Bosch lance ses semi-conducteurs carbure de silicium aux États-Unis

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L’équipementier allemand Bosch a démarré en 2025 la production d’échantillons de puces en carbure de silicium dans son usine de Roseville, en Californie, soutenu par un accord de financement de 225 millions de dollars conclu avec le ministère américain du Commerce. Un investissement total de 2 milliards de dollars qui s’inscrit dans une stratégie de relocalisation industrielle portée par la loi CHIPS and Science Act et les nouvelles réalités géopolitiques.

Bosch ancre sa production de semi-conducteurs sur le sol américain

L’équipementier allemand Bosch a officiellement engagé, en ce début d’année 2025, la production d’échantillons de puces en carbure de silicium dans sa toute première usine américaine de semi-conducteurs, implantée à Roseville, en Californie. Le groupe, acteur majeur des composants automobiles et électroniques à l’échelle mondiale, a finalisé à cette occasion un accord de 225 millions de dollars avec le Bureau du programme CHIPS du ministère américain du Commerce, créé en application de la loi CHIPS and Science Act adoptée en 2022.

Ce financement public s’intègre dans un investissement global de 2 milliards de dollars consacré à la reconversion du site. Bosch avait acquis cette usine en 2023 auprès de TSI Semiconductors avant d’entreprendre une rénovation complète de ses équipements et de ses lignes de production. Le démarrage de la production commerciale est prévu dans le courant de l’année 2025. L’ensemble de ce projet s’inscrit dans un engagement financier plus large encore : le groupe entend mobiliser jusqu’à 7,5 milliards de dollars d’investissements aux États-Unis d’ici à 2031.

Pour Paul Thomas, président-directeur général de Bosch en Amérique du Nord, la localisation californienne du site n’est pas le fruit du hasard. Elle répond à une logique industrielle et géopolitique précise, dans un contexte où les donneurs d’ordres automobiles exigent des fournisseurs capables de les approvisionner de manière fiable et à proximité géographique. Le cadre commercial offert par l’accord de libre-échange entre les États-Unis, le Mexique et le Canada a également pesé dans la décision stratégique du groupe.

Le carbure de silicium, technologie clé entre automobile et défense

Les semi-conducteurs en carbure de silicium occupent une place distincte dans la hiérarchie des composants électroniques. Contrairement aux puces dédiées aux systèmes d’infodivertissement embarqués ou aux fonctions d’aide à la conduite, ces composants sont conçus pour gérer des flux d’électricité à haute tension. Dans les véhicules électriques, ils permettent de convertir plus efficacement l’énergie stockée dans la batterie vers le moteur, réduisant les pertes thermiques, améliorant l’autonomie et optimisant les performances de recharge.

Mais le marché adressable de ces puces dépasse largement le seul segment de l’électromobilité. Paul Thomas a expressément mentionné les centres de données comme débouché stratégique en pleine expansion, dans un contexte où l’essor de l’intelligence artificielle génère des besoins considérables en infrastructure d’alimentation électrique. Les applications dans le domaine de la défense constituent un troisième vecteur de croissance, aux côtés des véhicules hybrides, dont les ventes restent dynamiques malgré le ralentissement observé sur le marché des véhicules 100 % électriques.

Cette diversification des usages renforce la pertinence stratégique de l’investissement, en le rendant moins dépendant des cycles propres à l’industrie automobile. Pour Bosch, la maîtrise de la filière carbure de silicium sur le territoire américain représente à la fois un outil de compétitivité commerciale et une réponse aux exigences croissantes de sécurité des approvisionnements formulées par ses clients constructeurs.

La loi CHIPS Act, levier de réindustrialisation face aux dépendances asiatiques

Le financement accordé à Bosch s’inscrit dans la continuité de la politique industrielle initiée par la loi CHIPS and Science Act de 2022, dont l’objectif central est de reconstituer une base nationale de production de semi-conducteurs aux États-Unis. La crise des approvisionnements survenue durant la pandémie de Covid-19 avait mis en lumière de façon brutale la vulnérabilité structurelle de l’industrie automobile mondiale, dont la production avait été massivement perturbée par la concentration des capacités de fabrication de puces en Asie et auprès d’un nombre restreint d’acteurs européens.

Le secrétaire au Commerce américain Howard Lutnick a réaffirmé, à l’occasion de cette annonce, l’engagement de l’administration Trump en faveur d’une chaîne d’approvisionnement sécurisée sur le sol national, présentée comme un impératif de sécurité économique et stratégique. Cette rhétorique souverainiste, partagée de part et d’autre de l’Atlantique, illustre une tendance de fond : les grandes puissances industrielles cherchent à rapatrier les maillons critiques de leurs chaînes de valeur technologiques.

Pour les décideurs européens, le mouvement enclenché par Bosch aux États-Unis soulève une question symétrique. Si le groupe allemand investit massivement outre-Atlantique pour sécuriser ses approvisionnements en semi-conducteurs face aux clients américains, la question de la capacité productive européenne en carbure de silicium reste entière. L’Europe dispose de compétences reconnues dans ce domaine, notamment via des acteurs comme STMicroelectronics ou Infineon, mais la compétition pour attirer les investissements de production s’intensifie à l’échelle mondiale. La décision de Bosch rappelle que la souveraineté technologique se construit aussi par des choix de localisation industrielle, et que ces choix engagent des trajectoires durables sur plusieurs décennies.

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