Le groupe d’armement allemand Rheinmetall a procédé à une première livraison d’obus d’artillerie de calibre 155 millimètres à l’Ukraine, issus de son tout nouveau site de production d’Unterlüß, en Basse-Saxe. Cette étape marque une montée en puissance industrielle significative du géant rhénan, qui ambitionne de produire 1,5 million d’obus par an d’ici 2030.
Rheinmetall franchit un cap industriel avec ses obus 155 mm
Le groupe Rheinmetall a officialisé, depuis son site allemand d’Unterlüß en Basse-Saxe, la première expédition d’obus d’artillerie de 155 millimètres à destination de l’Ukraine, marquant l’entrée en phase opérationnelle d’une unité de production baptisée « Werk Niedersachsen ». Le lot initial comprend un nombre à cinq chiffres d’obus de type RH1412, accompagnés de charges propulsives fabriquées dans d’autres installations du groupe. Cette livraison inauguration traduit la concrétisation d’un investissement industriel de grande envergure, engagé en réponse à la demande militaire européenne née du conflit ukrainien.
Les obus RH1412 présentent une compatibilité étendue avec les différents systèmes d’artillerie de calibre 155 millimètres en service dans les armées occidentales, tout en offrant une longue portée et une efficacité opérationnelle élevée. Ces caractéristiques techniques en font une munition polyvalente, susceptible d’être déployée sur une large gamme de plateformes, des obusiers tractés aux systèmes automoteurs. Plus de la moitié du volume contractualisé a d’ores et déjà été acheminée, le reliquat devant être livré d’ici la fin de l’année 2026, selon le calendrier annoncé par le groupe.
Sur le plan boursier, la publication de cette annonce n’a pas suscité d’enthousiasme immédiat : le titre Rheinmetall cédait 1,5 % à la Bourse de Francfort en début de séance, dans un contexte de prise de bénéfices après plusieurs mois de progression soutenue du cours. Le groupe reste néanmoins l’une des valeurs de défense les plus suivies d’Europe, portée par la remontée généralisée des budgets militaires au sein de l’Alliance atlantique.
Une montée en puissance visant 1,5 million d’obus 155 mm par an d’ici 2030
Au-delà de cette première livraison, c’est la trajectoire industrielle de Rheinmetall qui retient l’attention des observateurs du secteur. Le groupe a réaffirmé son engagement à porter sa capacité de production annuelle d’obus de 155 millimètres à environ 1,5 million d’unités à l’horizon 2030. Un objectif qui implique des investissements continus sur plusieurs sites européens et qui repositionne l’Allemagne comme un acteur central de la base industrielle et technologique de défense du continent.
Cette ambition s’inscrit dans un contexte plus large de réarmement européen, accéléré depuis le début de l’offensive russe en Ukraine en février 2022. Face à des stocks d’artillerie largement entamés par les livraisons successives à Kiev, les pays membres de l’Union européenne et de l’OTAN ont multiplié les commandes auprès de leurs industriels de défense nationaux, créant une pression inédite sur les capacités de production du secteur. La Commission européenne a elle-même mis en place plusieurs mécanismes de soutien à la montée en puissance industrielle, dont le programme ASAP, destiné à accélérer la production de munitions à l’échelle communautaire.
Dans ce paysage, Rheinmetall s’est imposé comme l’un des bénéficiaires les plus visibles de la dynamique de réarmement. Le groupe, dont le siège est établi à Düsseldorf, a multiplié les annonces d’expansion capacitaire en Europe, incluant la création de coentreprises avec plusieurs États membres et l’ouverture de nouvelles lignes de production en Europe de l’Est. Le site d’Unterlüß, dont la première livraison vient d’être confirmée, constitue l’un des maillons de cette stratégie d’extension industrielle.
Des enjeux souverains pour la filière européenne des munitions 155 mm
La montée en puissance de Rheinmetall dans le segment des munitions de 155 millimètres soulève des questions stratégiques pour l’ensemble de la filière de défense européenne. Si l’Allemagne renforce son rôle d’arsenal continental, d’autres nations, dont la France, cherchent également à consolider leurs propres capacités nationales de production de munitions d’artillerie. Knorr-Bremse, Nexter, BAE Systems ou encore les acteurs scandinaves participent à cette course aux volumes, dans un marché désormais structurellement tendu.
Pour les décideurs économiques français et européens, la question dépasse le simple cadre industriel. Elle touche à la souveraineté des approvisionnements militaires et à la capacité de l’Europe à sécuriser, sur son propre sol, les volumes de munitions nécessaires à une défense crédible à long terme. La dépendance historique à des sources d’approvisionnement extra-européennes, notamment américaines ou sud-coréennes, a mis en lumière les fragilités structurelles de la base industrielle continentale.
Dans ce contexte, chaque nouvelle capacité de production inaugurée sur le territoire européen représente un signal politique autant qu’industriel. La livraison annoncée par Rheinmetall depuis Unterlüß illustre la rapidité avec laquelle certains groupes ont su adapter leur appareil productif aux exigences d’un environnement sécuritaire profondément reconfiguré. La question de la répartition des volumes et des parts de marché entre les différents industriels européens de défense constituera l’un des enjeux majeurs des prochaines années pour les gouvernements et les directions générales du secteur.
