Qui sont les entreprises françaises rachetées par le fonds Apollo ?

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Avec près de 14 milliards d’euros investis en France, le géant américain du capital-investissement Apollo Global Management s’est progressivement imposé comme l’un des acteurs les plus actifs du tissu industriel et commercial hexagonal. De Constellium à Prosol (Grand Frais), en passant par Verallia, Vallourec ou Latécoère, le fonds new-yorkais a multiplié les prises de participation dans des secteurs aussi variés que la métallurgie, l’aéronautique, l’emballage ou la distribution alimentaire. Tour d’horizon de ses principales cibles françaises.

A l’heure où les fonds de crédit privé commencent à être sous le feu des projecteurs, retours sur les acquisitions françaises de ce géant américain. Nous écrivions il y a quelques jours un article sur le fait qu’Apollo a décidé de limiter le niveau de retraits en France.

Apollo Global Management, un fonds de 900 milliards de dollars aux ambitions européennes

Fondé en 1990 à New York par Leon Black, Josh Harris et Marc Rowan, Apollo Global Management gère aujourd’hui près de 938 milliards de dollars d’actifs, ce qui en fait l’un des plus importants gestionnaires d’actifs alternatifs au monde. Le fonds investit pour le compte de fonds de pension, de fonds souverains et d’investisseurs institutionnels à travers trois grandes stratégies : le crédit privé, le private equity (capital-investissement) et les actifs réels.

La France constitue l’un de ses marchés prioritaires en Europe. Apollo y est actif depuis plus de vingt ans et y a déployé, toutes stratégies confondues, environ 14 milliards d’euros. Pour opérer sur le marché français, le fonds s’appuie sur Atlantys Investors, structure fondée par Jean-Luc Allavena, fin connaisseur des réseaux industriels et financiers français, qui joue le rôle d’intermédiaire culturel entre les décideurs hexagonaux et les équipes new-yorkaises du fonds.

Constellium : le premier grand coup français d’Apollo

C’est l’acquisition de Constellium, en 2011, qui place Apollo sous les feux des projecteurs en France. L’ancienne filiale aluminium de Pechiney, passée dans le giron d’Alcan puis de Rio Tinto, est alors considérée comme un actif non stratégique par son propriétaire, dont les opérations consomment du cash et enregistrent des pertes. Apollo rachète l’entreprise, la restructure en profondeur, investit dans sa montée en gamme et l’introduit en Bourse à New York en 2013. L’opération est menée en partenariat avec le Fonds stratégique d’investissement (FSI, devenu depuis Bpifrance), signe de la volonté d’Apollo de composer avec les attentes de l’État français sur les actifs industriels sensibles. Constellium est aujourd’hui l’un des leaders mondiaux de la transformation de l’aluminium pour l’aéronautique et l’automobile.

Verallia : le carve-out emblématique de Saint-Gobain

En 2015, Apollo remporte l’appel d’offres lancé par Saint-Gobain pour céder Verallia, sa filiale d’emballage en verre, pour un montant évalué à environ 2,95 milliards d’euros. L’opération est emblématique du savoir-faire d’Apollo dans les « carve-out » — ces opérations consistant à extraire une activité d’un grand groupe pour en faire une entité indépendante.

Sous la houlette du fonds américain, Verallia investit plus de 200 millions d’euros dans un nouveau four, réduisant substantiellement sa facture énergétique. Le groupe, repositionné sur la montée en gamme, est introduit en Bourse à Paris en 2019. Apollo a depuis cédé l’essentiel de sa participation, mais l’opération est régulièrement citée comme l’une des plus réussies du fonds en Europe.

Latécoère : une entrée par la dette

Toujours en 2015, Apollo prend pied dans l’équipementier aéronautique toulousain Latécoère selon une méthode caractéristique du fonds : le rachat de dette distressed. Apollo et Monarch acquièrent l’essentiel des 320 millions d’euros de dette du groupe, avant de la convertir en capital pour prendre le contrôle d’environ 26,4 % du capital. Latécoère, qui produit des câblages et des fuselages pour des avionneurs comme Airbus, renoue avec les bénéfices dès 2015, affichant un chiffre d’affaires de 712 millions d’euros et une marge opérationnelle en hausse de 17 %.

Vallourec : sauvetage d’un fleuron sidérurgique en difficulté

En 2021, Apollo intervient dans la restructuration financière de Vallourec, le spécialiste des tubes sans soudure né en 1931 et lourdement endetté après la crise pétrolière et la pandémie. Les fonds Apollo acquièrent une participation représentant entre 23 % et 29 % du capital, en échange d’un effacement partiel de la dette obligataire du groupe dont ils étaient créanciers. Cette prise de contrôle permet à Vallourec de renforcer son bilan et de déployer son plan stratégique. En août 2024, Apollo cède sa participation à ArcelorMittal pour environ 955 millions d’euros, soit 14,64 euros par action — une sortie profitable après trois ans de détention.

Prosol (Grand Frais) : le pari de la distribution alimentaire en 2025

Le 16 décembre 2025, Apollo annonce l’acquisition d’une participation majoritaire dans Prosol Group, maison-mère des enseignes Grand Frais, Fresh. et BioFrais, auprès du fonds Ardian, pour un montant évalué à environ 4 milliards d’euros. Fondée en 1992, Prosol exploite près de 450 magasins à travers la France et s’est différenciée par une chaîne d’approvisionnement propriétaire et intégrée verticalement, travaillant avec plus de 2 300 partenaires producteurs.

La transaction doit être finalisée au deuxième trimestre 2026, sous réserve des autorisations réglementaires. Apollo entend s’appuyer sur son expertise dans le secteur de la distribution pour accompagner l’expansion nationale et internationale du groupe. La direction et les actionnaires existants de Prosol réinvestissent aux côtés du fonds américain.

Financement de grands groupes : Air France-KLM, EDF, TotalEnergies, Funecap

Au-delà des prises de participation en capital, Apollo a également fourni des solutions de financement à grande échelle à plusieurs groupes français de premier rang. Air France-KLM, EDF et TotalEnergies ont ainsi eu recours aux capacités de crédit du fonds américain, notamment en période de tensions sur les marchés.

En 2025, Apollo a par ailleurs participé à la plus importante transaction de direct lending (prêt direct) réalisée sur le marché français, avec un financement de 2 milliards d’euros accordé à Funecap, le principal opérateur funéraire privé en France.

Un fonds sous surveillance parlementaire

La présence croissante d’Apollo et d’autres fonds d’investissement dans le tissu productif français fait l’objet d’une attention politique accrue. En décembre 2025, à l’initiative du groupe LFI-NFP, l’Assemblée nationale a créé une commission d’enquête chargée d’analyser l’impact des rachats par des fonds sur les capacités productives françaises depuis 2017. Le 11 mai 2026, deux députées LFI se sont rendues dans les bureaux parisiens d’Apollo, Mutares et Tikehau Capital dans le cadre de ces travaux parlementaires, dénonçant ce qu’elles qualifient de « capitalisme de prédateurs ».

Apollo conteste cette lecture, mettant en avant ses investissements industriels de long terme et ses apports en capital dans des entreprises en difficulté. Le débat illustre la tension persistante, en France, entre les logiques de la finance internationale et les enjeux de souveraineté économique.

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