transitent chaque jour par le détroit d’Ormuz ; les oléoducs alternatifs ne peuvent absorber que 40 % des volumes exportables, et le gaz naturel liquéfié ne dispose d’aucune route logistique de substitution, les terminaux du Qatar et des Émirats arabes unis nécessitant un trafic maritime continu pour fonctionner.

Une inflation qui remonte en zone euro, plus modérée mais réelle en France

L’inflation en zone euro a atteint 3,3 % sur un an en août, contre 2,9 % en juillet — son plus haut niveau en trois ans —, tirée par des prix de l’énergie en hausse de 14,3 % sur la zone. En France, la hausse des prix reste plus contenue, à 2,4 %, mais l’énergie y progresse de 16,7 % sur un an. Ce retournement replace la réunion de la Banque centrale européenne du 10 septembre au centre de l’attention des marchés : longtemps jugée improbable, une nouvelle hausse des taux, de 2,25 % à 2,5 %, est désormais anticipée par le consensus, même si l’institution répète décider « réunion par réunion ».

L’industrie française, plus vulnérable qu’en 2022

Pour les secteurs industriels français, la comparaison avec le choc gazier de 2022 tourne à l’inquiétude. La chimie et la sidérurgie, deux secteurs qui peinaient déjà à retrouver leur compétitivité d’avant-crise, restent exposées à des prix du gaz industriel européens deux à cinq fois supérieurs à ceux pratiqués aux États-Unis. Les marges de manœuvre budgétaires sont également plus étroites qu’il y a trois ans, la France n’ayant pas résorbé ses déficits. Les stocks de gaz européens, évalués à environ 46 milliards de mètres cubes en février 2026 contre 60 à 77 milliards lors des hivers précédents, offrent une capacité d’absorption de crise historiquement basse. Un doublement de la crise — nouvelle instabilité en mer Rouge liée aux attaques houthies, qui contraindrait les navires à contourner le cap de Bonne-Espérance — allongerait les délais de transit de quinze à vingt jours et ferait grimper les primes d’assurance.

Le paradoxe TotalEnergies

Ce choc énergétique profite en parallèle, de façon spectaculaire, au premier groupe pétrogazier français. TotalEnergies a publié un bénéfice net ajusté de 11,2 milliards de dollars sur le premier semestre 2026, en hausse de 73 % sur un an, dont 5,4 milliards de dollars au seul deuxième trimestre — un doublement par rapport à 2025. Le groupe a pourtant perdu 210 000 barils par jour de production au Moyen-Orient du fait de la fermeture partielle du détroit, mais un baril de Brent moyen à 97 dollars sur le trimestre (contre 67 dollars un an plus tôt) et des marges de raffinage en hausse de 362 % ont largement compensé ce manque à gagner. Le PDG Patrick Pouyanné a mis en garde contre toute nouvelle taxe sur les superprofits, qui « mettrait fin au plafonnement des prix à la pompe » que le groupe maintient à 1,99 euro le litre dans certaines stations françaises — ravivant un débat sur la fiscalité des profits pétroliers alors même que les ménages et l’industrie encaissent, eux, la facture de l’inflation importée.

À l’approche de la réunion de la BCE du 10 septembre et sans perspective de désescalade dans le Golfe, cette tension entre rente énergétique et souveraineté économique française devrait continuer de structurer le débat budgétaire et industriel des prochaines semaines.

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