Le groupe de luxe français Kering a remis en 2024 les prix de l’édition internationale de son programme Kering Generation Award X Jewelry, réunissant 44 startups et étudiants issus de dix universités mondiales autour de l’innovation durable dans la joaillerie, en partenariat avec la CIBJO et le Politecnico di Milano.
Un programme mondial de joaillerie durable ancré dans une stratégie long terme
Le groupe Kering, dont le chiffre d’affaires atteignait 14,7 milliards d’euros en 2025 et qui emploie 44 000 collaborateurs à travers le monde, a consacré en 2024 une édition internationale de son programme d’innovation responsable à la joaillerie. Lancé initialement en Chine en 2018 pour identifier et accompagner des startups locales développant des matériaux et des procédés à impact environnemental et social positif, le Kering Generation Award a progressivement étendu son périmètre géographique au Japon, au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord, avant d’ouvrir en 2024 un volet dédié à la joaillerie à l’échelle internationale. Cette trajectoire illustre la montée en puissance des engagements de responsabilité environnementale au sein des grands groupes de luxe européens, dans un contexte où la traçabilité des matières premières et la circularité des procédés de fabrication s’imposent comme des critères de compétitivité à part entière.
L’édition joaillerie a été structurée autour du thème fédérateur « Second Chance, First Choice », invitant candidats et étudiants à repenser les matières, les cycles de vie et les usages dans un secteur historiquement dépendant de ressources rares et extraites dans des conditions souvent controversées. Ce cadre conceptuel place la notion de seconde vie des matériaux au cœur de la démarche créative, en phase avec les exigences croissantes de la réglementation européenne sur la durabilité des produits et les attentes d’une clientèle premium de plus en plus sensible aux critères d’impact environnemental.
Deux lauréats sélectionnés à l’issue d’un processus exigeant
L’Award a mobilisé 44 participants — startups et étudiants confondus — représentant dix universités de renommée mondiale. Le programme s’est appuyé sur deux partenaires institutionnels de premier plan : la CIBJO, Confédération Internationale de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie des diamants, perles et pierres, seule organisation du secteur à disposer d’un statut consultatif spécial auprès du Conseil économique et social des Nations Unies, et POLI.Design, consortium du Politecnico di Milano, université techno-scientifique classée parmi les meilleures institutions mondiales dans les domaines de l’ingénierie, de l’architecture et du design.
La remise des prix a été assurée par la professeure Alba Cappellieri, directrice des programmes de joaillerie à Politecnico di Milano et directrice scientifique de l’Award, ainsi que par Gaetano Cavalieri, président de la CIBJO. Deux lauréats ont été désignés à l’issue du processus de sélection, l’un dans la catégorie startup, l’autre dans la catégorie étudiante. Les modalités d’accompagnement diffèrent selon la catégorie : le lauréat étudiant bénéficiera d’un stage de six mois au sein de Pomellato, maison de joaillerie appartenant au groupe Kering, tandis que le lauréat startup recevra un accompagnement personnalisé par les experts du Politecnico di Milano. Gaetano Cavalieri a souligné la sévérité du processus de sélection lors de cette deuxième édition, notant que la qualité et la densité des candidatures ont témoigné d’une compréhension fine des transformations structurelles à l’œuvre dans le secteur joailler.
La joaillerie durable, nouveau terrain d’influence industrielle pour Kering
Au-delà de la distinction symbolique, le Kering Generation Award X Jewelry s’inscrit dans une logique d’influence sectorielle et de captation de talents à l’échelle internationale. En associant des startups innovantes à des étudiants issus de grandes universités mondiales, le groupe crée un écosystème d’innovation qu’il contribue à orienter selon ses propres critères de durabilité et de création de valeur. Marie-Claire Daveu, directrice du Développement durable et des affaires institutionnelles de Kering, a exprimé sans ambiguïté cette ambition stratégique, affirmant que faire émerger des innovations situées à l’intersection de l’artisanat d’art, de la technologie et de la responsabilité environnementale constitue désormais une évidence pour le groupe, et non plus une option.
Cette posture est cohérente avec la trajectoire réglementaire européenne, notamment les travaux en cours autour du règlement sur l’écoconception pour les produits durables, qui concernera à terme des secteurs comme la mode et la joaillerie. En positionnant ses marques — Boucheron, Pomellato, Dodo, Qeelin — en amont de ces évolutions normatives et en structurant des partenariats académiques et institutionnels solides, Kering consolide une longueur d’avance compétitive sur un segment de marché où les exigences en matière de traçabilité et d’impact social deviendront inévitablement des facteurs de différenciation commerciale.
Pour Alba Cappellieri, la progression constante de la qualité des candidatures d’une édition à l’autre confirme que la collaboration entre monde universitaire et industrie constitue un levier stratégique déterminant pour l’avenir du secteur. Ce constat dépasse le cadre du seul groupe Kering : il pointe vers une recomposition plus large des modes de coopération entre grandes entreprises européennes du luxe et institutions académiques, dans une course à l’innovation responsable qui redéfinit les contours de la compétitivité industrielle sur le marché mondial de la joaillerie haut de gamme.
