Terres rares : Lynas rachète Meteoric pour 968 M AUD et vise le gisement brésilien de Caldeira

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Le premier producteur de terres rares hors de Chine veut sécuriser une ressource de premier plan en Amérique du Sud. Lynas Rare Earths a annoncé le 1er octobre 2026 un accord pour acquérir l’australien Meteoric Resources, propriétaire du projet Caldeira, dans l’État brésilien du Minas Gerais. L’opération, entièrement payée en actions, est valorisée à environ 968 millions de dollars australiens, soit près de 672 à 674 millions de dollars américains selon les sources.

Les termes de l’opération

Les actionnaires de Meteoric recevront 0,0207 action Lynas pour chaque titre détenu. Cette parité représente une prime de 68,4 % par rapport au dernier cours de clôture de Meteoric, et de 57,6 % par rapport à la moyenne pondérée des 30 derniers jours, calculée sur la base de la moyenne des 60 derniers jours de Lynas. À l’issue de la transaction, les actionnaires de Meteoric devraient détenir environ 5,9 % du groupe combiné. Tous les administrateurs de Meteoric ont indiqué soutenir le projet de rapprochement, qui prend la forme d’un « scheme of arrangement » de droit australien.

Lynas s’est par ailleurs engagé à fournir à Meteoric un financement relais pouvant atteindre 110 millions de dollars australiens pendant la période d’approbation, dont 35 millions immédiatement disponibles, notamment pour avancer sur les autorisations environnementales et le développement. Le calendrier annoncé prévoit l’envoi de la documentation aux actionnaires en décembre 2026, un vote en janvier 2027 et une finalisation visée en mars 2027. L’opération reste soumise à l’accord des actionnaires de Meteoric, à l’homologation par un tribunal et à des autorisations réglementaires, dont celle du Conseil national brésilien des minerais critiques et stratégiques. L’accord prolonge en outre de 2031 à 2033 l’échéance de développement de Meteoric dans le cadre de son accord dit « Togni ».

Caldeira, une ressource d’argiles ioniques hors de Chine

L’actif visé est présenté par les deux sociétés comme la plus grande ressource d’argiles ioniques de terres rares connue hors de Chine. Les chiffres communiqués font état de 802 000 tonnes d’oxydes de néodyme et de praséodyme et de 41 000 tonnes d’oxydes de dysprosium et de terbium. Ces deux derniers éléments, dits « lourds », sont les plus délicats à approvisionner : ils servent à maintenir la performance des aimants permanents à haute température, notamment dans les moteurs de véhicules électriques et dans de nombreux équipements de défense.

Sur une base pro forma, Lynas indique que sa base de ressources mesurées et indiquées en oxydes de terres rares augmenterait d’environ 79 % et ses réserves minières d’environ 26 %. Le développement de Caldeira nécessiterait plus de 500 millions de dollars d’investissements. Un média spécialisé évoque une production modélisée d’environ 127 tonnes de dysprosium et terbium par an sur 23 ans, un chiffre qui n’a pas pu être recoupé auprès d’une seconde source et reste à considérer avec prudence. Il est à noter que certains médias parlent de « réserves » pour les 41 000 tonnes, alors que le communiqué relayé par la presse financière évoque une « ressource minérale » : la distinction est importante, une ressource n’étant pas encore une réserve économiquement exploitable.

Un signal stratégique pour les chaînes d’approvisionnement

Le président de Lynas, John Humphrey, a déclaré que l’acquisition aiderait le groupe à « maintenir sa position de leader dans la chaîne d’approvisionnement mondiale des terres rares ». Lynas, soutenue par la milliardaire australienne Gina Rinehart, exploite des mines en Australie et des installations de traitement en Malaisie. Selon Tech Times, le groupe est la seule entreprise hors de Chine à séparer commercialement le dysprosium et le terbium à l’échelle industrielle.

Le contexte géopolitique explique l’empressement. Les contrôles à l’exportation instaurés par Pékin en avril 2025 ont, selon le même média, réduit d’environ la moitié les exportations mondiales de dysprosium et de terbium, avec des prix multipliés par quatre ou cinq hors de Chine. Une suspension partielle de ces restrictions est en vigueur mais doit expirer le 10 novembre 2026, une échéance qui nourrit les craintes des industriels occidentaux et que Refrance a déjà évoquée à l’occasion du sommet attendu entre Donald Trump et Xi Jinping.

Ce que cela change pour l’Europe et la France

Pour les industriels européens de l’automobile, de l’aéronautique et de la défense, la diversification des sources de terres rares lourdes reste un point de vulnérabilité majeur. La France et l’Union européenne ont multiplié les initiatives, de la stratégie sur les matières premières critiques aux partenariats avec l’Australie, le Canada ou plusieurs pays africains. Mais la capacité de séparation et de raffinage hors de Chine demeure très limitée, et c’est précisément sur ce maillon que l’avance de Lynas pèse.

Le rachat de Meteoric illustre aussi un mouvement de concentration entre acteurs occidentaux, qui cherchent à constituer des pôles capables de rivaliser avec l’intégration verticale chinoise. Reste que le chemin est long : Caldeira est un projet de développement, non une mine en production, avec plus de 500 millions de dollars à investir, des autorisations environnementales à obtenir et un traitement des argiles qui devra être validé à l’échelle industrielle. L’impact sur l’offre ne se fera pas sentir avant plusieurs années, y compris si l’opération est finalisée en mars 2027 comme prévu.

Les prochains rendez-vous à surveiller sont la publication de la documentation destinée aux actionnaires en décembre, le vote de janvier, la décision des autorités brésiliennes et, bien entendu, l’évolution des contrôles chinois à partir du 10 novembre.

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