Alors que le gouvernement multiplie les signaux contradictoires en matière de rénovation énergétique et de soutien aux petites entreprises, la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (CAPEB) dresse un constat alarmant. L’activité du secteur poursuit sa chute, l’emploi s’effondre et les TPE, qui représentent 96 % des entreprises, dénoncent une mise à l’écart préoccupante.
Une activité en recul durable
Au deuxième trimestre 2025, l’artisanat du bâtiment enregistre un repli de 4,5 % par rapport à la même période l’an dernier. La tendance baissière se confirme, touchant aussi bien la construction neuve (–9 %) que l’entretien-rénovation (–1,5 %), y compris les travaux d’efficacité énergétique. Les carnets de commandes fondent : 68 jours en moyenne fin juin, contre 72 un an plus tôt.
La dégradation s’accompagne d’une forte contraction de l’emploi : 28 305 postes supprimés en un an, soit une baisse de 3,4 % au premier trimestre. Les intentions de licenciements dépassent désormais les embauches, un signal inédit dans un secteur historiquement créateur d’emplois et d’apprentissage.
Des décisions politiques jugées déstabilisantes
La CAPEB dénonce l’instabilité réglementaire qui freine la confiance des ménages et des entreprises. La suspension du dispositif Parcours accompagné MaPrimeRénov’ en juin, puis la fin des aides pour l’isolation des murs en septembre, ont porté un coup sévère à la demande. Seules l’isolation des combles et des sols restent subventionnées, alors même que 2,6 milliards d’euros ont déjà bénéficié à seulement 90 000 ménages, loin des objectifs fixés.
Autre sujet d’inquiétude : la modification du coefficient de conversion de l’électricité dans le DPE à compter de 2026. En améliorant artificiellement la note énergétique de 850 000 logements chauffés à l’électricité, la mesure pourrait réduire la demande de rénovations performantes et décourager les artisans.
Les TPE réclament reconnaissance et visibilité
La CAPEB insiste sur la nécessité de mieux intégrer les TPE dans la gouvernance sociale du secteur. La récente redéfinition des périmètres de représentativité patronale, jugée défavorable aux petites structures, accentue leur marginalisation face aux grands groupes. Malgré des accords signés avec les syndicats de salariés, leur extension se fait attendre, alimentant un sentiment d’injustice et d’incompréhension sur le terrain.
Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB, rappelle que la Confédération n’a jamais appelé à manifester, mais avertit que la colère des artisans devient difficile à contenir. Dans un secteur où la moitié des emplois dépend des très petites entreprises, l’enjeu est existentiel : « reconnaître ou nier le droit de l’artisan à exister selon ses propres règles ».
Vers un sursaut ?
Si certaines avancées ont été obtenues cet été – simplification de la qualification RGE, facilitation du recours aux groupements momentanés d’entreprises, reconnaissance d’un parcours de rénovation par gestes –, leur concrétisation se fait attendre. La CAPEB appelle donc à un plan de relance clair, ciblé et stable pour restaurer la confiance des ménages comme des artisans.
À l’approche du vote de confiance prévu le 8 septembre, la Confédération réaffirme sa mobilisation et entend faire entendre la voix des artisans lors des prochains rendez-vous de la profession, des Renodays aux WorldSkills.
