Ecoslops : l’économie circulaire du pétrole rentable, mais suspendue à la décision de GALP à Sines

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Le spécialiste français de la valorisation des résidus pétroliers de navires a publié le 28 septembre des résultats semestriels en net redressement. Son avenir dépend pourtant d’un contrat portugais qui expire en août 2027.

Ecoslops, cleantech française cotée sur Euronext Growth qui se présente comme celle « qui fait entrer le pétrole dans l’économie circulaire », a publié le 28 septembre 2026 ses résultats semestriels. Le groupe affiche un chiffre d’affaires en hausse de 21 % et un EBITDA de nouveau positif. Derrière ce redressement, le dossier reste dominé par une dépendance industrielle forte : l’essentiel de l’activité repose sur un seul site, à Sines au Portugal, exploité dans le cadre d’une sous-concession accordée par le pétrolier portugais GALP.

Un chiffre d’affaires de 7,3 M€ porté par les prix

Sur les six premiers mois de 2026, Ecoslops a réalisé un chiffre d’affaires de 7,3 M€, contre 6,0 M€ un an plus tôt. La croissance provient d’abord de la vente de produits raffinés, la branche dite P2R, qui atteint 5,5 M€ (+25 %). Les services portuaires, c’est-à-dire la collecte et le traitement des résidus pétroliers des navires, progressent de 10 % pour atteindre 1,8 M€.

L’entreprise explique cette hausse par un effet prix nettement favorable, autour de +35 % sur ses produits, dans un contexte de tensions au Moyen-Orient qui ont fait grimper les cours du pétrole. Les cours ont ainsi reculé de 23 % en janvier et février avant de rebondir de 38 % entre mars et juin, selon le communiqué. Cet effet prix a toutefois été partiellement effacé par un effet volume négatif : les quantités produites ont reculé de 14 %, à 11 264 tonnes, et les volumes vendus de 10 %, à 9 977 tonnes. Le groupe attribue cette baisse à une opération de maintenance menée plus tôt que prévu et indique que le retard de production a été entièrement rattrapé fin août 2026.

Un EBITDA redevenu positif, une perte qui se réduit

Le résultat opérationnel confirme la tendance. L’EBITDA s’établit à 326 k€, contre une perte de 74 k€ au premier semestre 2025. Le résultat net reste négatif, à -578 k€, mais la perte se réduit nettement par rapport aux -991 k€ de la période comparable.

Le bilan appelle en revanche plus de prudence. Le besoin en fonds de roulement a augmenté de 1,4 M€, en partie sous l’effet d’une hausse de 1,2 M€ des créances clients. La trésorerie ressort à 3,8 M€, dont 2,9 M€ réellement disponibles, le reste correspondant à une avance conditionnée. L’endettement net atteint 13,6 M€ au 30 juin 2026, contre 11,9 M€ à fin 2025. Pour une société de cette taille, ces chiffres laissent une marge de manœuvre étroite.

Sines, le cœur du modèle et son point de fragilité

Le site de Sines concentre l’essentiel de la performance : l’EBITDA du Portugal atteint 1,3 M€, alors que le groupe dans son ensemble n’en dégage que 326 k€. Autrement dit, les coûts de structure et de développement situés hors du Portugal absorbent l’essentiel de ce que produit l’unité portugaise.

C’est ce qui donne tout son poids à la décision attendue de GALP. La sous-concession de Sines expire en août 2027, et Ecoslops indique s’attendre à être fixé « au second semestre 2026 » sur le sort du contrat. Le groupe décrit lui-même ce dossier comme critique, car les deux activités, services portuaires et produits raffinés, y sont « intrinsèquement liées ». Trois scénarios sont possibles selon la société : un renouvellement, une remise en concurrence ou une internalisation par GALP. Ce dernier cas priverait Ecoslops de son principal outil industriel.

Scarabox : le pari d’une usine clé en main à l’export

Pour diversifier son modèle, Ecoslops développe Scarabox, une unité de traitement modulaire vendue clé en main, dont un premier projet est prévu en Côte d’Ivoire. Le calendrier reste suspendu aux décisions d’investissement des autorités locales. Le financement de Bpifrance associé au projet a été prolongé jusqu’en janvier 2027, ce qui laisse à l’entreprise quelques mois pour transformer cette piste en commande ferme. Le groupe indique par ailleurs discuter avec d’autres prospects.

Un enjeu de souveraineté industrielle à petite échelle

Le cas d’Ecoslops illustre une tension familière dans la réindustrialisation française. La technologie, la propriété intellectuelle et le centre de décision sont français. En revanche, l’outil de production qui génère la valeur se trouve à l’étranger, dans une infrastructure portuaire dont l’accès dépend d’un grand donneur d’ordre étranger. La France maîtrise ici le savoir-faire, mais pas le terrain d’exploitation.

Cette situation est d’autant plus notable que l’économie circulaire des hydrocarbures relève de la résilience industrielle : valoriser localement des résidus plutôt que de les traiter comme des déchets réduit la dépendance aux importations de produits raffinés. Le levier de croissance annoncé, Scarabox, vise justement à exporter une brique technologique plutôt qu’à multiplier des sites détenus en propre, un modèle plus léger en capital mais qui suppose de convaincre des clients publics étrangers.

À court terme, deux échéances donneront la mesure de la solidité du groupe : la réponse de GALP sur Sines d’ici la fin de l’année, et la concrétisation éventuelle du premier projet Scarabox avant l’échéance de janvier 2027 du soutien de Bpifrance. Entre-temps, l’amélioration des indicateurs financiers reste largement liée à l’évolution des cours du pétrole, un facteur que l’entreprise ne contrôle pas.

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