Données de santé : l’État prépare la sortie de Microsoft

Table des matières

Après plusieurs années de controverse, l’État français engage un tournant décisif sur l’hébergement des données de santé. Le gouvernement a annoncé le lancement imminent d’une procédure visant à retirer à Microsoft l’hébergement du Health Data Hub, vaste entrepôt public de données médicales destiné à la recherche. Une décision hautement symbolique, qui s’inscrit dans une volonté plus large de reconquête de la souveraineté numérique.

Une remise en cause d’un choix stratégique ancien

Créée en 2019, la plateforme de données de santé — connue sous le nom de Health Data Hub — a vocation à centraliser à terme l’ensemble des données de l’Assurance maladie. Un gisement colossal d’informations, appelé à devenir un outil clé pour la recherche médicale, l’innovation thérapeutique et le développement de solutions d’intelligence artificielle en santé.

Dès son lancement, le choix d’un hébergement sur le cloud de Microsoft avait suscité de vives critiques. Acteurs du numérique français, défenseurs des libertés publiques et autorités de régulation avaient alerté sur les risques juridiques et politiques liés à la dépendance à un fournisseur américain, soumis aux lois extraterritoriales des États-Unis.

Le cloud souverain comme nouveau standard

Le gouvernement entend désormais sélectionner un nouvel hébergeur parmi les opérateurs disposant du label SecNumCloud, délivré par l’ANSSI. Cette certification impose des garanties strictes en matière de protection contre toute ingérence extra-européenne et exclut de facto les géants américains du cloud.

Parmi les acteurs éligibles figurent notamment OVHcloud, Cloud Temple, ou encore S3ns, structure portée par Thales, bien que reposant sur des briques technologiques issues de Google. Le nombre limité de candidats souligne toutefois le retard structurel de l’Europe en matière d’infrastructures cloud à grande échelle.

Une accélération politique sous contrainte géopolitique

La décision gouvernementale s’inscrit dans un contexte international de plus en plus tendu. La résurgence d’un protectionnisme assumé aux États-Unis, les déclarations offensives de l’administration Trump sur certains territoires stratégiques et la crainte d’un usage politique des dépendances numériques ont accéléré la prise de conscience au sommet de l’État.

La question n’est plus seulement juridique ou technique : elle devient stratégique. Que se passerait-il si l’accès à des services numériques critiques était restreint ou suspendu dans un contexte de crise diplomatique ? Cette interrogation, longtemps théorique, s’impose désormais comme un enjeu de continuité de l’action publique.

La souveraineté numérique, nouveau critère de l’action publique

Le dossier du Health Data Hub n’est pas isolé. Bercy a récemment annoncé la préparation d’une circulaire faisant de la souveraineté technologique un critère central des achats publics numériques. Dans le même esprit, l’administration prévoit de généraliser d’ici 2027 l’usage d’une solution de visioconférence « 100 % française » pour les services de l’État.

Cette inflexion marque un changement de doctrine : la performance et le coût ne suffisent plus à guider les choix technologiques. La maîtrise des données, la localisation des infrastructures et l’indépendance vis-à-vis des puissances extra-européennes deviennent des paramètres politiques à part entière.

Un signal fort envoyé à l’écosystème numérique français

Le transfert annoncé du Health Data Hub, attendu d’ici fin 2026, constitue un signal stratégique pour l’écosystème numérique national. Il confirme que la souveraineté numérique n’est plus un simple slogan, mais un axe structurant de la politique industrielle et technologique de l’État.

Reste un défi majeur : transformer cette volonté politique en capacités industrielles durables. Sans investissements massifs, coordination européenne et vision de long terme, le risque demeure de remplacer une dépendance par une autre. Mais pour la première fois depuis plusieurs années, la trajectoire semble clairement assumée.

Et si vous receviez notre newsletter mensuelle ?

    Plus d'articles