ASML : le géant des puces IA sature ses capacités jusqu’en 2027

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Le néerlandais ASML, premier équipementier mondial pour la fabrication de semiconducteurs, publie ce mercredi ses résultats du deuxième trimestre dans un contexte de demande exceptionnelle tirée par l’intelligence artificielle. La société, dont la capitalisation boursière atteint 610 milliards d’euros, affiche un carnet de commandes au bord de la saturation, tandis que des restrictions américaines à l’exportation font peser une incertitude croissante sur ses revenus en Chine.

ASML face à une demande d’équipements de puces sans précédent

Le néerlandais ASML présente mercredi ses résultats trimestriels à Amsterdam, dans l’espoir de confirmer une valorisation boursière record de 610 milliards d’euros, portée par la course mondiale aux infrastructures d’intelligence artificielle. La société, unique fabricant au monde de machines de lithographie EUV — ces équipements de 300 millions de dollars indispensables à la gravure des circuits les plus fins — se retrouve au cœur d’une dynamique industrielle hors normes. Son action a progressé de près de 70 % depuis le début de l’année, portant ASML au rang de première capitalisation boursière cotée en Europe.

La demande émane simultanément de plusieurs géants du secteur. Les fabricants de mémoire SK Hynix, Samsung et Micron accélèrent leurs investissements capacitaires pour répondre aux besoins croissants en mémoire haute bande passante, composant clé des serveurs d’IA. TSMC, premier client d’ASML et fabricant des puces Nvidia, poursuit sa propre expansion mondiale. À cela s’ajoutent les projets de relance industrielle d’Intel et les ambitions annoncées d’Elon Musk dans le domaine des infrastructures de calcul, susceptibles de générer une demande additionnelle significative dans les prochaines années.

Selon les estimations compilées par LSEG, ASML devrait enregistrer au deuxième trimestre un bénéfice net de 2,61 milliards d’euros, en hausse de 8,8 % sur un an, pour un chiffre d’affaires de 8,8 milliards d’euros, soit une progression de 14 %. Les analystes anticipent par ailleurs un relèvement des prévisions annuelles, aujourd’hui situées dans une fourchette de 36 à 40 milliards d’euros. Pour 2030, l’objectif officiel d’au moins 44 milliards d’euros est déjà jugé conservateur par certains observateurs. L’analyste de Morningstar Javier Correonero estime ainsi que le chiffre d’affaires de l’entreprise pourrait atteindre 60 milliards d’euros à cet horizon.

Des capacités de production d’équipements de puces sous tension structurelle

L’enjeu central pour ASML n’est plus seulement commercial : il est industriel. La fabrication d’une machine de lithographie EUV requiert environ un an de production, ce qui en fait l’un des principaux facteurs limitant la vitesse de déploiement de l’infrastructure mondiale d’IA. Mehdi Hosseini, analyste chez Susquehanna, estime que l’intégralité des capacités de production d’ASML pourrait d’ores et déjà être réservée jusqu’à fin 2027, transformant de fait la société en goulot d’étranglement potentiel du secteur technologique mondial.

Pour éviter ce scénario, dont le précédent de la crise des semiconducteurs pendant la pandémie de Covid-19 reste dans toutes les mémoires, ASML dit avoir engagé plusieurs leviers. La société vise la livraison de 60 systèmes EUV en 2025 et 80 en 2026, avec un plafond théorique de 90 unités sans augmentation des surfaces industrielles. Les analystes de JPMorgan estiment toutefois qu’une production de 110 machines serait techniquement envisageable. L’entreprise évoque des solutions complémentaires : remise à niveau d’équipements plus anciens, accélération des cycles d’assemblage et réduction des délais d’installation chez les clients.

Sur le plan des approvisionnements, ASML a sécurisé des stocks de composants à long délai de fabrication, notamment les optiques de précision fournies par l’allemand Zeiss et les lasers haute puissance produits par son compatriote Trumpf. Ce dernier a confirmé publiquement sa capacité à répondre aux besoins d’ASML sur les trois prochaines années, soulignant la densité des interdépendances industrielles européennes qui sous-tendent la chaîne de valeur des semiconducteurs de pointe.

Les restrictions américaines à l’exportation, principal facteur de risque pour les puces

La trajectoire de croissance d’ASML est cependant contrariée par un contexte géopolitique qui se durcit. Un projet de législation américain exige des alliés de Washington qu’ils s’alignent sur les mesures de contrôle des exportations destinées à limiter l’accès de la Chine aux technologies de fabrication de semiconducteurs avancés. ASML y est explicitement mentionnée, ce qui place les Pays-Bas et, plus largement, l’Union européenne face à une injonction de souveraineté technologique dont les implications industrielles sont directes.

La Chine représente à ce stade une part substantielle de l’activité d’ASML, estimée à environ 20 % du chiffre d’affaires annuel. Ces ventes portent exclusivement sur des équipements DUV, technologie moins avancée que l’EUV, utilisés pour la fabrication de puces destinées aux secteurs automobile, industriel et électronique grand public. ASML a formellement démenti avoir livré ses machines EUV à des clients chinois, ces exportations étant soumises à un régime d’autorisation préalable sous contrôle néerlandais depuis plusieurs années.

La question de l’alignement européen sur les restrictions américaines cristallise un débat plus large sur l’autonomie stratégique du Vieux Continent en matière de technologie critique. ASML constitue à cet égard un actif industriel d’une valeur symbolique et stratégique considérable pour l’Europe, à l’heure où la dépendance aux chaînes de valeur asiatiques et américaines fait l’objet d’une réévaluation profonde à Bruxelles comme dans les capitales nationales.

Une valorisation boursière qui interroge malgré le potentiel des puces

La progression spectaculaire du titre ASML nourrit également un débat entre analystes sur la soutenabilité de sa valorisation. L’action se négocie actuellement à environ 49 fois les bénéfices estimés pour 2027, un multiple qui reflète des attentes de croissance particulièrement élevées. Thomas Couvreur, analyste chez KBC, juge qu’une grande partie du potentiel haussier est d’ores et déjà intégré dans le cours et maintient en conséquence une recommandation neutre.

D’autres voix estiment qu’un rattrapage reste possible. Marc Hesselink, analyste chez ING, observe qu’ASML a sous-performé l’indice de référence Philadelphia Semiconductor Index depuis le début de l’année malgré l’embellie de ses fondamentaux. Des résultats trimestriels solides, couplés à une annonce de nouvelles capacités industrielles, pourraient selon lui déclencher un mouvement de réévaluation. La publication de ce mercredi servira de premier test grandeur nature à cette thèse dans un environnement de marché où la moindre déception sur les prévisions est immédiatement sanctionnée.

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