Rexel lève 500 millions d’euros sur le marché pour financer son rachat américain : le capital français au service d’une expansion outre-Atlantique

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Trois jours seulement après avoir annoncé le rachat de l’américain GCG, le distributeur français de matériel électrique Rexel est passé à l’étape du financement. Le 28 septembre en fin de journée, le groupe a lancé une augmentation de capital d’environ 500 millions d’euros, sans droit préférentiel de souscription, destinée à couvrir en partie l’acquisition de ce spécialiste de Chicago valorisé environ 1,4 milliard de dollars. Une opération qui illustre la façon dont des capitaux levés sur la place de Paris financent la croissance d’un champion français, mais aussi le déplacement de son centre de gravité vers les États-Unis.

Une construction accélérée du livre d’ordres

Le mécanisme retenu est une construction accélérée du livre d’ordres (accelerated bookbuilding), un placement privé réservé aux investisseurs qualifiés, réalisé dans le cadre de l’article L.411-2 du Code monétaire et financier. Les actionnaires existants ne bénéficient donc pas d’un droit préférentiel de souscription : ils sont dilués s’ils ne participent pas au placement. À titre d’illustration, Rexel indique qu’un actionnaire détenant 1 % du capital et ne souscrivant pas verrait sa participation ramenée à environ 0,96 % après l’émission, sur la base du cours de clôture du 25 septembre (36,31 euros).

Le calendrier est serré, comme il est d’usage pour ce type d’opération. Le prix d’émission et le nombre de titres nouveaux devaient être annoncés avant l’ouverture des marchés le 29 septembre, avec un règlement-livraison prévu autour du 1er octobre. Rexel s’est par ailleurs engagé à ne pas émettre de nouvelles actions pendant 90 jours calendaires après le règlement, sous réserve d’exceptions usuelles. À l’heure où nous écrivons, le prix définitif n’a pas été confirmé de façon vérifiable dans les sources consultées. Le titre, lui, a cédé 3,33 % lors de la séance du 28 septembre, à 35,10 euros, selon Boursorama.

Le syndicat bancaire est presque entièrement français : BofA Securities, BNP Paribas et Crédit Agricole CIB coordonnent l’opération, avec Jefferies, Natixis et Société Générale comme teneurs de livre associés, Rothschild & Co intervenant comme conseil financier.

Un rachat financé par les fonds propres, la dette et le cash

L’augmentation de capital n’est qu’un des volets du plan de financement. Rexel a précisé que l’acquisition serait financée par un mélange de trésorerie disponible et de dette, cette dernière étant évaluée à environ 800 millions d’euros selon la presse financière. Le groupe vise un ratio dette financière nette sur EBITDAaL d’environ 2,0 fois à partir de 2027.

Ce point n’est pas anodin. Selon les données relayées par la presse spécialisée, l’endettement net de Rexel atteint 4,72 milliards d’euros, soit 2,61 fois son résultat opérationnel, contre 1,55 fois en moyenne pour ses concurrents du secteur. Faire appel au marché actions, plutôt que de tout financer par l’emprunt, revient à préserver la notation et la marge de manœuvre d’un groupe déjà nettement plus endetté que ses pairs, au prix d’une dilution que les actionnaires actuels devront absorber.

Ce que Rexel achète

GCG, détenue par le fonds de capital-investissement Audax, est un distributeur spécialisé dans les câbles, la connectique et les services d’ingénierie pour les infrastructures critiques. La société emploie environ 950 personnes sur 16 sites et réalise plus de 1,1 milliard de dollars de chiffre d’affaires, avec une marge d’EBITA d’environ 11 % en 2026, presque le double de celle de Rexel (autour de 6 %). Plus de 60 % de son activité provient de segments de croissance : centres de données, infrastructures électriques, télécommunications et défense.

Le prix correspond à moins de 8 fois l’EBITDAaL 2026 estimé après synergies, un multiple inférieur à celui auquel Rexel se valorise lui-même (environ 9,5 fois selon les données relayées). Rexel attend une contribution relutive dès la première année et une création de valeur à partir de la troisième année, grâce aux synergies de coûts et aux opportunités commerciales. La finalisation est attendue d’ici la fin de 2026, sous réserve des autorisations réglementaires. Il s’agit de la plus importante acquisition du groupe en dix-huit ans, d’après BFM Bourse.

L’angle souveraineté : un capital levé à Paris, un moteur de croissance à Chicago

Pour Refrance, l’intérêt de cette opération dépasse la mécanique boursière. D’un côté, elle confirme que la place financière parisienne et ses banques d’investissement savent mobiliser en quelques heures un demi-milliard d’euros pour un champion national, sans dépendre d’un actionnaire de référence étranger. C’est un signe de profondeur du marché des capitaux français, à un moment où le débat sur le financement de l’économie et la fuite des pépites reste vif.

De l’autre, la logique industrielle de l’opération pose question. Le relais de croissance choisi par Rexel se trouve aux États-Unis, dans la chaîne de valeur de l’électrification liée à l’intelligence artificielle et aux centres de données. Or ce sont précisément ces marchés que la France et l’Europe cherchent à structurer sur leur propre sol. L’épargne mobilisée à Paris irrigue donc, pour partie, une expansion outre-Atlantique, avec à la clé une part croissante des profits et des décisions d’investissement du groupe située hors de France. Ce mouvement n’est pas une anomalie, il est classique pour un distributeur international, mais il rappelle que la souveraineté économique ne se mesure pas seulement à la nationalité du siège social.

Enfin, le recours à l’augmentation de capital sans droit préférentiel de souscription rappelle une tension classique entre efficacité d’exécution et protection des actionnaires individuels, souvent écartés de ce type de placement réservé aux investisseurs institutionnels. Pour l’épargnant français, l’accès à ce type d’opération reste limité à la détention indirecte, via les fonds.

Ce qu’il faut surveiller

Trois éléments seront décisifs dans les prochaines semaines : le prix d’émission final et la décote consentie, qui déterminent le niveau réel de dilution ; l’obtention des autorisations réglementaires pour une clôture d’ici la fin de l’année ; et la capacité de Rexel à maintenir la croissance à deux chiffres de GCG après son intégration, condition de la relution promise.

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