Alstom teste l’IA pour protéger la faune sauvage sur les voies ferrées

Detection of fox on the railway track using the AI detection system. Copyright: Flox Intelligence 2026

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En collaboration avec la start-up suédoise Flox Intelligence, Alstom a conduit des essais grandeur nature d’un système d’intelligence artificielle capable de détecter et d’éloigner les animaux sauvages des voies ferrées en Suède. Annoncée le 11 mai 2026, cette initiative illustre comment l’IA embarquée peut simultanément réduire les coûts opérationnels, améliorer la ponctualité et contribuer à la préservation de la biodiversité — un enjeu croissant pour les exploitants ferroviaires européens.

5 000 collisions par an : un problème industriel et écologique majeur

En Suède, environ 5 000 collisions entre trains et animaux sauvages sont recensées chaque année. Ces incidents constituent l’une des premières causes de perturbations sur le réseau ferroviaire suédois. Au-delà de la souffrance animale, leurs conséquences économiques sont considérables : retards en cascade, immobilisation des rames pour inspection et réparation, interventions d’urgence sur voie, sans compter l’impact psychologique sur les conducteurs de trains, directement témoins des collisions. Le problème est loin d’être spécifique à la Suède : partout en Europe, les réseaux ferroviaires traversant des zones boisées ou agricoles sont confrontés à la présence d’élans, chevreuils, sangliers, renards ou rapaces à proximité des voies. Les clôtures existantes, solution standard depuis des décennies, présentent des limites importantes en termes de coût d’entretien, d’efficacité variable selon les espèces et d’imperméabilité imparfaite sur de longues distances. C’est dans ce contexte qu’Alstom et Flox Intelligence ont engagé leurs essais.

Un système IA de détection et dissuasion sonore testé en conditions réelles

Le dispositif développé par Flox Intelligence repose sur des caméras embarquées alimentées par l’intelligence artificielle, montées sur les trains, qui analysent en temps réel l’environnement immédiat des voies. Lorsqu’un animal est identifié, le système déclenche automatiquement des signaux sonores adaptés à l’espèce détectée — conçus pour provoquer la fuite sans habituation progressive, grâce aux apports de la bioacoustique et des sciences du comportement animal. Les essais se sont déroulés en deux phases. Une première phase de détection a permis d’identifier plusieurs espèces — élans, chevreuils, renards, sangliers, mais aussi des oiseaux et des animaux de ferme — sur des tronçons à forte sinistralité. Une seconde phase, lancée en avril 2026, a testé le système complet intégrant détection vidéo et dissuasion sonore simultanées. Les tests ont été menés sur plusieurs lignes régionales suédoises — la Dalabanan, la Bergslagsbanan, le Godsstråket et le réseau du Bergslagenpendeln — en partenariat avec l’autorité ferroviaire régionale Tåg i Bergslagen et son opérateur VR. L’IA s’améliore en continu : chaque détection est classifiée par espèce, ce qui alimente l’entraînement du modèle. Les résultats ont été particulièrement probants pour les oiseaux et les animaux de ferme ; la détection des cervidés, plus exigeante, a nécessité davantage d’itérations pour atteindre un niveau de précision satisfaisant.

Des données inédites sur la faune le long des infrastructures ferroviaires

L’un des apports inattendus du projet dépasse la seule problématique de sécurité ferroviaire. Le système a révélé la présence d’espèces — notamment des oiseaux et de petits mammifères — qui n’apparaissaient pas dans les statistiques ferroviaires existantes, faute d’outils de recensement adaptés. Cette capacité de collecte de données naturalistes en temps réel, sur des linéaires ferroviaires de plusieurs centaines de kilomètres, constitue une source d’information potentiellement précieuse pour les gestionnaires d’infrastructures, les autorités environnementales et les organismes de conservation de la nature. Elle soulève aussi des questions d’usage des données collectées : à qui appartiennent-elles, comment sont-elles stockées, et dans quelle mesure peuvent-elles alimenter des politiques publiques de gestion de la biodiversité en milieu linéaire ? Le projet, financé avec le soutien de Vinnova — l’agence suédoise pour l’innovation — est présenté comme une contribution aux objectifs européens de transport sûr et durable. Il s’ancre dans la Station d’Innovation d’Alstom à Stockholm, ouverte en 2023 comme hub de collaboration avec les start-ups et opérateurs nordiques.

L’IA ferroviaire, levier de compétitivité et de durabilité pour Alstom

Pour Alstom, ce projet s’inscrit dans une stratégie d’innovation technologique plus large, qui voit le groupe multiplier les applications de l’intelligence artificielle et des logiciels embarqués dans ses systèmes ferroviaires. Le déploiement récent du poste d’aiguillage informatisé ARGOS à Montbard, développé avec SNCF Réseau, illustre cette même montée en puissance vers une signalisation ferroviaire de troisième génération pilotée par des architectures logicielles avancées. Le projet Flox Intelligence s’inscrit dans la même logique, mais en l’appliquant à l’interface entre infrastructure ferroviaire et environnement naturel — un terrain encore peu défriché industriellement. Du point de vue de la rentabilité opérationnelle, l’enjeu est concret : réduire le nombre de collisions, c’est réduire les coûts de maintenance non programmée, améliorer la régularité des circulations et diminuer les aléas pesant sur les contrats de service. Dans un contexte où la rentabilité d’Alstom reste sous pression malgré un carnet de commandes record dépassant 100 milliards d’euros, la capacité à proposer des solutions à haute valeur ajoutée différenciant son offre de service — au-delà du seul matériel roulant — constitue un levier stratégique croissant.

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