Agroalimentaire : la réorganisation de Cofigeo autour de William Saurin illustre les tensions d’une filière sous pression

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Le groupe agroalimentaire français Cofigeo, propriétaire de la marque historique William Saurin, a annoncé le 8 septembre la fermeture, à l’horizon mi-2027, de son usine de Saint-Thibault-des-Vignes (Seine-et-Marne), avec la suppression de 142 postes. Dans le même mouvement, l’entreprise renforce son site de Capdenac-Gare, en Aveyron, où 41 emplois seront créés. Cette réorganisation industrielle, révélée par l’AFP et confirmée depuis par plusieurs titres de la presse économique et spécialisée, dépasse le cas d’une seule usine : elle éclaire les difficultés structurelles d’un secteur agroalimentaire français confronté à une concurrence croissante et à une industrie qui, plus largement, ferme davantage d’usines qu’elle n’en ouvre.

Une marque au parcours mouvementé

William Saurin n’est pas une entreprise comme les autres dans le paysage industriel français. Fondée en 1898 à Saint-Mandé autour de la fabrication de plats mijotés en conserve, elle est restée familiale jusqu’en 1979, avant de passer entre les mains de Lesieur, puis de Saint-Louis, puis de Danone en 1994, avant que le fonds PAI Partners n’en prenne le contrôle en 1997. En 2001, c’est la Financière Turenne Lafayette (FTL) qui reprend l’ensemble. Fin 2016, le décès d’un actionnaire de FTL révèle de multiples anomalies comptables, un scandale de fausses factures évalué à près de 300 millions d’euros qui précipite l’entreprise vers le redressement judiciaire. L’État français débloque alors 70 millions d’euros pour maintenir l’activité et préserver l’emploi, avant que la liquidation ne soit prononcée en 2018.

C’est dans ce contexte que Cofigeo, entreprise familiale française dirigée par la famille Foucault et basée à Capdenac, en Aveyron, reprend la marque avec l’appui de la coopérative Arterris. L’opération, validée par Bercy, double la taille du groupe et lui permet de détenir aujourd’hui environ 35 % du marché des plats cuisinés en conserve, aux côtés de marques comme Raynal et Roquelaure, Zapetti, Panzani ou Garbit. Cofigeo emploie aujourd’hui plus de 1 200 personnes sur neuf sites en France, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 300 millions d’euros.

Une usine jugée trop rigide face à un marché qui se fragmente

Selon les explications données par le président de Cofigeo, Mathieu Thomazeau, l’usine de Saint-Thibault-des-Vignes, construite au début des années 1960 en zone urbaine dense et répartie sur plusieurs étages, ne permet plus la flexibilité et la modernisation qu’exige aujourd’hui la production. Le groupe évoque un recul d’activité de 17 % depuis 2022, dans un marché des plats cuisinés de plus en plus concurrencé par les alternatives surgelées, la restauration collective et les produits déshydratés, dans un contexte inflationniste qui pèse sur la compétitivité des conserves.

La production actuellement assurée à Saint-Thibault-des-Vignes, principalement sous les marques William Saurin et Garbit ainsi que des références en marque de distributeur, sera transférée pour l’essentiel vers Capdenac, où 41 emplois seront créés, et pour le reste vers le site de Pouilly-sur-Serre (Aisne), spécialisé dans les produits à base de pomme de terre. La logistique du groupe sera par ailleurs renforcée au site d’Epaux-Bézu, également dans l’Aisne. Cofigeo, qui promet un accompagnement individuel des salariés concernés et une priorité donnée à la mobilité interne, exploitera à l’issue de cette réorganisation six usines et un centre logistique en France. Mathieu Thomazeau présente cette opération comme un « redéploiement » destiné à « rester compétitif, reconquérir nos consommateurs et consolider durablement notre présence industrielle en France ».

Un cas d’école dans une industrie française qui recule

Ce dossier s’inscrit dans une tendance plus large et préoccupante pour la base industrielle française. Selon le baromètre Trendeo, la France a enregistré en 2025 la fermeture de 179 usines pour seulement 116 ouvertures, soit un solde net négatif de 63 sites, contre un solde de -15 fin 2024. Sur le seul premier semestre 2026, 91 fermetures ont été recensées pour 51 ouvertures. L’agroalimentaire figure parmi les secteurs les plus touchés, avec 30 sites perdus nets en 2025, à égalité avec l’automobile, devant la métallurgie (-22) et la chimie (-11). À l’inverse, l’industrie verte, la défense et l’aéronautique-spatial, ainsi que l’électronique, affichent des soldes positifs.

Dans ce paysage, le cas Cofigeo présente une singularité qui mérite d’être soulignée du point de vue de la souveraineté économique : il ne s’agit pas d’un retrait pur et simple du territoire national, ni d’un rachat par un groupe étranger, mais d’un réarbitrage interne opéré par un actionnariat familial français, qui choisit de concentrer ses moyens sur des sites jugés plus compétitifs plutôt que de délocaliser ou de céder la marque. Après avoir été sauvée une première fois par l’intervention de l’État en 2017, la marque William Saurin reste ainsi sous contrôle capitalistique français, un facteur qui n’allait pas de soi compte tenu de la fragilité du dossier lors de sa reprise.

Le calendrier de fermeture, fixé à mi-2027, laisse encore du temps pour les négociations sociales autour du plan de sauvegarde de l’emploi. Les prochaines étapes à surveiller concernent le contenu précis de ce plan, les modalités de reclassement des 142 salariés de Seine-et-Marne, ainsi que la montée en charge effective du site de Capdenac-Gare, qui doit confirmer dans les prochains mois sa capacité à absorber une partie significative de la production transférée.

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