Emmanuel Macron a entamé lundi 19 octobre une tournée de trois jours au Koweït, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Qatar. Objectif affiché par l’Élysée : obtenir des volumes supplémentaires de diesel et de pétrole, alors que le détroit d’Ormuz reste bloqué. Explications.
Le président de la République, Emmanuel Macron, a atterri au Koweït lundi 19 octobre au matin, première étape d’un déplacement qui doit le conduire aux Émirats arabes unis le soir même, à Bahreïn et au Qatar mardi 20 octobre, puis de nouveau au Qatar mercredi 21 octobre, selon l’agenda publié par l’Élysée. La veille au soir, dans une allocution télévisée, le chef de l’État avait lui-même fixé le cap : « Je poursuivrai ces actions dès demain matin, en allant dans les pays du Golfe pour sécuriser nos approvisionnements. »
Une allocution du 18 octobre sous la pression des prix à la pompe
Le calendrier ne doit rien au hasard. Prononcée dimanche 18 octobre à 20 heures, au lendemain de violences dans plusieurs villes de métropole et d’outre-mer, l’adresse aux Français relie directement la colère sociale au prix des carburants, « qui trouvent leur source dans le conflit lancé dans le golfe Persique, auquel la France n’a pas pris part et dont nous subissons les conséquences », déclare Emmanuel Macron.
Le chef de l’État y affirme avoir « pris plusieurs initiatives au niveau international pour garantir notre carburant, notre gaz et agir sur les marchés de l’énergie ». Il précise également que le gouvernement a pris « des décisions en lien avec les distributeurs de carburant pour que ces efforts se répercutent concrètement sur les prix ». Le tout, a-t-il rappelé, « à six mois de notre élection présidentielle ».
600 000 barils de diesel par jour, dont près de la moitié importée
L’enjeu est d’abord arithmétique. Selon l’Élysée, cité par l’AFP et repris par Connaissance des Énergies, la France consomme environ 600 000 barils de diesel par jour et en importe près de la moitié. La présidence vise « un certain nombre d’engagements » sur des volumes de « diesel et pétrole ».
Annoncée le 14 octobre, la tournée devait, selon un conseiller de l’Élysée cité par l’AFP, permettre d’obtenir des « volumes supplémentaires et plus d’approvisionnements pour les Français », avec un effet indirect sur les prix, rapporte Connaissance des Énergies. Des dirigeants de TotalEnergies et d’Engie font partie de la délégation. L’Arabie saoudite ne figure pas au programme : la présidence invoque des « contacts permanents » avec Riyad, le prince héritier Mohammed ben Salmane ayant été reçu à Paris en août.
Ce déplacement prolonge les mesures d’urgence déjà engagées. L’accord du G7 du 2 octobre, conclu sous présidence française, prévoit la libération coordonnée de jusqu’à 100 millions de barils de brut et de produits raffinés sur quatre mois, un dispositif détaillé dans notre article sur les 100 millions de barils libérés par le G7 sous la pression américaine sur le diesel. Le 7 octobre, Bercy a par ailleurs annoncé la mise sur le marché de 10 millions de barils de diesel, « avec une baisse estimée de 12 à 18 centimes par litre », précise l’AFP.
Ormuz bloqué, Bab el-Mandeb sous tension
Reste l’obstacle physique. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitait environ 20 % du pétrole mondial avant la guerre en Iran, est bloqué depuis le début de la crise entre Washington et Téhéran, en février. Les attaques des Houthis et les tensions autour de Bab el-Mandeb pèsent en outre sur les routes maritimes entre l’Europe et l’Asie.
Avec le président émirien et l’émir du Qatar, Emmanuel Macron doit ainsi aborder la sécurisation des voies maritimes et des « voies alternatives et de contournement pour les hydrocarbures liquides », selon l’AFP. Paris et Londres ont lancé une mission internationale destinée à aider à la réouverture d’Ormuz, déminage compris. Le chef de l’État a également décidé l’envoi de soldats français pour protéger le port saoudien de Yanbu, grand terminal pétrolier de la mer Rouge.
Les spécialistes restent prudents sur les résultats. « Les pays arabes du Golfe sont très désireux d’approvisionner le monde, le marché français, mais il leur est difficile de prendre des engagements fermes tant que la région ne sera pas stabilisée », estime Francis Perrin, spécialiste de l’énergie, cité par l’AFP.
Abou Dhabi, 10,8 milliards d’euros d’échanges et 900 militaires français
Au Koweït, l’émir cheikh Mechaal al-Ahmad Al-Sabah a reçu le président français. Les entretiens devaient porter sur la défense, les infrastructures et la santé, selon la présidence.
Aux Émirats, deuxième étape, Emmanuel Macron a été accueilli lundi à Abou Dhabi par le président Mohammed ben Zayed Al Nahyane. Il est accompagné de Catherine Vautrin, ministre des Armées et des Anciens combattants, de Jean-Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, de Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, et d’Alice Rufo, ministre déléguée, indique Le Petit Journal.
Le partenaire n’est pas anodin. Les échanges bilatéraux ont atteint 10,8 milliards d’euros en 2025, contre 8,5 milliards en 2024, et les Émirats absorbent plus de la moitié des exportations françaises vers le Golfe. Quelque 700 filiales françaises y emploient près de 30 000 personnes, tandis que plus de 900 militaires français sont stationnés sur trois implantations, précise Le Petit Journal. Un centre de données financé par des capitaux émiriens est par ailleurs en construction en France, dans le cadre d’un accord d’investissement de 50 milliards d’euros, rappelle Connaissance des Énergies.
Doha, visite d’État en clôture
La tournée s’achève au Qatar par une visite d’État, centrée sur les échanges économiques et la défense, selon la présidence. Selon l’Élysée, cité par Le Petit Journal, le déplacement doit soutenir « un retour à la stabilité et la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz ».
À Paris, le chef de l’État a refusé lundi la démission du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Les barils promis, eux, restent à chiffrer d’ici mercredi.
