Immobilier de luxe alpin : un promoteur coté à Paris muscle son emprise foncière face aux capitaux étrangers

Méribel - Crédits photo : CM Méribel

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Rising Stone, promoteur français spécialisé dans l’immobilier de luxe en montagne, a annoncé le 7 septembre deux opérations qui portent son portefeuille de projets au-delà de 1,1 milliard d’euros de volume d’affaires prévisionnel. Au-delà du seul effet d’annonce, ce mouvement illustre une dynamique plus large : la consolidation, par des capitaux français cotés à Paris, d’un segment immobilier stratégique où le foncier est rare et où la clientèle, elle, est mondiale.

Val d’Isère et Méribel, deux opérations structurantes

La première opération porte sur un immeuble de prestige situé en hypercentre de Val d’Isère. Rising Stone a signé une lettre d’intention engageante pour son acquisition, pour un volume d’affaires prévisionnel qui dépasse à lui seul les 100 millions d’euros. La signature de l’acte définitif est attendue dans les prochains mois. Une fois finalisée, cette opération portera le portefeuille global du groupe à plus de 1,1 milliard d’euros, contre 1,035 milliard d’euros au 30 juin 2026.

La seconde concerne le programme Lac Bleu, à Méribel (1 600 mètres d’altitude, au pied de la piste de la Hulotte) : Rising Stone y porte sa participation de 34 % à 64 %. Le programme comprend 28 appartements sur 4 050 m², pour un volume d’affaires de 113 millions d’euros, déjà commercialisé à 75 % et dont la livraison est prévue en décembre 2026. « Ces deux opérations traduisent une conviction : concentrer notre capital là où nous créons le plus de valeur », a résumé Jean-Thomas Olano, fondateur et PDG de Rising Stone.

Un modèle construit sur la maîtrise du foncier

Ce qui distingue Rising Stone dans le paysage promoteur français, c’est sa stratégie de détention foncière. Selon son point d’activité semestriel, plus de 85 % du foncier de son portefeuille est détenu en propre, une proportion inhabituelle pour un promoteur, qui travaille le plus souvent en partenariat avec des propriétaires fonciers ou via des montages tiers. Cette maîtrise directe des terrains est précisément ce que finance l’introduction en Bourse du groupe : entrée sur Euronext Growth Paris le 23 février 2026, elle a permis de lever 35,5 millions d’euros (dont 30 millions en augmentation de capital), avec une demande de 67,9 millions d’euros, soit une sursouscription de 2,1 fois portée par plus de 6 000 investisseurs particuliers et 64 investisseurs institutionnels. Sur les 26,7 millions d’euros de produit net de l’opération, 90 % ont été fléchés vers l’acquisition de fonciers premium dans les Alpes.

Un segment stratégique traditionnellement disputé par des capitaux étrangers

L’enjeu dépasse le seul cas d’une société de taille encore modeste (capitalisation boursière d’environ 150 millions d’euros après l’IPO). Le foncier alpin de luxe est une ressource rare par construction : la loi Montagne et les objectifs de zéro artificialisation nette limitent structurellement les nouvelles constructions dans les stations, ce qui rend chaque parcelle disponible en hypercentre d’autant plus stratégique. Or ce marché, alimenté par une clientèle internationale (golfe Persique, Suisse, Royaume-Uni, États-Unis, et de plus en plus l’Asie), attire depuis des années des fonds d’investissement et des family offices étrangers, en concurrence frontale avec des places comme Verbier ou Gstaad, où les prix des chalets suisses ont eux aussi atteint des niveaux records ces derniers mois. Des ventes de chalets à plus de 80 000 euros le mètre carré ont récemment été enregistrées à Courchevel, signe de la tension extrême sur cette offre.

Dans ce contexte, la place de Paris ne comptait jusqu’ici aucun véhicule coté pur jouant spécifiquement sur ce segment. L’entrée en Bourse de Rising Stone, première introduction parisienne de l’année 2026, a permis de mobiliser de l’épargne française, institutionnelle et individuelle, pour financer la constitution d’un patrimoine foncier alpin détenu et développé par un opérateur français, plutôt que de laisser ce rôle aux seuls capitaux étrangers ou aux fonds de private equity internationaux qui dominent traditionnellement ce type d’actifs. Le fondateur, Jean-Thomas Olano, conserve par ailleurs environ 62,7 % des droits de vote via sa holding personnelle, ce qui maintient le centre de décision stratégique en France malgré l’ouverture du capital.

Une trajectoire de croissance à confirmer

Les objectifs présentés lors de l’introduction en Bourse visent un quasi-triplement du chiffre d’affaires, de 48 millions d’euros en 2025 à plus de 155 millions d’euros en 2028, avec un résultat net porté de 9 à plus de 30 millions d’euros sur la même période. La direction a confirmé cette feuille de route à l’occasion de son point d’activité du premier semestre, évoquant une dynamique commerciale restée soutenue et des prix de vente orientés à la hausse sur les programmes en cours (Allodis, La Tarentaise, Lac Bleu), avant deux nouveaux lancements prévus au second semestre à Val d’Isère (Les Terrasses du Planay) et au Portugal (Ferragudo Bay).

La confirmation de la lettre d’intention sur Val d’Isère, attendue dans les prochains mois, ainsi que la publication des résultats semestriels complets le 28 octobre, permettront de vérifier si cette stratégie de concentration foncière tient ses promesses. Pour l’heure, ce dossier illustre, à l’échelle d’un marché de niche mais hautement symbolique, comment le financement par les marchés de capitaux français peut consolider la maîtrise nationale d’un actif stratégique, plutôt que d’en laisser la valeur se disperser vers des investisseurs étrangers.

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