Le groupe Kering s’apprêterait à céder sa division beauté à L’Oréal, marquant un tournant majeur dans la stratégie du conglomérat de luxe détenu par la famille Pinault. L’opération, estimée à près de 4 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros), permettrait à L’Oréal de renforcer son portefeuille de marques haut de gamme tout en offrant à Kering un moyen rapide de réduire sa dette et de recentrer son activité sur la mode et la maroquinerie.
Un repositionnement dicté par la conjoncture
Lancée en 2023, la division beauté de Kering avait pour ambition de créer un pôle autonome face aux géants du secteur. Le rachat de la maison de parfums Creed, pour 3,5 milliards d’euros, avait alors marqué un premier pas fort dans cette direction. Moins de deux ans plus tard, la donne semble avoir changé.
Sous la direction de Luca De Meo, nommé à la tête du groupe en septembre, Kering cherche à restaurer la confiance des investisseurs après plusieurs trimestres marqués par une contraction des ventes, notamment chez Gucci, sa marque phare. Le groupe, confronté à une demande atone en Chine et à une concurrence accrue sur le segment premium, mise désormais sur un désendettement rapide pour regagner en agilité financière. Fin juin, sa dette nette atteignait 9,5 milliards d’euros.
L’Oréal, consolidateur naturel du secteur
Pour L’Oréal, cette acquisition viendrait étendre son influence sur le segment ultra-luxe, un marché qu’il domine déjà avec Yves Saint Laurent Beauté, Lancôme ou Helena Rubinstein. L’intégration des droits de développement des lignes de beauté liées à Bottega Veneta, Balenciaga et Alexander McQueen renforcerait encore sa position face à ses rivaux, notamment Estée Lauder et Coty.
Le rachat de Creed, marque emblématique de la parfumerie de niche, représenterait par ailleurs un atout stratégique pour accélérer la montée en gamme du groupe de cosmétiques, tout en renforçant son ancrage dans le patrimoine français du luxe.
Une recomposition en cours du luxe européen
Cette possible transaction s’inscrit dans un contexte de forte recomposition du secteur, où les alliances et cessions s’enchaînent. L’Oréal aurait récemment été approché pour prendre une participation dans la maison italienne Armani, tandis que LVMH multiplie les investissements ciblés pour consolider son leadership mondial.
Pour Kering, la vente de sa division beauté symboliserait un retour à son ADN initial, celui d’un acteur concentré sur la mode, le cuir et la joaillerie, à l’image de Saint Laurent, Bottega Veneta et Balenciaga. Mais elle pourrait aussi marquer la fin prématurée d’une diversification ambitieuse, initiée à contretemps dans un cycle baissier du luxe mondial.
Un accord officiel pourrait être annoncé dans les prochains jours. Quelle qu’en soit l’issue, cette opération témoigne d’une réorganisation profonde du capitalisme du luxe français, entre stratégie financière et préservation d’un savoir-faire national devenu enjeu de souveraineté économique

