KNDS mise sur la Pologne pour bâtir la souveraineté munitionnaire européenne

Crédits photo : Hensoldt - KNDS

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Le groupe franco-allemand KNDS a présenté, le 8 septembre, à l’occasion du salon MSPO de Kielce, un accord de transfert de technologie destiné à faire de la Pologne l’un des plus gros producteurs européens d’obus d’artillerie. L’annonce intervient alors que le groupe négocie en parallèle une entrée en Bourse, fragilisée par l’ouverture d’une enquête pour corruption à Munich.

Le plus grand salon de défense jamais organisé en Pologne, le MSPO 2026, qui se tient du 8 au 11 septembre à Kielce, a servi de tribune à KNDS pour dévoiler l’ampleur de ses ambitions industrielles dans le pays. Le groupe, né en 2015 de la fusion du français Nexter et de l’allemand Krauss Maffei Wegmann, y a présenté ce qu’il qualifie de solutions au service de « l’indépendance stratégique régionale », dans un pays devenu la vitrine du réarmement européen face à la Russie.

Un transfert de compétences vers l’industrie polonaise

Au cœur de l’annonce figure un projet mené avec le groupe public polonais PGZ (Polska Grupa Zbrojeniowa) et plusieurs de ses filiales, MESKO, Nitro-Chem, Dezamet et Gamrat, pour porter la capacité de production polonaise d’obus de 155 mm jusqu’à 200 000 unités par an, un volume atteint en moins de trois ans selon KNDS. L’obus visé, le LU211, calibre 155 mm/52, est présenté comme un munition déjà éprouvée au combat, notamment en Ukraine.

Le communiqué du groupe insiste sur la nature du projet : il ne s’agit pas d’une simple vente de matériel, mais d’un « large transfert de savoir-faire vers l’industrie polonaise », passant par la formation de personnel, l’installation de nouvelles machines-outils et la fourniture de composants comme les corps d’obus. Les discussions entre KNDS et PGZ durent depuis deux ans, signe que Varsovie négocie pied à pied les conditions d’un transfert technologique complet plutôt qu’une dépendance renouvelée à un fournisseur étranger.

Une vitrine de l’autonomie stratégique

À Kielce, KNDS a également mis en avant plusieurs équipements présentés comme relevant d’une souveraineté proprement européenne : le système anti-drones et de défense sol-air très courte portée TARGAS, équipé d’une tourelle automatique de 30 mm ; la famille de munitions téléopérées Mataris, qualifiée par le groupe de solution « souveraine européenne » ; ou encore le nouveau véhicule blindé à roues CELERIS 8×8, dont le cycle de développement a été ramené à moins de douze mois. L’obus longue portée LU211, doté d’effets terminaux revendiqués deux fois supérieurs à ceux du M107 américain pour une portée de 40 km, complète cette offre pensée pour réduire la dépendance des armées européennes aux équipements extra-européens.

Une gouvernance resserrée entre Paris et Berlin

Cette offensive commerciale en Pologne s’inscrit dans une refonte plus large de KNDS engagée à l’été. Le 22 juin, la France et l’Allemagne ont annoncé un accord sur la stratégie et la gouvernance du groupe, prévoyant une participation à parité entre les deux États, sous réserve de l’approbation du budget par le Bundestag. Paris et Berlin y présentent leur ambition commune de faire de KNDS « une entreprise de défense de rang mondial », capable de répondre à la demande européenne tout en dégageant des synergies industrielles entre les sites français et allemands. Cet accord de parité doit aussi ouvrir la voie à une introduction en Bourse du groupe, envisagée comme une étape supplémentaire pour financer sa montée en cadence.

Une ombre judiciaire à Munich

Cette dynamique industrielle et capitalistique se heurte toutefois à un obstacle inattendu. Le parquet de Munich a ouvert une procédure préliminaire visant un contrat d’armement conclu en 2013 avec le Qatar, d’un montant de 1,89 milliard d’euros, sur fond de soupçons de corruption. L’affaire, révélée fin août par Reuters, en est au stade des vérifications préalables : selon KNDS, le seuil de suspicion nécessaire à une mise en examen n’est pas atteint. Le moment est néanmoins mal choisi pour le groupe, qui espérait relancer ses discussions avec des investisseurs institutionnels dès la fin septembre en vue de son entrée en Bourse. Une enquête pénale, même préliminaire, sur le respect des contrôles à l’exportation n’est jamais un signal favorable au moment de convaincre des marchés financiers.

KNDS illustre ainsi les tensions propres au réarmement européen accéléré : d’un côté, un besoin urgent de produire plus vite et de partager la technologie avec des partenaires comme la Pologne pour bâtir une base industrielle continentale moins dépendante des États-Unis ; de l’autre, l’exigence, pour un groupe binational en voie d’ouverture au marché, de démontrer une gouvernance irréprochable. Pour la France, qui partage désormais à parité le contrôle de ce champion de l’armement terrestre avec l’Allemagne, l’équation est double : soutenir l’expansion à l’export d’un outil industriel commun, tout en veillant à ce que les zones d’ombre héritées de son histoire ne viennent pas fragiliser une opération financière dont dépend, en partie, le financement de sa propre modernisation militaire.

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