Rafale F5 : la France engage seule les premiers travaux d’un avion de combat de 6e génération

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La Direction générale de l’armement (DGA) a notifié le 10 septembre plusieurs contrats industriels destinés à préparer le passage du Rafale au standard F5. Deux jours plus tard, le site spécialisé Zone Militaire révélait que le ministère des Armées lançait, en parallèle, de nouvelles études sur un moteur d’avion de combat de 6e génération. Un doublement de front qui confirme, six mois après l’échec des négociations franco-allemandes sur le Système de combat aérien du futur (SCAF), que Paris a choisi d’avancer seul sur son prochain avion de chasse plutôt que d’attendre un hypothétique nouveau format de coopération européenne.

Un standard F5 qualifié en 2033

Les contrats notifiés par la DGA concernent les grands noms de l’industrie aéronautique et de défense française. Dassault Aviation travaillera sur une centrale inertielle à très faible dérive fournie par Safran. Thales développera un système de liaison de données à haut débit, discret et résistant au brouillage, ainsi qu’une nouvelle version du radar RBE2, baptisée RBE2-XG, offrant une puissance et une portée de détection accrues. Thales et MBDA France feront évoluer ensemble la suite d’autoprotection SPECTRA vers une architecture entièrement numérique. Safran Aircraft Engines, de son côté, entame la phase de conception préliminaire du moteur M88 T-REX, dont la poussée doit passer de 7,5 à 9 tonnes, soit une hausse de 20 %.

Selon le ministère des Armées, ce standard F5 doit être qualifié à l’horizon 2033 avant d’entrer en service dans l’armée de l’Air et de l’Espace, puis dans la Marine nationale. Il doit notamment permettre l’intégration du futur missile nucléaire ASN4G pour la composante aéroportée de la dissuasion, une architecture plus ouverte facilitant l’adaptation aux évolutions du contexte opérationnel, ainsi que des capacités renforcées de traitement radar et d’intelligence artificielle. Le ministère qualifie cette évolution de « profonde rénovation à mi-vie » de l’appareil, conçue pour tenir la décennie à venir.

Le plan B post-SCAF prend forme

C’est la seconde annonce, révélée par Zone Militaire le 12 septembre, qui donne à ces contrats d’été une portée plus large. Le ministère des Armées prépare le lancement de nouvelles études sur un moteur de nouvelle génération, cette fois dimensionné pour un avion de combat de 6e génération, avec une poussée envisagée de 11 tonnes. Cette initiative fait explicitement écho à l’échec, en juin dernier, des négociations entre la France, l’Allemagne et l’Espagne sur le SCAF, dont le pilier industriel opposait Dassault Aviation à Airbus sur le partage du leadership technologique.

Le délégué général pour l’armement, Patrick Pailloux, avait anticipé ce scénario en indiquant que si aucun avion de nouvelle génération ne voyait le jour en coopération, les crédits correspondants seraient réorientés vers un successeur national du Rafale. C’est ce basculement qui semble désormais engagé. Le budget identifié pour ces travaux de moteur avancé s’élève à environ un milliard d’euros, financé pour l’essentiel via le programme budgétaire 144 « Environnement et prospective de la politique de défense », auquel s’ajoute un autofinancement de Safran estimé entre 100 et 150 millions d’euros. Un démonstrateur national de 6e génération est envisagé à l’horizon 2035.

Le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier, plaide pour un lancement immédiat de ce programme, afin de ne pas laisser se déliter des compétences industrielles jugées critiques et d’éviter que la France ne se retrouve, à terme, dépendante de technologies américaines pour son aviation de combat.

Un choix de souveraineté aux implications budgétaires

Cette double annonce s’inscrit dans une dynamique plus large de recomposition des partenariats de défense français après l’échec du SCAF, qui a déjà conduit Paris à explorer d’autres axes de coopération, notamment avec la Suède dans le domaine spatial militaire début septembre. Sur le segment aérien, la France fait cependant le choix inverse : plutôt que de chercher un nouveau partenaire européen, elle mobilise son écosystème industriel national, Dassault, Thales, MBDA et Safran, pour préserver la maîtrise complète de la chaîne de conception d’un avion de combat, du radar au moteur en passant par les systèmes de guerre électronique.

Ce choix n’est pas sans risque financier. Il intervient alors que le gouvernement vient de réviser à la baisse ses prévisions de croissance pour 2026 et que le déficit public devrait dépasser 5 % du PIB, dans un contexte où plusieurs ministères ont déjà vu leurs crédits amputés en cours d’année. Développer seul un successeur du Rafale, y compris son moteur, représente un effort industriel et budgétaire que la coopération européenne visait justement à mutualiser. À l’inverse, cette autonomie retrouvée conforte la position de la France comme unique maître d’œuvre d’un avion de combat de dernière génération en Europe occidentale, un atout potentiel pour les futures campagnes d’exportation du Rafale, dont les versions successives ont déjà trouvé preneur en Inde, en Égypte, en Indonésie ou au Moyen-Orient.

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