Le réseau Laforêt a publié son billet tendances du premier trimestre 2026, dressant un tableau contrasté d’un marché immobilier qui confirme son redressement sans pour autant accélérer. La demande progresse de +4 % au niveau national par rapport à décembre 2025 (+6 % à Paris, +4 % en Île-de-France, +3 % en régions), l’offre s’étoffe de +9 %, mais les compromis de vente ne progressent que de +2 %. Les délais de vente s’allongent à 103 jours (+5 jours en 3 mois) et les marges de négociation remontent à 5,1 % contre 4,5 % fin 2025. Les prix progressent modérément de +0,5 % au national, avec Paris à 9 707 €/m² (+0,7 %) et des dynamiques très différenciées selon les villes.
Demande en hausse mais décélération : le contexte international et les aléas climatiques pèsent sur les projets
Après une année 2025 marquée par un fort rebond de la demande (+18 %), le premier trimestre 2026 confirme une dynamique positive mais plus mesurée. Les conditions d’acquisition restent globalement favorables — les prix se stabilisent, les taux se contiennent autour de 3,25 % — mais le contexte international ravive des inquiétudes concrètes chez les ménages : hausse du coût de l’énergie liée aux tensions au Moyen-Orient, crainte d’un retour de l’inflation, tensions sur les approvisionnements. Les épisodes climatiques exceptionnels de janvier et février 2026, classés catastrophes naturelles dans plusieurs départements, ont mécaniquement pesé sur l’activité et perturbé certains projets immobiliers, en particulier en régions (+3 %, la zone la plus affectée).
La composition des biens recherchés reflète également la contrainte budgétaire des acquéreurs : la demande progresse sur les appartements (+6 %) mais recule sur les maisons (-2 %), dont l’enveloppe financière plus importante rend la décision d’achat plus difficile dans un contexte de prudence accrue. Les maisons trouvent traditionnellement leur public au printemps, ce qui devrait mécaniquement améliorer ce chiffre au deuxième trimestre. Ces chiffres Laforêt confirment le tableau dressé en début d’année : un marché en reprise, mais asymétrique et conditionné à la stabilité du cadre réglementaire et fiscal, avec des secundo-accédants (49 % des transactions) qui restent la principale force d’achat, devant les primo-accédants (34 %) et les investisseurs stables à 17 %.
103 jours de délai de vente et 5,1 % de marge de négociation : les acquéreurs reprennent la main
L’enseignement le plus significatif du trimestre est peut-être l’allongement des délais de vente et la remontée des marges de négociation, deux signaux qui indiquent un rééquilibrage du rapport de force entre vendeurs et acquéreurs. Au niveau national, les délais de vente atteignent désormais 103 jours (+5 jours en 3 mois) : 82 jours à Paris (+3 jours), 106 jours en Île-de-France (+8 jours) et 107 jours en régions (+7 jours). Ce rallongement traduit un changement d’attitude des acquéreurs, qui prennent davantage de temps pour comparer, négocier et sécuriser leur financement en intégrant l’ensemble des coûts — travaux, énergie, fiscalité.
Les marges de négociation remontent à 5,1 % contre 4,5 % fin 2025 — une hausse de 0,6 point en seulement trois mois. À Paris, elles passent de 3 % à 3,4 % ; en Île-de-France de 4,4 % à 5,1 % ; en régions de 4,7 % à 5,4 %. Pour les logements classés F ou G (passoires thermiques), ces marges peuvent être largement majorées, les acquéreurs intégrant d’emblée le coût des travaux de rénovation énergétique dans leur offre — parfois plusieurs dizaines de milliers d’euros. Fait marquant : 8 transactions sur 10 font désormais l’objet d’une négociation, contre une minorité il y a un an encore. Les écarts sont plus marqués sur les maisons (5,7 %) que sur les appartements (4,1 %), reflétant la plus grande vulnérabilité des maisons aux contraintes énergétiques et aux travaux de mise aux normes. Ce constat d’un marché en ajustement plutôt qu’en reprise franche est confirmé par le baromètre Seloger du même trimestre, qui enregistre des prix globalement stables voire légèrement orientés à la baisse à l’échelle nationale.
Prix à +0,5 % au national : Paris à 9 707 €/m², Bordeaux et Lille tirent vers le haut, Marseille et Strasbourg en recul
Sur les prix, le premier trimestre 2026 confirme la stabilisation entamée en 2025 (+1,8 % sur l’année). La progression nationale ressort à +0,5 % tous logements confondus — un rythme modéré qui exclut tout emballement mais ne signale pas non plus de décrochage. Paris affiche +0,7 % à 9 707 €/m², avec des disparités notables selon les arrondissements : onze d’entre eux dépassent ce seuil, avec le centre et l’Ouest parisien en tête. En Île-de-France hors Paris, les prix reculent légèrement de -0,4 % à 3 965 €/m², tandis que les régions progressent de +0,9 % à 2 494 €/m² en moyenne.
La carte des villes révèle des marchés aux trajectoires très différentes. Bordeaux (+1,3 % à 4 681 €/m²), Lille (+1,1 % à 3 385 €/m²), Biarritz (+1,9 % à 8 277 €/m²) et Rouen (+0,9 %) tirent vers le haut. À l’inverse, Brest (-1,4 % à 2 342 €/m²), Strasbourg (-1,2 % à 3 506 €/m²), Marseille (-0,7 % à 3 818 €/m²), Dijon (-0,6 % à 2 648 €/m²) et Rennes (-0,5 % à 4 096 €/m²) illustrent des marchés qui cherchent encore leur point d’équilibre. Lyon reste en légère hausse (+0,3 % à 4 797 €/m²) et Toulouse se stabilise à 0 % (3 572 €/m²). Ces divergences confirment que la France immobilière n’est plus un marché uniforme mais une multiplicité de marchés locaux dont les dynamiques dépendent d’abord des fondamentaux économiques et démographiques de chaque territoire.


