Paris, 21 octobre 2025 — En officialisant son soutien à la Fondation Matrix.org, la Direction interministérielle du numérique (DINUM) confirme la volonté de la France de bâtir une infrastructure numérique ouverte, souveraine et durable. Ce partenariat, annoncé lors de la conférence Matrix à Strasbourg, marque une première mondiale : jamais un État n’avait apporté un soutien de ce niveau à l’organisation à l’origine du protocole libre Matrix, fondement de la messagerie sécurisée Tchap.
Un partenariat stratégique pour l’autonomie numérique
Le protocole Matrix constitue aujourd’hui un pilier des communications sécurisées au sein de l’État français. Adopté dès la création de Tchap, la messagerie instantanée officielle des agents publics, il garantit la confidentialité des échanges tout en reposant sur un socle open source et interopérable.
La circulaire du 25 juillet 2025 avait déjà confirmé le déploiement généralisé de Tchap dans l’administration. En franchissant cette nouvelle étape, la DINUM assume pleinement une vision stratégique : celle d’une Europe numérique indépendante, libérée des dépendances technologiques vis-à-vis des solutions propriétaires américaines ou asiatiques.
Grâce à ce partenariat, la France participera désormais à la gouvernance du protocole Matrix, aux côtés d’autres pays européens (Suède, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Allemagne) et de multiples acteurs open source. L’objectif est clair : garantir la pérennité du standard, améliorer sa robustesse et maintenir une transparence totale dans son évolution technique.
Investir dans les communs numériques
Le soutien français à la Fondation Matrix.org s’inscrit dans une démarche plus large d’investissement dans les communs numériques. En finançant et en contribuant activement à des projets ouverts, l’État affirme sa conviction que la souveraineté numérique passe par le partage et la coopération.
Les contributions techniques de la DINUM ne sont pas symboliques : ses équipes participent déjà activement au développement de briques essentielles de l’écosystème Matrix. Parmi les projets notables, figurent l’amélioration de l’algorithme Sliding Sync, qui optimise les performances et la fluidité des échanges sur Tchap, ainsi que le développement d’une “border gateway” communautaire, visant à renforcer la sécurité des communications entre organisations distinctes.
Ces avancées seront présentées lors de grands rendez-vous européens de l’open source, comme Open Source Experience (décembre 2025) à Paris ou le FOSDEM (février 2026) à Bruxelles.
Une vision européenne de la résilience numérique
Pour Stéphanie Schaer, directrice interministérielle du numérique, ce partenariat illustre une inflexion majeure : « Avec ce partenariat, nous faisons le choix d’un investissement de long terme dans un commun numérique stratégique, au bénéfice de l’écosystème européen. Matrix est une brique essentielle pour bâtir des services de communication sécurisés et souverains. »
Du côté de la Fondation Matrix.org, la co-fondatrice Amandine Le Pape salue un engagement inédit : « Il est fantastique de voir un État s’engager à soutenir concrètement et à collaborer avec un projet open source aussi essentiel à son fonctionnement. La résilience et la souveraineté sont essentielles pour les pays européens, et les biens communs numériques, tels que Matrix, constituent la réponse adéquate à cet égard. »
Ce geste pourrait inspirer d’autres États membres à suivre la même voie, afin de mutualiser les efforts et de bâtir un écosystème de confiance européen dans le domaine des communications sécurisées.
Vers une Europe des logiciels libres
En soutenant la Fondation Matrix.org, la France se positionne à l’avant-garde d’un mouvement européen en faveur des biens communs numériques. Cette approche, longtemps théorique, prend ici une dimension concrète : les technologies critiques du secteur public — messageries, cloud, identités numériques — peuvent désormais reposer sur des bases libres, auditables et communautaires.
Dans un contexte où les dépendances technologiques deviennent des vulnérabilités stratégiques, cette décision traduit un tournant souverain. Elle conforte la place de la France comme moteur d’une Europe numérique ouverte, capable de maîtriser ses standards et ses infrastructures essentielles.
À travers ce partenariat avec Matrix.org, la DINUM envoie un signal fort : la souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se code et se finance.


