Alors que la défiance envers les institutions atteint des sommets et que la France semble paralysée entre centralisation technocratique et désengagement de l’État, un autre récit se dessine, à rebours des grands discours politiques. Ce récit, profondément ancré dans le réel, est celui des maires, des élus municipaux et des citoyens qui, jour après jour, tiennent encore la République à bout de bras. C’est à eux qu’Oriane Dioux rend hommage dans La République des communes – Guide des bonnes initiatives municipales, publié par Fakir et préfacé par Agnès Bourgeais, Sébastien Jumel et François Ruffin.
Quand la République survit grâce à la commune
À rebours du pessimisme ambiant, ce livre montre une France qui agit. Une France discrète, souvent rurale, parfois populaire, mais qui refuse le fatalisme. Sur le terrain, ces femmes et ces hommes rouvrent des centres médicaux municipaux, créent des coopératives d’énergie, relancent des commerces de proximité, rénovent les logements, plantent des arbres, accompagnent les aidants, réinventent même le cycle de l’eau.
Leur action ne repose pas sur des promesses électorales, mais sur la conviction que la République ne vit que si elle s’enracine dans des lieux concrets. « Ils font tenir debout la République quand le contrat social menace de se déchirer », écrit Dioux. Dans un pays où l’État a déserté nombre de territoires, cette phrase résonne comme un manifeste.
La commune, socle oublié de la souveraineté française
La commune est, depuis la Révolution, le maillon le plus stable de l’architecture républicaine. Tocqueville le rappelait déjà : « le peuple est la source des pouvoirs sociaux, mais nulle part il n’exerce sa puissance plus immédiatement que dans la commune. »
C’est précisément cette immédiateté que La République des communes célèbre. Dans les villages comme dans les quartiers populaires, l’action municipale devient un outil de souveraineté locale : rétablir un service public, c’est réaffirmer que le bien commun n’est pas soluble dans la logique de marché ; rouvrir un cabinet médical, c’est restaurer une autonomie sanitaire ; développer une régie municipale d’énergie, c’est retrouver la maîtrise d’un levier stratégique que l’État a parfois bradé.
En filigrane, le livre interroge notre conception même de la puissance publique. Alors que la « start-up nation » a fait de la performance économique le moteur du politique, ces communes rappellent que l’efficacité peut aussi rimer avec solidarité, coopération et ancrage territorial. C’est une autre idée de la souveraineté : celle qui s’exerce par le bas, à hauteur d’homme.
Fakir sur le terrain : le journalisme comme outil civique
L’intérêt du livre tient aussi à la méthode. Fidèle à son ADN, Fakir ne théorise pas depuis un bureau parisien : le journal est allé voir, dans les métropoles comme dans les villages, comment la République se maintient au quotidien. Ce travail de terrain, souvent négligé par la presse nationale, restitue une mosaïque de pratiques, de luttes et d’inventions locales.
Chaque chapitre est une bouffée d’air démocratique : ici, une mairie finance le départ en vacances d’enfants défavorisés ; là, un conseil municipal relocalise son approvisionnement alimentaire ; ailleurs, un collectif redonne vie à une friche industrielle. Ce ne sont pas de simples « bonnes pratiques », mais les germes d’un projet politique cohérent : reconstruire la République par les lieux où elle a pris naissance.
Vers un réarmement démocratique
La République des communes s’inscrit dans une réflexion plus large sur le réarmement démocratique de la France. Face à la verticalité du pouvoir et à la désagrégation du lien civique, les collectivités apparaissent comme le dernier espace où le citoyen peut encore agir, comprendre et peser.
Dans cette perspective, l’ouvrage n’est pas seulement un guide : c’est une boîte à outils pour celles et ceux qui croient que la reconquête de la souveraineté nationale passe d’abord par la souveraineté locale. En multipliant les micro-victoires du quotidien, ces communes prouvent que l’intérêt général n’est pas une abstraction : il se cultive, se protège, se partage.
Le local comme horizon politique
En définitive, le livre d’Oriane Dioux n’est ni un manifeste ni une simple compilation d’initiatives : c’est un acte de foi républicain. À l’heure où les fractures sociales et territoriales s’approfondissent, il rappelle que la République n’est pas un régime figé, mais une pratique vivante qui se réinvente dans les mairies, les associations, les collectifs.
Ces initiatives locales dessinent les contours d’une France plus sobre, plus fraternelle, plus souveraine — une France qui refuse de se résigner à la centralisation et à la résignation.
La République des communes fait ainsi écho à une idée simple, mais essentielle : c’est en restaurant la puissance des territoires que la nation retrouvera la sienne.

