Naval Group : la France signe un contrat de 4,3 milliards d’euros avec la Suède, sa plus grosse prise navale en Europe

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Emmanuel Macron se rendra en Suède lundi 1er septembre pour officialiser l’un des plus importants contrats d’exportation d’armement français de l’année : la vente à Stockholm de quatre frégates de défense et d’intervention (FDI) construites par Naval Group, pour un montant de 4,3 milliards d’euros. L’opération, présentée par le Premier ministre suédois Ulf Kristersson comme « l’un des investissements de défense les plus importants de la Suède depuis l’introduction du Gripen » dans les années 1980, confirme une sélection française annoncée dès le mois de mai et marque un redressement net pour l’industriel naval tricolore sur le marché européen.

Un choix suédois mûri depuis le printemps

Le ministère suédois de la Défense avait désigné Naval Group comme partenaire privilégié le 19 mai dernier pour son programme YSF Luleå, destiné à moderniser la marine royale suédoise. Dans son communiqué officiel, l’industriel français avait salué une sélection obtenue après des « discussions exclusives », mettant en avant les atouts de sa frégate FDI : un système de défense antiaérienne Aster jugé parmi les plus performants du marché, une plateforme conçue pour opérer aussi bien dans le Grand Nord que dans l’Atlantique ou la Baltique, et un calendrier de livraison resserré, appuyé sur les deux premiers exemplaires déjà livrés à la Marine nationale française et à la marine grecque. Pierre Éric Pommellet, PDG de Naval Group, s’était alors dit « extrêmement honoré » de la confiance suédoise. Sur le réseau social X, Emmanuel Macron avait salué à l’époque un choix qui « mesure la confiance faite à la France ».

Trois mois plus tard, cette intention se traduit en engagement ferme. Selon les informations rapportées par plusieurs médias, dont La Libre et Presse-citron, la signature du contrat interviendra en présence du chef de l’État français lors d’un déplacement à Stockholm ce lundi. Les livraisons des quatre bâtiments s’échelonneront de 2030 à 2034, avec un premier exemplaire attendu en 2030. Le Premier ministre suédois a justifié ce choix par la fiabilité d’un système déjà éprouvé : « une chaîne fonctionnelle avec tous ses sous-systèmes a été vérifiée pour ce type de navire », a-t-il expliqué, plutôt que de miser sur un programme entièrement nouveau.

Un redressement après une série de revers

Pour Naval Group, ce contrat pèse lourd dans la balance après une séquence particulièrement difficile sur le Vieux Continent. L’entreprise a perdu l’appel d’offres norvégien en 2025 au profit du britannique BAE Systems, vu son offre de sous-marins écartée par la Pologne au profit du suédois Saab et de ses A26, et subi l’annulation retentissante du contrat australien de sous-marins dans le cadre du pacte Aukus. Le succès suédois s’inscrit ainsi dans une reconquête progressive du marché européen : Pierre Éric Pommellet a rappelé qu’en 2019, l’entreprise ne réalisait aucun chiffre d’affaires en Europe hors de France, contre près d’un milliard d’euros aujourd’hui, portés notamment par des contrats en Belgique, aux Pays-Bas et en Grèce.

Cette dynamique se joue en parallèle d’un autre dossier naval suivi de près : la compétition pour la fourniture de trois sous-marins à l’Argentine, où Naval Group affronte l’allemand TKMS et le sud-coréen Hyundai, avec une décision attendue début septembre. Le succès suédois, obtenu sur un segment différent — celui des frégates de surface plutôt que des sous-marins —, ne lève pas l’incertitude sur ce second dossier, mais illustre la capacité de l’industriel français à s’imposer face à une concurrence européenne de plus en plus disputée.

Une dimension industrielle et bilatérale

Sur le plan industriel, le contrat suédois s’accompagne d’un choix stratégique de Naval Group de doubler sa capacité de production sur son site de Lorient, dans le Morbihan, où l’entreprise ambitionne de mettre à flot jusqu’à deux navires par an contre un rythme jusqu’ici plus restreint, selon des informations publiées par L’Usine Nouvelle. Cette montée en cadence doit permettre d’absorber à la fois les commandes de la Marine nationale et le carnet export, sans allonger les délais de livraison aux clients étrangers.

L’accord s’inscrit également dans une logique de réciprocité industrielle entre Paris et Stockholm. La France a de son côté fait le choix des radars suédois Global Eye et Giraffe 1X du groupe Saab pour moderniser sa flotte d’avions de surveillance, un échange croisé qu’Emmanuel Macron avait explicitement mis en avant lors de l’annonce de mai. Le déplacement du 1er septembre doit par ailleurs donner lieu à la signature d’un accord-cadre de coopération militaire et industrielle entre les deux pays, dans un contexte où la Suède, membre de l’Otan depuis mars 2024 après l’invasion russe de l’Ukraine, accélère la modernisation de sa marine pour sécuriser la mer Baltique.

Pour la France, ce contrat consolide une filière navale de défense considérée comme stratégique pour la souveraineté économique nationale, tout en renforçant sa position d’exportateur d’armement de premier plan sur un continent où la demande militaire ne cesse de croître depuis le début de la guerre en Ukraine.

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