25 ans après le 11-Septembre : le Sahel, nouveau centre de gravité d’al-Qaïda, loin devant l’Afghanistan

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À la veille du 25ᵉ anniversaire des attentats du 11 septembre 2001, l’organisme de recherche ACLED (Armed Conflict Location & Event Data) publie une analyse région par région de l’état actuel de la mouvance al-Qaïda. Le constat est net : le centre de gravité du mouvement s’est déplacé loin de l’Afghanistan, théâtre originel des attentats, vers le Sahel et la Corne de l’Afrique — avec des implications directes pour les intérêts économiques et sécuritaires occidentaux, France comprise, dans ces régions.

Le Sahel, principal foyer d’expansion

Selon Héni Nsaibia, analyste senior d’ACLED pour le Sahel, c’est dans cette région que les affiliés d’al-Qaïda ont enregistré la progression la plus marquée. Le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), implanté à l’origine dans le nord et le centre du Mali, a étendu son emprise sur une grande partie du Burkina Faso ainsi que vers le Niger, le Bénin, le Togo et le Nigeria. En février 2026, le groupe a lancé une offensive coordonnée à l’échelle du Sahel central, jusqu’au Bénin.

L’organisation cible désormais des infrastructures critiques et des grandes villes, avec des attaques visant les aéroports de Bamako et de Niamey, tout en se retrouvant en concurrence croissante avec l’État islamique pour le contrôle du terrain. Nsaibia souligne que la force de JNIM tient moins à un commandement centralisé qu’à son ancrage profond dans les conflits locaux — exploitation des griefs communautaires, tissage de relations avec les populations et les groupes armés, extension progressive au-delà des frontières.

Cette dynamique fait écho à des constats publiés par d’autres centres de recherche pour cet anniversaire : le Program on Extremism de George Washington University relève par exemple qu’au Mali, la branche sahélienne d’al-Qaïda est allée jusqu’à bloquer l’approvisionnement en carburant de la capitale et attaquer une prison nationale — signe, selon eux, que les affiliés régionaux traversent leur décennie la plus offensive, alors même que le noyau historique du mouvement reste affaibli.

Somalie : le premier affilié en nombre d’événements violents

En Somalie, Al-Shabaab demeure, de loin, le groupe armé non étatique dominant et l’affilié d’al-Qaïda le plus actif au monde sur le plan militaire. Selon les données ACLED, plus de 2 300 événements de violence politique impliquant Al-Shabaab ont été recensés depuis le début de l’année 2026 — près de la moitié de la violence mondiale attribuée à l’ensemble des affiliés d’al-Qaïda. Le groupe conserve le contrôle de vastes zones rurales du centre et du sud du pays et continue de générer des revenus significatifs via ses réseaux, malgré un certain affaiblissement de ses opérations à Mogadiscio.

Dr Ladd Serwat, analyste senior Afrique d’ACLED, pointe un risque additionnel pour 2027 : le retrait annoncé du soutien financier et logistique américain au bureau d’appui des Nations unies en Somalie d’ici décembre 2026 pourrait fragiliser la capacité opérationnelle de la force de l’Union africaine, ouvrant la voie à une reconquête territoriale par Al-Shabaab.

Yémen : un déclin militaire, mais une reconversion en nœud régional

Al-Qaeda in the Arabian Peninsula (AQAP), longtemps l’une des branches les plus dangereuses du mouvement, a vu son activité chuter de 70 % sur les sept premiers mois de 2026 (19 événements contre 63 sur la même période l’an dernier), selon Sherwan Ali, analyste ACLED pour le Yémen. Mais le groupe conserverait encore environ 2 000 combattants et chercherait à s’enraciner davantage au sein des tribus locales — une reprise de la guerre entre les Houthis et le gouvernement basé à Aden pourrait lui offrir une occasion de se redéployer militairement.

Plus significatif à moyen terme : AQAP semble se repositionner comme facilitateur régional, sa position sur la côte sud du Yémen et ses liens avec Al-Shabaab en faisant un point de passage pour les armes, les technologies de drones et le trafic à travers la mer Rouge — un axe qui concerne directement la sécurité du commerce maritime international.

Afghanistan et Irak-Syrie : la dispersion du modèle originel

Sur la région à l’origine du 11-Septembre, Pearl Pandya (analyste senior Asie du Sud d’ACLED) constate qu’al-Qaïda continue de bénéficier d’un environnement permissif en Afghanistan sous les talibans, mais que son rôle s’y limite désormais essentiellement à la formation et au soutien d’autres groupes armés — dont le Tehreek-i-Taliban Pakistan (TTP), dont l’activité en 2026 dépasserait déjà celle enregistrée sur la même période en 2025, année pourtant comptée parmi les plus violentes de la dernière décennie pour le Pakistan.

En Irak et en Syrie, ACLED (Muaz Al Abdullah) retrace comment les deux affiliés historiques — devenu l’État islamique d’un côté, devenu Hayat Tahrir al-Sham de l’autre — ont fini par rompre avec la direction centrale d’al-Qaïda dès lors que l’affiliation a cessé de servir leurs ambitions locales respectives, HTS ayant depuis renversé le régime de Bachar al-Assad.

Une géographie du risque qui s’est recomposée

Le message central de cette publication ACLED tient en une phrase : vingt-cinq ans après les attentats, al-Qaïda n’a plus de centre unique. Le mouvement survit et prospère sous forme de franchises régionales largement autonomes, dont la dangerosité se mesure désormais moins à leur allégeance formelle qu’à leur capacité d’enracinement local — une évolution qui déplace la vigilance sécuritaire occidentale de l’Asie centrale vers l’Afrique de l’Ouest, la Corne de l’Afrique et la mer Rouge, trois zones où convergent aussi des intérêts économiques et logistiques majeurs pour l’Europe.

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