Preatoni Group : un groupe coté à Paris, adossé au foncier étranger, resserre son giron familial

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Le groupe Preatoni, spécialisé dans la détention et l’exploitation de complexes touristiques et dans la promotion immobilière résidentielle, a publié le 28 septembre ses résultats du premier semestre 2026. Le communiqué, diffusé à 8 heures, s’accompagne d’un changement de gouvernance : Oscar Crameri prendra la présidence du directoire le 16 octobre, en remplacement de Patrick Werner, tandis que les deux fils du fondateur entrent au directoire. Derrière cette double annonce se dessine une question qui intéresse Refrance : que vaut, pour la souveraineté économique française, une société cotée à Paris dont les actifs fonciers se trouvent surtout à l’étranger et dont le contrôle se resserre autour d’une famille ?

Des résultats en nette amélioration opérationnelle

Le chiffre d’affaires semestriel ressort à 51,5 millions d’euros, en hausse limitée de 1,2 %. La progression se lit surtout dans la rentabilité : l’EBITDA atteint 13,3 millions d’euros (+21,5 %), soit une marge de 25,8 %. Le résultat net part du groupe grimpe à 4,3 millions d’euros, contre 1,7 million un an plus tôt.

La division hôtellerie tire l’ensemble. Son chiffre d’affaires progresse de 12,2 % à 25,4 millions d’euros et son EBITDA bondit de 40,1 % à 4,3 millions. La Tribune de l’Hôtellerie relève notamment le resort Domina Coral Bay de Charm el-Cheikh, dont le taux d’occupation avoisine 85 % avec un revenu par chambre disponible d’environ 105 euros.

La promotion immobilière, elle, recule : 26,1 millions d’euros de chiffre d’affaires (-7,6 %), que le groupe attribue à un effet de mix produits. L’EBITDA de la division reste stable à 8,5 millions d’euros, ce qui montre une bonne tenue des marges dans un marché du neuf pourtant sinistré en France.

Un bilan plus solide

La dette financière nette diminue de 11,4 millions d’euros pour s’établir à 62,2 millions. La trésorerie disponible avoisine 20 millions d’euros, le flux de trésorerie opérationnel atteint 14,8 millions et le flux de trésorerie libre 14,0 millions. Le groupe maintient sa politique de distribution aux actionnaires tout en réduisant son levier. Pour 2026, la direction anticipe une croissance du chiffre d’affaires et une marge d’EBITDA supérieure à 20 %, sauf perturbation géopolitique majeure, une réserve loin d’être anodine pour un groupe dont l’hôtellerie dépend de la Mer Rouge.

Une gouvernance qui se replie sur la famille

Le volet le plus significatif est celui de la gouvernance. Selon La Tribune de l’Hôtellerie, le fondateur Ernesto Preatoni entend renforcer l’implication de la famille dans la stratégie. Eugenio Preatoni, qui pilote l’hôtellerie, et Edoardo Preatoni, qui dirige l’immobilier, rejoignent le directoire, aux côtés d’Oscar Crameri et du directeur financier Patrick Giffaux. Le fondateur affirme accorder sa pleine confiance à Oscar Crameri pour poursuivre la trajectoire stratégique du groupe.

Cette évolution s’inscrit dans le parcours récent de la société. Preatoni Group est domicilié à Paris (16e arrondissement) et a été admis sur Euronext Access+ en février 2025, avec la promesse d’un accès aux marchés de capitaux européens pour financer ses projets. Un an et demi plus tard, la famille fondatrice reprend directement les rênes opérationnelles des deux métiers du groupe.

Un projecteur sur les projets : Vilnius et Charm el-Cheikh

Les projets phares cités par le groupe se situent hors de France : le développement « Borgo » à Vilnius, en Lituanie, et le complexe commercial « Mastaba » à Charm el-Cheikh, en Égypte. L’essentiel de la création de valeur annoncée se joue donc dans les pays baltes et en Méditerranée orientale, non sur le territoire national.

Ce que cela dit du foncier français

L’exemple est instructif à deux titres. D’abord, il illustre une forme d’exportation du savoir-faire foncier et hôtelier depuis Paris, avec des marges solides que le marché domestique du logement neuf ne permet plus. Les chiffres de la Fédération des promoteurs immobiliers, qui qualifiait en septembre le deuxième trimestre 2026 de pire trimestre jamais enregistré, rappellent le contraste : les réservations de logements neufs y ont reculé de 23,6 %.

Ensuite, il pose la question de la localisation de la valeur. Une société dont le siège, la cotation et les instances de décision sont à Paris mais dont les actifs, les clients et les risques sont pour l’essentiel à l’étranger contribue peu au stock de foncier ou de logements disponibles en France. Elle irrigue en revanche la place financière parisienne et conserve un centre de décision national, ce qui n’est pas négligeable face aux rachats de groupes immobiliers par des capitaux étrangers.

Le renforcement du contrôle familial est à double tranchant. Il garantit la continuité stratégique et écarte, à court terme, le risque de prise de contrôle hostile. Il limite aussi la profondeur du flottant et la diversité des regards au sein de l’organe de direction, un point à surveiller pour une société encore jeune sur Euronext Access+, compartiment moins exigeant en matière de transparence que le marché réglementé.

Reste à savoir si le groupe, une fois installé Oscar Crameri, déploiera une part croissante de son capital sur le territoire français. Les résultats annuels de début 2027 donneront une première indication de la répartition géographique de ses investissements.

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