Le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a présenté, jeudi 22 octobre en Conseil des ministres, le projet de loi autorisant l’approbation de la convention entre la France et Interpol sur l’extension du siège lyonnais de l’organisation. Une enveloppe publique de 61,2 millions d’euros, pour une ouverture des nouveaux locaux en 2031. Explications.
Jeudi 22 octobre, le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a présenté en Conseil des ministres un projet de loi autorisant l’approbation de la convention de partenariat entre le gouvernement français et l’Organisation internationale de police criminelle (OIPC-Interpol) relative au « Programme Immobilier Global du siège d’INTERPOL à Lyon ». Le texte a été signé à Marrakech le 27 novembre 2025 et à Lyon le 15 décembre 2025, précise le compte rendu publié par l’Élysée.
L’enjeu est rappelé sans détour : Interpol est installé à la Cité internationale de Lyon depuis 1989 et, « à la suite d’une croissance continue des effectifs et des activités », le siège existant « nécessite une opération immobilière d’envergure », apprend-on dans le compte rendu.
61,2 millions d’euros, dont 43,2 millions à la charge de l’État
La convention fixe le cadre juridique, opérationnel et financier du chantier. Le partage est net : la rénovation du bâtiment actuel est financée par Interpol, tandis que l’extension et la restructuration sont financées par la France « à hauteur de 61,2 millions d’euros, dont 43,2 millions d’euros de l’Etat », précise le texte.
Le reste de l’effort public est réparti à parts égales entre la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la Métropole de Lyon, avec 9 millions d’euros chacune, selon LyonMag. La Ville de Lyon apporte pour sa part un terrain évalué à 15,84 millions d’euros, cédé pour un euro symbolique. Interpol investira de son côté 30 millions d’euros dans la modernisation de ses installations actuelles. L’État doit par ailleurs verser une avance de 4,3 millions d’euros à l’organisation, indiquait Bref Eco en février.
Le gouvernement assume l’objectif politique. La convention permettra de « pérenniser l’implantation du siège d’INTERPOL à Lyon », et « elle renforce l’attractivité du territoire national pour l’installation d’organisations internationales », souligne le compte rendu.
Un bâtiment pensé pour 350 agents, près de 1 000 aujourd’hui
Le siège du quai Charles-de-Gaulle a été conçu pour 350 agents. Il en abrite désormais près de 1 000, d’après Bref Eco. L’organisation loue des bureaux en complément, pour un coût annuel de 2 millions d’euros, relevait Lyon Capitale en décembre 2025.
Le nouvel édifice sera construit sur une parcelle mitoyenne de 6 500 m², à deux pas du parc de la Tête d’Or. Le projet global portera la capacité d’accueil à 1 500 personnes sur un ensemble de 20 000 m², détaille la Tribune de Lyon.
L’organisation, qui compte 196 pays membres, pèse aussi dans l’économie locale. En 2024, ses dépenses annuelles étaient estimées à 162 millions d’euros, dont près des trois quarts réalisés en France et 90 % de cette part injectés dans l’économie lyonnaise, toujours selon Bref Eco.
Singapour et le Moyen-Orient en embuscade depuis 2015
L’accord met fin à une décennie d’incertitude. Depuis 2015, faute de place et d’investissements suffisants de la France, Interpol agitait la menace d’un déménagement au Moyen-Orient ou à Singapour, où l’organisation dispose déjà de son complexe mondial pour l’innovation, rappelle la Tribune de Lyon. Un accord de principe entre l’État et les collectivités n’avait été trouvé qu’en 2023.
Le terrain a cristallisé les tensions. La parcelle avait fait l’objet d’un long bras de fer entre le maire de Lyon, Grégory Doucet, et le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin, selon Mes Infos.
La cérémonie lyonnaise du 5 février 2026
Le calendrier officiel a lui-même connu des à-coups. Une première cérémonie de signature prévue en décembre 2025 avait été reportée par la préfecture du Rhône, signalait Lyon Capitale. La convention a finalement été célébrée à Lyon le jeudi 5 février 2026, en présence de l’exécutif d’Interpol, de l’État et des collectivités.
Le secrétaire général d’Interpol, Valdecy Urquiza, y avait salué l’événement : « Nous ouvrons une nouvelle ère pour Interpol. Cette cérémonie dépasse le cadre d’une simple formalité », rapporte LyonMag. « Au-delà des montants, cet effort traduit une volonté et une ambition : celle de donner à Interpol, à ses forces vives, les moyens d’agir efficacement », avait estimé Fabienne Buccio, préfète de la région Auvergne-Rhône-Alpes et du Rhône, citée par Bref Eco.
Du côté des collectivités, le ton était à la satisfaction. « La présence d’Interpol sur notre territoire est une responsabilité et une chance », avait déclaré Grégory Doucet, selon la Tribune de Lyon. Quant à Bruno Bernard, président de la Métropole de Lyon, il affirmait qu’« accueillir sur notre territoire depuis plus de 30 ans une organisation internationale est un véritable outil de rayonnement pour notre métropole », d’après LyonMag.
Du Parlement au permis de construire
La présentation en Conseil des ministres ouvre la phase parlementaire : députés et sénateurs devront autoriser l’approbation de la convention. Le sujet prolonge un engagement français plus large en matière de coopération policière, que Paris a aussi porté lorsque la France a impulsé au G7 une coordination renforcée contre la criminalité organisée et le terrorisme.
Sur le terrain, le permis de construire devait être déposé à l’automne 2026, selon la Tribune de Lyon. L’ouverture des nouveaux locaux reste fixée à 2031. Soit quarante-deux ans après l’arrivée d’Interpol sur les bords du Rhône.
