Deux acteurs majeurs de la base industrielle de défense européenne annoncent un partenariat stratégique d’envergure. HENSOLDT, spécialiste allemand des capteurs et de l’électronique de défense, et Helsing, entreprise technologique centrée sur l’intelligence artificielle appliquée aux systèmes militaires, unissent leurs forces autour d’un programme emblématique : l’avion de combat autonome CA-1 Europa.
Au-delà d’un simple accord industriel, cette coopération s’inscrit dans une logique de souveraineté technologique européenne assumée, dans un contexte de recomposition géopolitique accélérée.
Un drone de combat européen dopé à l’IA
Le premier chantier commun concerne le CA-1 Europa, un avion de combat autonome développé par Helsing. L’appareil sera équipé de technologies de capteurs avancées fournies par HENSOLDT, couvrant plusieurs domaines critiques :
- radar
- optronique
- autoprotection
- guerre électromagnétique
Au cœur du dispositif, la suite logicielle MDOcore (Multi-Domain Operations Core) de HENSOLDT assurera la fusion et la coordination de données issues de multiples environnements (air, terre, mer, espace, cyber).
Cette architecture sera combinée à Centaur, l’agent d’intelligence artificielle développé par Helsing, capable de piloter le drone de manière autonome au sein d’un réseau, de traiter de grandes quantités de données en temps réel et d’adapter la mission sans intervention humaine constante.
L’objectif affiché : permettre au système de collecter, analyser et exploiter l’information en quelques secondes, dans des environnements saturés et contestés.
Souveraineté technologique et chaînes d’approvisionnement nationales
Le partenariat met fortement en avant la notion de souveraineté industrielle. Les deux groupes insistent sur :
- des technologies développées en Europe
- des chaînes d’approvisionnement nationales
- une architecture technologique allemande et européenne
Dans le contexte des tensions internationales et de la dépendance européenne à certaines technologies critiques, cette orientation répond à une exigence croissante d’autonomie stratégique.
Pour Oliver Dörre, PDG de HENSOLDT, l’avenir des systèmes de défense repose sur « l’interaction intelligente et en réseau des capteurs et de l’intelligence artificielle ».
Gundbert Scherf, cofondateur d’Helsing, va plus loin en évoquant la nécessité d’une « supériorité aérienne souveraine » pour garantir une dissuasion crédible en Europe.
Une coopération qui dépasse le seul combat aérien
Le partenariat entre HENSOLDT et Helsing ne se limite pas au CA-1 Europa. Les deux entreprises collaborent déjà avec le groupe norvégien Kongsberg Gruppen dans le domaine spatial.
Leur objectif : développer d’ici 2029 une constellation européenne souveraine dédiée à la reconnaissance, la surveillance et l’acquisition de cibles (IST), dotée d’une couche de communication entièrement en réseau.
Cette logique multi-domaine confirme une tendance lourde de la défense contemporaine : l’intégration des capacités spatiales, aériennes, terrestres et numériques dans un même écosystème interconnecté.
Un signal stratégique pour l’Europe de la défense
Ce rapprochement intervient dans un moment où les États européens accélèrent leurs investissements militaires et cherchent à renforcer leur base industrielle et technologique de défense.
HENSOLDT, basé à Taufkirchen près de Munich, a réalisé en 2024 un chiffre d’affaires de 2,24 milliards d’euros et emploie environ 9 000 personnes. L’entreprise est cotée au MDAX à Francfort.
Helsing, plus récente mais en forte croissance, s’est imposée comme l’un des acteurs européens les plus ambitieux dans le domaine de l’IA appliquée aux systèmes de défense.
Les premières démonstrations conjointes sont prévues dans les prochains mois, avec une coordination étroite des clients institutionnels et des partenaires industriels afin d’aboutir progressivement à des systèmes opérationnels.
Dans un paysage stratégique marqué par la guerre en Ukraine, la montée des tensions en Indo-Pacifique et la reconfiguration des alliances, l’alliance entre HENSOLDT et Helsing illustre la montée en puissance d’une défense européenne plus intégrée, numérique et souveraine.
